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L'est de Montréal, un « désert alimentaire »

Pour améliorer la santé générale et l'espérance de vie des citoyens de l'est de Montréal, des experts en santé proposent notamment de faciliter l'accès à des aliments frais dans cette partie de la ville, souvent qualifiée de désert alimentaire.

Un texte de Dominic Brassard

En 2010, environ 40 % de la population montréalaise n'avait pas accès à des fruits et légumes frais à distance de marche, selon une étude de la direction de la santé publique. Chez les personnes défavorisées, la proportion est de 34 %.

C'est particulièrement vrai dans l'est de l'île. Les restaurants de malbouffe sont nombreux, mais les épiceries, elles, demeurent rares et difficiles d'accès à pied.

Pour le coordonnateur territorial en santé publique pour le CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal, Adam Mongodin, l'alimentation est un réel enjeu de santé publique dans l'est de la ville. « On se retrouve avec des secteurs entiers dans l'est où les gens doivent marcher ou se déplacer de plus de 500 mètres pour des fruits et légumes. Alors je ne vous cacherai pas que, dans certains quartiers, le dépanneur, c'est là qu'on fait son épicerie de la semaine », explique-t-il.

Mais dans ces petits commerces, l'offre alimentaire ne se limite souvent qu'à « des oignons, des carottes molles et des bananes vertes », déplore la PDG adjointe du CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal, Denise Fortin.

Carte à la main, elle montre d'immenses territoires de l'est qui ne disposent d'aucun commerce d'alimentation.

« Pour aller chercher des fruits et des légumes, les gens de la Pointe-de-l'île, qui sont souvent défavorisés économiquement, doivent s'y rendre en voiture. Mais quand le pourvoyeur est parti travailler, les autres membres de la famille n'ont pas accès à ces points d'alimentation là. Ils ont davantage accès à des fast-food », déplore Denise Fortin.

Quelques initiatives d'économie sociale

Déjà, certaines entreprises d'économie sociale développent des projets pour améliorer l'accès à des aliments frais dans ces déserts alimentaires.

À la Table de développement social de Rivière-des-Prairies, le chargé de projets Serge Rousseau travaille à l'ouverture prochaine d'une fruiterie et d'un bistro communautaires.

Selon Serge Rousseau, la demande d'aliments frais est grande dans Rivière-des-Prairies : « Pour un territoire de 55 000 individus, on ne retrouve que quatre épiceries! » Il affirme que les indicateurs de santé prouvent que la population de l'est souffre de « carences alimentaires importantes liées à la faible consommation de fruits et de légumes ».

Des services à la disposition de tous

Dans Mercier-Est, un autre organisme, le Service d'éducation et de sécurité alimentaire (SÉSAME), offre déjà un tel service de fruiterie et d'éducation alimentaire. Son directeur général, Stéphane Tremblay, croit que la population du quartier en sort gagnante : « On a mis en place ici une grappe de services qui permettent aux gens du quartier, les moins nantis comme les gens de la classe moyenne, de se servir de l'organisme pour mieux se nourrir, explique-t-il. On met à leur disposition des cuisines collectives éducatives, on livre des repas à des aînés, une fruiterie, etc. »

Malgré la mise en place de ces initiatives locales, beaucoup reste à faire dans l'est de Montréal pour faciliter l'accès à des aliments frais aux citoyens. 

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