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L'oeuvre de Richard Desjardins soulève les FrancoFolies

CRITIQUE – Graver un album de reprises visant à rendre hommage à Richard Desjardins était déjà un pari risqué. Mettre sur pied un spectacle hommage à Richard Desjardins en plein air était probablement une entreprise encore plus hasardeuse. Et pourtant, ça a été encore plus réussi sur scène que sur disque. Incroyable, quand même...

Un texte de Philippe Rezzonico

À l’exception de Koriass qui a annulé ses spectacles estivaux pour des raisons familiales, tous ceux qui ont pris part au disque Desjardins ont répondu à l’appel pour Desjardins, On l’aime-tu!, présenté dimanche sur la place des Festivals, aux FrancoFolies de Montréal.

Stéphane Lafleur (Avec pas d’casque), Safia Nolin, Bernard Adamus, Philippe B, Fred Fortin, Matiu, Les sœurs Boulay, Yann Perreau, Keith Kouna, Émile Bilodeau, le duo de Saratoga, Klô Pelgag et Philippe Brach y étaient, avec un groupe d’appoint du tonnerre (Guido Del Fabbro, Rick Haworth, Robbie Kuster, etc.) ainsi que Queen Ka, qui s’est chargée de lire les poèmes de Desjardins.

Chacun a interprété sa chanson du disque, mais plusieurs artistes ont doublé la mise avec d’autres titres du répertoire de Desjardins. Plaisir accru pour tous.

Sur disque ou sur scène, au fond, le défi n’est pas de faire du copier-coller de l’œuvre ou du mimétisme de celui que l’on salue, mais d’être fidèle au plus haut point à ce qu’il est. Bref, de respecter son ADN. Et à ce petit jeu, les héritiers naturels de Desjardins et tous les autres ont gagné leur pari.

Filiation naturelle

Bien sûr, on se doutait d’emblée que Stéphane Lafleur et Philippe B, en mode guitare-voix, ainsi que Keith Kouna, dont la voix rauque s’apparente à celle de Desjardins, allaient épouser avec aisance l’univers bien connu.

Lafleur (Au pays des calottes, Boum Boum) a maîtrisé l’essence de Desjardins dans une enveloppe sonore country rehaussée par la guitare slide de Rick Haworth. Philippe B a été épatant de justesse avec Y va toujours y avoir. Quant à Kouna, il a été transcendant au point que Jenny nous rentrait dans les pores comme si Desjardins l’avait lui-même interprétée.

Cette unité de ton s’observait au fur et à mesure que les artistes défilaient devant nous. Queen Ka (Elkahna Talbi) a récité avec quelque chose qui ressemblait à de la hargne Déboutonne ton blues, qui précédait le duo festif de Philippe Brach et de Bernard Adamus (Boomtown Café).

C’était osé de faire lire des textes de Desjardins (T’attends, Avec l’amour de Jésus) devant une telle marée humaine, mais cela permettait de démontrer toute l’étendue de l’œuvre célébrée.

Qualité d’écoute

Le danger de ce spectacle extérieur, qui reposait sur des textes poétiques, sensibles et déchirants, était le potentiel déficit d’attention d’un public qui aurait pu être bavard à outrance. Du tout. Dès la première chanson (Nous aurons) interprétée par les jeunes Simone Marchand et Thomas Brossard (La Voix junior), la qualité d’écoute était au rendez-vous.

Les milliers de spectateurs présents sur la place des Festivals buvaient littéralement les paroles des artistes. Comme toujours dans ce genre d’exercice, Yann Perreau a tiré les marrons du feu.

Il n’y a que lui qui peut interpréter une chanson (Dans ses yeux) devant 20 000 ou 30 000 personnes en donnant l’impression qu’il regarde chacun d’entre nous face à face. Et que dire de L’homme canon qu’il a chanté dans la loge des médias qui surplombait la foule. Effet bœuf. Même sentiment quand Safia Nolin a interprété Vas-t’en pas. Frissons garantis. Et, en effet, personne ne voulait partir.

Il va de soi qu’entendre du Desjardins (Les Yankees) interprété par Klô Pelgag et Philippe Brach, par Matiu (Le bon gars), par Les sœurs Boulay (L’engeolière) et par Saratoga (Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours) ça modifie de beaucoup la facture vocale des versions originales. Mais personne, absolument personne, n’a dénaturé l’œuvre. Il y a peut-être le jeune Émile Bilodeau qui n’a pas saisi qu’il n’était pas obligé de s’habiller en adolescent délinquant (casquette portée par en arrière, t-shirt du Vans Warp Tour, etc.,) pour chanter Le chant du bum, mais on met ça sur la fougue de ses 20 ans. Et il a bien chanté.

Dans la loterie des spectacles hommage, il y a des artistes qui ont – forcément – la lourde tâche de chanter la poignée de chansons phares de celui qu’on honore.

Keith Kouna et Les sœurs Boulay se sont fort bien tirés d’affaire avec …et j’ai couché dans mon char. À trois voix et avec le concours de milliers de festivaliers, l’affaire était dans le sac.

Philippe B a été émouvant durant la magnifique Un beau grand slow. Comme sur le disque, Fred Fortin a interprété sa version très personnelle de Tu m’aimes-tu qui accélère le tempo d’origine. C’est un peu comme si on accélérait Yesterday… Pas pour moi. Mais cela a été offert avec autant de panache que Le cœur est un oiseau, qui a touché au cœur, justement.

Unanimité avec la version des mammifères, de Bernard Adamus, qui a été incendiée par le violon de Guido Del Fabbro, et communion collective, sur scène et dans l’assistance, pour Chaude était la nuit.

Et chaude était la soirée, d’ailleurs, au point que l’on voulait que ce spectacle de 1 heure et 40 minutes se poursuive encore et encore. L’ADN de Desjardins transposé à ce niveau de qualité et d’émotion, c’était splendide.

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