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L'homme québécois, sa blonde et la Sainte-Flanelle

Dans les derniers moments de Ça sent la coupe, Max dit à son ex-blonde Julie : « On aurait pu se parler », et elle lui répond : « On fait pas ça, nous, se parler. » Matthieu Simard et Patrice Sauvé ont voulu faire un film à l'image du Québec qui, comme ce couple en déroute, peine à dire ce qu'il ressent vraiment.

Catalyseur de ce film « sensible, qui fait sourire et fait du bien », comme le qualifie Matthieu Simard, le personnage de Max, joué par Louis-José Houde, est aussi de ces personnages dans lesquels il est extrêmement facile de se reconnaître.

« Très tôt dans le processus, avec Patrice Sauvé, on s’est dit qu’on voulait faire un film qui nous ressemble. Pas à lui et moi, mais à nous en tant que Québécois. Et je crois qu’à travers son incapacité à dire ce qu’il ressent vraiment ou à réfléchir à ce qu’il voudrait, le personnage est emblématique de cette difficulté que nous avons tous parfois à communiquer. »

C'est en 2004 que Matthieu Simard a écrit le roman Ça sent la coupe, dans lequel il chroniquait la vie de Max, jeune homme un rien perdu dans ses amours, entouré de ses amis et d’une fidélité inébranlable envers la Sainte-Flanelle.

En 2017, Max prend maintenant vie sous les traits de Louis-José Houde, après un long processus dont Matthieu Simard avoue avoir beaucoup appris.

« Grâce à Danny Lennon (NDLR : fondateur et directeur de Prends ça court), le livre s’est retrouvé dans les mains de la productrice Ginette Petit. Pour garder le ton et l’univers, elle m’a donné carte blanche pour l’écrire. C’était le fun, mais c'était aussi un piège, car même si je suis un assez bon dialoguiste, il me manquait des notions de structure [cinématographique]. Ça a pris six ans de travail, mais toutes les collaborations et les idées qui ont été amenées m’ont vraiment inspiré de nouvelles façons de faire. Je n’écris plus de la même façon depuis! »

Si le processus a été différent, c’est également sur le fond que Matthieu Simard a fait évoluer son récit.

« J’ai toujours vu le film plus dramatique que le roman. Plus profond, moins en superficie. Le roman était une chronique amoureuse, amicale, mais j’avais aussi besoin de parler, dans le film, des relations familiales. Étant moi-même devenu père durant ces années et aussi à cause de ma réflexion sur ma relation avec mon père, qui est décédé quelques semaines avant le tournage, après une longue maladie, j’ai voulu que les enjeux dans le film soient plus forts, que ça devienne un drame humain. »

Le choix de Louis-José Houde pour interpréter Max va tout à fait dans le même sens. « Malgré son statut de superstar, on sent chez lui une sobriété, une remise en question, un sens du doute qui représentent très bien ce personnage. Il a une fragilité et une sensibilité qui le rendent extrêmement humain. »

« La narration du début, raconte Matthieu Simard, c’est mon histoire personnelle. Mon père s’endormait pendant la deuxième période et j’étais content parce que je pouvais ne pas aller me coucher! Je voulais transmettre cette espèce de vie quotidienne liée au hockey, sans que le hockey soit omniprésent ou même important. C’est là comme un liant. Je me souviens qu’à l’hôpital, quelques semaines avant son décès, on parlait hockey avec mon père. Ça nous permettait d’être ensemble, sans que ça soit trop lourd. »

C’est bien au fond ce qui frappe dans Ça sent la coupe : la façon de décrire une situation éminemment intime et personnelle pour mieux ausculter, en douce, un certain état de l’homme québécois typique. Et Matthieu Simard de conclure : « Je pense que la meilleure façon de parler du Québec et des Québécois, c’est de rentrer dans leur salon et de montrer ce qu’ils sont, avec leurs parents, leurs frères et sœurs, leurs amis. »

Ça sent la coupe sera présenté mercredi en ouverture des Rendez-vous du cinéma québécois, à Montréal. Il prendra l'affiche vendredi.

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