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L’exposition Révolution : c’est vrai qu’elle était extraordinaire, cette époque

Comment ne pas les sentir remonter, nous submerger, nous faire voyager, nous téléporter dans les années 1960, dans le Swinging London, à San Francisco, au Fillmore ou à Woodstock? Je parle des souvenirs et de cette nostalgie que trimballent les baby-boomers, au plaisir des uns et au grand malheur des autres.

C'est comme le sparadrap du capitaine Haddock. Impossible de se débarrasser des images, des odeurs, des sons, et surtout de la musique qui reste et demeure la plus efficace machine à voyager dans le temps.

Quelques pas à l’intérieur du pavillon Jean-Noël Desmarais, l'ascenseur vers le deuxième sous-sol, un escalier, puis un autre, un couloir sous-terrain qui traverse la rue Sherbrooke, quelques marches royales et nous voilà en pleine Révolution, au cœur des années 1960, bombardé de sons, d’images, d’objets et d'idées qui ont marqué une époque inoubliable pour quiconque l’a traversée.

Les 50 ans de l’Expo, de Sgt. Pepper’s, de l’Experience de Hendrix, de l’inoubliable album des Doors, etc. Le Musée des beaux-arts de Montréal a voulu marquer le coup par une expo créée à Londres, mais adaptée pour Montréal et le Québec. Il n'y est pas seulement question de 1967, mais plutôt des quelques années pendant lesquelles il s'est passé tant de choses que ceux qui les ont vécues ne s’en sont jamais véritablement remis.

Les plus belles années

J’entendais cette semaine Katerine Verebely exprimer à notre antenne le sentiment de lassitude qu’elle éprouvait en tant que membre de la génération Y devant une exposition qu’elle a aimée, mais qu'elle a aussi trouvée « nostalgico-déprimante ». Cette version idéalisée des années 1960, elle est tannée, disait-elle, de se faire dire à quel point elle était extraordinaire.

Je t’adore Katerine, mais c’est vrai qu’elle était extraordinaire, cette époque. Probablement que c'est une question d’âge, mais je continue à croire que cette décennie, un peu avant et un peu après aussi, a été les plus belles années de l’histoire de l’humanité.

Celles de l’insouciance, de la quête du bonheur, de la liberté, de la découverte du monde, des possibles. Et cette exposition nous ramène, par les musiques crachées dans l’audioguide, vers les artefacts, preuves tangibles de ce qui a vraiment été une révolution sociale.

Mai 68, le Che, Mao

Dans une présentation hallucinante, terme qui convient parfaitement à l’époque, en traversant l’espace, on revoit les robes de métal de Paco Rabanne, la Twiggy de Mary Quant, le design d’un temps qui, en donnant naissance au Concorde par exemple, se voulait futuriste. Si ces années ont été celles d’une percée technologique et d’un renouveau, elles ont surtout été celles d’une révolution de la jeunesse.

Révolution sexuelle avec l’arrivée de la contraception illustrée par la une du Time. Révolution politique portée par Mai 68, le Che, Mao, Angela Davis, les Black Panthers, le Québec libre du FLQ et toutes les icônes au poing levé. Révolution des idéaux au nom de causes multiples. Révolution consumériste « dopée par la croissance d’une économie de marché ». Révolution des messages : « No Vietnamese ever called me Nigger. » Révolution artistique portée, entre autres, par Wharol et ses soupes Campbell, dont on a même fait des robes. Mais surtout, révolution musicale.

La musique a ce pouvoir magique de nous ramener vers un lieu, un moment, une personne, une odeur, un état. Suzanne me rappellera toujours Geneviève; Lucy in the Sky With Diamonds, le mont Royal et des amis que je ne vois plus; Rainy Day Women, un garage où l'on se roulait dans la paille; 1983… (A Merman I Should Turn to Be), un appartement où l'on écoutait et réécoutait jusqu’à se rendre sourd le meilleur guitariste du monde; Lindbergh, qui faisait planer, et Janis, qui faisait pleurer. Hair et Aquarius/Let the Sunshine in qui, comme tout le reste, comme le Born to be Wild et Easy Rider, portaient l’idéal d’une libération.

Hendrix, au soleil levant

Dans une des salles de l’exposition, grande pièce où sont déposés d’énormes coussins prêts à nous avaler, un écran panoramique nous catapulte à Woodstock, qui a certainement été l’apogée musical des années 1960.

Ils étaient là, enfin presque tous, Crosby Stills & Nash (and Young), Richie Havens, Joan Baez, Cocker, Santana et Hendrix qui, au soleil levant de ce mois d’août 1969, torturant les six cordes de sa Fender Stratocaster, a déchiré le ciel ennuagé de la campagne de l’État de New York avec un hymne américain démaquillé. Ce matin-là, même si la pluie avait cessé, le rimmel de l’Amérique a coulé.

Quand je suis ressorti du MBAM, je n’avais qu’une idée en tête : y emmener les enfants, qui ne sont plus des enfants. Pour qu’ils voient. Pour qu’ils entendent, surtout, une musique à ce point révolutionnaire qu’elle a traversé le temps.

Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise? Allez-y? Oui, allez plonger au cœur d’idéaux qui ne se manifesteront plus de sitôt.

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