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L'incroyable histoire d'une enseigne chère à Leonard Cohen

Cachée depuis des décennies, l'enseigne d'un vieux restaurant montréalais du début du siècle dernier vient de refaire surface rue Sainte-Catherine, dans le cadre de travaux. Il s'agirait du dernier vestige de la chaîne de restaurants Northeastern Lunch qui avait inspiré Leonard Cohen pour l'un de ses premiers poèmes.

Un texte de Thomas Gerbet

Les résidents et les habitués du quartier se sont toujours demandé quelles étaient ces lettres « CH » qui se cachaient derrière la devanture du peep-show, au coin des rues Sainte-Catherine Est et Saint-Timothée.

Dans les derniers jours, le nettoyage des restes d'un incendie et le début de travaux de démolition auront amené la réponse. Il s'agit du Northeastern Lunch, une chaîne de restaurants populaires qui a connu un vif succès à partir de 1912 à Montréal.

En février 2014, un incendie criminel dans une discothèque voisine a ravagé les commerces de l'immeuble, dont le peep-show et une pizzeria.

Entre les années 1910 et 1940, les Montréalais faisaient la file dans les nombreux établissements de la chaîne Northeastern Lunch pour manger une assiette de fèves au lard vendue 5 cents. Sur la rue Sainte-Catherine seulement, il y avait six Northeastern Lunch. D'autres étaient situés sur Saint-James ou encore au dernier étage de l'édifice Sun Life.

Ces chansons confidentielles décrites par Leonard Cohen

En 1954, à 20 ans, Leonard Cohen écrit un poème avec un titre en français, Les vieux. Il y décrit des hommes âgés de Montréal assis au Northeastern Lunch, « avec leurs nez ridés et leurs casquettes en tweed, blottis dans leurs manteaux épais » [traduction libre]. Il raconte que ces hommes se murmurent des « chansons confidentielles ». Il pourrait aussi s'agir de vieilles histoires que Leonard Cohen qualifie de « chansons », en raison de la musicalité des murmures.

La publication du recueil de poèmes Let us compare mythologies, en 1956, a marqué le début de sa carrière artistique. Depuis, il a publié une douzaine de livres et une vingtaine d'albums.

Une valeur patrimoniale

Nous avons contacté Héritage Montréal, un organisme dédié à la défense du patrimoine. Il n'était pas au courant de la renaissance de cette enseigne. Après en avoir pris connaissance, le directeur Dinu Bumbaru estime qu'elle possède une importance patrimoniale, en tant qu'« archéologie commerciale ».

Selon Dinu Bumbaru, le propriétaire devrait conserver l'enseigne sur la façade. Le propriétaire de l'édifice s'engage d'ailleurs à « préserver l'enseigne et la façade ».

Selon le directeur d'Héritage Montréal, le fait que Leonard Cohen ait écrit un poème sur ce restaurant ajoute une valeur à l'enseigne.

De nombreux témoignages à la suite de l'article, dont celui de Leonard Cohen lui-même

Plusieurs lecteurs nous ont contacté pour partager leurs souvenirs. Louis Mondat, né en 1927, nous écrit dans un courriel qu'il se souvient avoir fréquenté le restaurant vers les années 1944-1945. « Je crois qu'il était situé rue St-Jacques Ouest. Ce que je commandais, c'était le meat sirloin. Je crois que le menu affiché était en anglais. Ce restaurant était genre cafétéria, ouvert 24 heures par jour, on se servait soi-même. Le prix de ce repas était plus ou moins 40 cents. Beaucoup de sans-abri s'y réfugiaient pour quelques heures. C'était propre et accueillant. »

Le résident de Longueuil Jacques Lefebvre, né en 1934, se souvient de l'intérieur de ce style de restaurant « qui découlait de la période de la Crise [de 1929] » :

Leonard Cohen lui-même nous a contactés par courriel. Il raconte se souvenir d'avoir fréquenté l'établissement situé au coin de la rue Sainte-Catherine et la rue Clark quand il avait 15-16 ans.

Sceptiques, nous avons validé l'authencité de ce courriel grâce à une photo envoyée par Leonard Cohen lui-même, datée de cette fin de semaine. Nous avons aussi parlé au téléphone à son fils, Adam, qui nous a indiqué avoir aidé son père à nous écrire en français.

L'historien Laurent Turcot, professeur à l'Université du Québec à Trois-Rivièreset titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire des loisirs et des divertissements, nous écrit qu'il « prêche pour la conservation de l'enseigne ou, faute de mieux, pour son déplacement au Musée emblématique de Montréal, le musée McCord. [...], à la veille du 375e anniversaire de Montréal ».

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