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L'évolution de Brendan Gallagher, un signe du temps qui passe

Ils sont arrivés dans la Ligue nationale la même année. Jeunes, flamboyants, enthousiastes, on voyait en eux la cure de rajeunissement dont avait besoin le Canadien, la promesse d'un avenir plus radieux. Le temps a passé, il y a eu quelques hauts, beaucoup de bas, mais aujourd'hui Alex Galchenyuk peine à saisir l'ampleur du chemin qu'il a parcouru aux côtés de Brendan Gallagher.

Un texte d’Alexandre Gascon

« Avant chaque camp d’entraînement on est comme " Wow, ça va être notre 4e, notre 5e, notre 6e ". C’est fou. Parfois, c’est presque épeurant. Je me rappelle de comment on était quand j’avais 18 ans. Là, c’est notre sixième année. C’est génial qu’on soit arrivés ensemble », s’est exclamé Galchenyuk dans le vestiaire après la victoire du Canadien.

Exclamé est le mot juste. Rarement, pour ainsi dire jamais, voit-on l’Américain parler librement avec des micros sous le nez. Vrai que nous n’étions plus très nombreux, mais Galchenyuk avait néanmoins les accents de la sincérité pour louanger son ancien colocataire sur la route.

« Je passe beaucoup de temps avec lui. Il ne reste plus grand monde depuis notre première année. Il y a Pricey (Carey Price), Patch (Max Pacioretty). Et c’est à peu près tout. Nous avons forcément créé un lien spécial », a-t-il ajouté.Lundi soir, c’était la soirée Gallagher.

Le petit attaquant a réussi deux buts typiques d’un travailleur acharné, à coups de déviations et de retours de lancers. Deux réussites qui lui ont fait fracasser un plafond de verre devenu presque mythique dans la LNH, le plateau des 30 buts, réservé cette année à seulement 25 tireurs jusqu’à présent.

Les joueurs comme l’entraîneur ont eu à répondre à une salve de questions sur le numéro 11. C’était prévisible.

« Ce n’est pas facile pour lui en raison de son gabarit. Il n’a pas peur d’aller dans les endroits difficiles. Il est le premier sur la rondelle, il est le premier à encaisser un double-échec dans le dos et à foncer sur le retour », a énuméré Jeff Petry.

« Rien n’a changé », a commencé Claude Julien, invité à se prononcer sur la perception différente qu’il entretenait peut-être à l’égard de Gallagher depuis qu’il est passé d’adversaire à partenaire.

« La seule chose qui a changé, c’est que Brendan Gallagher dans sa carrière au début, il tombait sur les gardiens. Ça l’a mis dans le pétrin avec les arbitres, mais il a amélioré cette partie de son jeu. Mais son hockey a toujours été le même. Quand il jouait contre notre équipe, il se défonçait toujours. Tu savais qu’à chaque match, il se présenterait », a poursuivi l’entraîneur.

Rien n’a changé, vraiment?

Le retour en force

Blessé par une frappe de son coéquipier Shea Weber en janvier 2017, Gallagher enrageait en quittant la glace. Pour une deuxième fois en un an, il subissait une fracture à la main gauche.

Il aura fallu trois plaques de métal et une trentaine de vis pour réassembler une main en lambeaux.

À son retour au jeu, Gallagher parlait de « nouvelle réalité ». Il avait terminé la saison avec 10 buts en 64 matchs. Bien peu croyaient en ses chances de retrouver son instinct de marqueur et, peut-être même, sa combativité.Au cœur d’une saison collective misérable, il a prouvé sa valeur à nouveau, autant comme meneur d’hommes que comme marqueur prolifique.

« Je sais qu’il y a toujours eu des doutes sur moi à partir de ce moment-là, mais je n’ai jamais douté de moi-même. Je voulais jouer de la même façon et retrouver une production normale (…) Oui, c’est bien de revenir en force », a-t-il fini par avouer.

« J’ai juste fini par m’y habituer, c’est comme n’importe quoi. Tu t’adaptes. Ça paraît normal maintenant », a-t-il expliqué à propos de sa main mutilée.

Donc, la main a changé et il y a eu adaptation. Le style de jeu s’est modifié ou a évolué, à votre guise, comportant moins d’obstruction, moins d’impétuosité, moins de sourires railleurs même.

« Il est plus volubile, il prend plus de place qu’avant dans le vestiaire », a spécifié Galchenyuk.

Pas de transformation complète. Pas de métamorphose ou de remise à neuf. Des nuances par contre, une évolution.

Il déteste toujours autant la défaite. En l’absence de Pacioretty, Gallagher est le seul constamment fidèle au poste dans le vestiaire, peu importe l’issue de la rencontre. Les yeux parfois bouffis, rageur, il prend le temps de répondre aux questions.

Plus mature, il évite le banc des punitions. Il n’hésite pas à se jeter devant un tir dans un match sans signification comme celui contre les Red Wings. À 20 secondes de la fin, avec une avance de 4-2, Gallagher a bloqué une frappe de la pointe sans se poser de questions.

« C’est la seule façon de jouer qu’il connaît », a expliqué Julien.

Le temps a passé. Gallagher a vieilli. Il s’impose de plus en plus comme un des visages prépondérants de l’organisation.

Le CH a certes un capitaine. Et si jamais celui-ci devait quitter l'équipe avant la fin de son contrat, il y a toujours Shea Weber, un meneur d’hommes naturel qui a sûrement une longueur d’avance.

Gally, comme on le surnomme, n’est pas très loin derrière.

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