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L’impact des Jeux paralympiques sur les gens qui vivent avec un handicap

Les Jeux paralympiques sont ouverts depuis vendredi à Pyeongchang. Cet événement n'a pas encore l'audience des Jeux olympiques, mais il demeure un outil précieux pour les personnes qui travaillent dans les centres de réadaptation.

Un texte de Robert Frosi

Je me suis rendu au Centre Lindsay-Gingras de Montréal, où des professionnels inspirés par les Jeux paralympiques contribuent à faire progresser la science de la réadaptation.

C'est le cas de Daniel Lanteigne, le directeur général de la Fondation RÉA, qui regroupe les fondations Surdité et Communication de l'Institut Raymond-Dewar, de l'Institut Gingras-Lindsay-de-Montréal et du Centre de réadaptation Lucie-Bruneau.

Avant de devenir DG de cette fondation, Daniel Lanteigne a été un patient du Centre Lindsay-Gingras.

« Je suis arrivé au centre de réadaptation à l’âge de 16 ans lorsque j’ai perdu ma jambe à cause d’une bactérie mangeuse de chair. Et à un moment, il y a un déclic qui se fait quand on voit qu’il y a des choses qui sont possibles. Le sport devient alors un exutoire et une formidable possibilité de sortir de son isolement.

« Il est clair qu’au début, les personnes handicapées ont tendance, et c’est tout à fait normal, à se replier sur elles-mêmes, poursuit-il. Elles voient plus les limitations qu’autre chose. »

Pendant les Jeux paralympiques, Daniel Lanteigne constate l'impact que les compétitions peuvent avoir sur les patients du centre.

« Quand arrive le temps des Paralympiques, on sent une certaine effervescence dans le centre et on voit les gens qui découvrent pour la première fois ces athlètes incroyables, dit-il. Et je peux vous affirmer qu’un déclic se fait. Et ces Jeux-là deviennent alors un véritable outil de réadaptation pour les aider à aller de l’avant. »

« Tout est possible »

Durant ma visite au Centre Lindsay-Gingras, j’ai aussi rencontré un ancien athlète paralympique, Daniel Normandin, qui a participé aux Jeux d'Athènes (2004) en athlétisme en fauteuil roulant sur 100 m et 200 m. Il aussi m'a raconté son histoire.

« J’ai perdu une jambe à l’âge de 8 ans à la suite d’un cancer, explique-t-il. C’est sûr qu’au début, ce n’est pas facile. Ton image corporelle en prend un coup, mais tu n’as pas bien le choix de te revirer de bord et d’essayer de reprendre ta vie en main.

« J’ai été longtemps à me battre contre ce cancer-là et quand ma santé est revenue, j’ai redécouvert le sport, mais adapté cette fois. Tout y est passé, le hockey, le basketball, le ski alpin, jusqu’à la découverte de l’athlétisme. Et j’ai su alors que tout était possible, jusqu’à la consécration aux Jeux paralympiques d’Athènes. »

Robert Daniel Normandin n'est plus un patient de ce centre de réadaptation. Il met maintenant son expertise d'athlète au service des usagers. Avec sa vaste expérience (il est aussi un entraîneur de haut niveau pour les athlètes paralympiques en devenir), il contribue à développer des prothèses pour améliorer la motricité et la qualité de vie des personnes qui ont perdu un membre.

Quand vous entrez dans l'atelier, vous voyez des jambes, des bras, des pieds et des mains construits avec toutes sortes de matériaux. J'ai demandé à Daniel Normandin si, d’une certaine façon, ce n'était pas un peu un atelier du père Noël.

« On ne me l’avait jamais faite celle-là encore!, s’exclame-t-il. C’est sûr qu’on essaye de redonner l’espoir au patient qui perd une jambe ou un bras, on l’aide à se rendre compte que la vie continue. Le monde de la prothèse a considérablement évolué et aujourd’hui, on peut faire presque n’importe quel sport.

En entendant ces témoignages, on peut aisément se dire que n’est pas handicapé celui qu’on croit.

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