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L'incendie de Londres est peu probable dans les grands bâtiments montréalais

Les images du gigantesque incendie survenu dans une tour d'habitation de Londres sont de nature à susciter des craintes. Mais des experts se veulent rassurants : les normes de construction et les méthodes d'intervention des pompiers, notamment à Montréal, réduisent grandement les risques qu'une telle catastrophe se produise ici.

Le Code du bâtiment stipule que les revêtements intérieur et extérieur d’édifices en hauteur doivent être incombustibles, donc faits de brique, de béton, de plâtre, de métaux, de verre ou de pierre. Cela n’exclut pas des matériaux comme le bois, mais leur utilisation est limitée.

Pour alléger la structure des tours, certains constructeurs se tournent vers des matériaux d'aggloméré avec du béton, indique toutefois Daniel Dancause, conseiller spécialisé en mesure d'urgence. Bien qu'ils ne soient pas incombustibles, ils ont un fort indice de résistance au feu.

Les bâtiments en hauteur comportent des cages d’ascenseur pour pompiers et des cages d’escalier adaptées aux interventions. Les systèmes de communication, d’alarme, de canalisation et de gicleurs présentent également des différences.

Les immeubles de Montréal sont répertoriés et cartographiés, et ce, dès les premiers stades du projet, explique Benoît Leclerc, formateur et chargé de cours spécialisé en bâtiments de grande hauteur à Polytechnique. La Ville connaît aussi l'année de construction des édifices du territoire et leur risque de prendre en feu.

« Dès le dépôt d’un plan de travail, dès les projets de conception, nous, aux opérations et au centre de formation, on est en mesure de suivre ça et on n’a pas de mauvaises surprises quand on intervient là-dedans. Chaque fois qu’on est répartis, notre système de répartition nous informe de la catégorie de bâtiment et nous précise le risque », précise M. Leclerc.

Pour les édifices en hauteur existants, les pompiers font des visites régulières et remplissent des fiches d’information technique qui sont disponibles non seulement dans les camions d’intervention, mais aussi dans le panneau d’alarme des bâtiments, souligne le chef des opérations au Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), Stéphane Corriveau.

Ces fiches permettent de connaître les composantes du bâtiment et ce qu’il offre comme protection.

Malgré tout, « certains bâtiments ne disposent pas de gicleurs automatiques à l'eau parce que le code à l'époque de leur construction permettait cela », ajoute M. Dancause dans une entrevue à 24/60.

Ainsi, si le code du bâtiment dicte les grands principes, les villes doivent l'adopter avec ses particularités et donc, certains endroits sont à « géométrie variable ». Il revient aux municipalités d'appliquer son règlement de sécurité incendie, mais parfois le manque de ressources vient aussi freiner le tout, explique l'expert en gestion du risque.

Arroser vite pour mieux évacuer

La clé d’une intervention en hauteur réside dans la vitesse de déploiement et d’arrosage, affirme M. Corriveau, avec comme objectif de sauver la vie des occupants.

« Les priorités d’évacuation qui sont dans un troisième, quatrième étage, ça va changer un petit peu dans les bâtiments de grande hauteur, où on va s’efforcer de mettre de l’eau le plus rapidement possible sur l’incendie. Parce que si on prend énormément de temps à évacuer le bâtiment, l’incendie va progresser plus vite », dit-il.

D'où l'importance que les propriétaires doivent accorder à la prévention. Or, « on voit rarement des exercices d'incendie », déplore Daniel Dancause.

Les 67 casernes de pompiers de Montréal disposent de porte-tuyaux offrant la longueur nécessaire pour intervenir en hauteur.

Les échelles ont plus de 41 mètres de hauteur maximale, ce qui équivaut à une douzaine d’étages, en tenant compte de la distance séparant le camion de l’édifice.

Des sacs d’intervention, appelés BGH, contiennent tout l’équipement nécessaire pour intervenir sur les étages.

Le dernier incendie d’importance dans un immeuble en hauteur à Montréal est survenu en octobre 1986, à la Place Alexis Nihon, à l’intersection de la rue Sainte-Catherine et de l’avenue Atwater.

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