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L'un des plus grands sites de pèlerinage bouddhiste au monde bientôt en Ontario?

Radio-Canada a eu un accès privilégié à ce qui pourrait devenir l'un des plus grands sites de pèlerinage bouddhiste hors de Chine, un projet toutefois menacé par l'installation d'éoliennes dans la région. 

Un texte de Laurence Martin et de Valérie Ouellet

Difficile de croire quand on franchit les portes du futur jardin bouddhiste Wutai Shan qu'on se trouve au beau milieu de la campagne ontarienne. 

À l'entrée, six lions de pierre montent la garde. Un peu plus loin sur la route de gravier, une énorme tête du Bouddha trône à côté de caisses remplies de dalles en marbre. Une poignée de travailleurs déplacent de lourds piliers à l'aide d'un chariot élévateur.

Le temple bouddhiste, perché au sommet d'une colline, commence à prendre forme.

Au milieu du bruit et de la poussière, une petite femme en veste jaune nous accueille : « Ce sera le plus gros site de pèlerinage à l'extérieur de la Chine », se plait à répéter Diane Chen, une des responsables du projet pour l'Association Cham Shan Temple.

Il y a 20 ans, le groupe de bouddhistes dont elle fait partie est tombé en amour avec la région et ses paysages bucoliques, en partie situés dans une zone protégée.

Les bouddhistes ont acheté des terres à Kawartha Lakes et dans le comté de Peterborough, à l'est de Toronto, afin d'ériger leur site de pèlerinage, un projet de 80 millions de dollars qui pourrait prendre encore des dizaines d'années à terminer. Toutes les pièces arrivent de Chine par bateau. 

Une fois finalisé, le projet devrait comprendre quatre sites avec des temples et des jardins, pour une surface totale de 688 hectares. Le but est que les visiteurs se promènent d'un site à l'autre en méditant. 

Selon les calculs du groupe, le site pourrait attirer jusqu'à 45 000 pèlerins bouddhistes par année, surtout du Canada et des États-Unis. D'après les données du dernier recensement, près de 367 000 Canadiens sont bouddhistes, tandis qu'aux États-Unis, ils sont plus d'un million. 

Menacé par des éoliennes?

Les moines bouddhistes font toutefois face à un ennemi inattendu. Quinze éoliennes doivent être construites à quelques kilomètres des futurs temples, dont certaines d'ici la fin de l'été.

Impossible de méditer dans ces conditions, affirme Diane Chen. Selon elle, la vue des immenses turbines près des temples risque de décourager les pèlerins. Elle affirme que, depuis l'annonce de la construction des éoliennes, les dons au projet ont diminué.

Selon elle, les basses fréquences émises par les éoliennes vont aussi déconcentrer les pèlerins, surtout lorsqu'ils marchent d'un site à l'autre, près des turbines.

Il n'y a d'ailleurs pas que les bouddhistes qui s'opposent aux éoliennes. Autour du temple, des dizaines de résidents et de fermiers ont installé des affiches pour exprimer leur mécontentement.

Les éoliennes ne sont pas nuisibles, selon l'industrie

Un avis qui n'est pas partagé par tous, à commencer par Ralph McKim, qui a loué une petite partie de son terrain à la compagnie WPD Canada pour qu'elle y installe une éolienne.

L'homme de 85 ans dit qu'il ne fait pas ça pour l'argent, mais pour des raisons environnementales. À son avis, le bruit des éoliennes est minime et leur impact nocif sur la santé est exagéré.

Selon lui, ce n'est pas parce que le groupe de bouddhistes possède quatre terrains dans la région qu'ils ont le droit de décider ce qui se passe sur les autres propriétés aux alentours.

Les compagnies qui vont installer les éoliennes dans le secteur affirment, quant à elles, qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter. WPD Canada et Capstone disent qu'en raison du relief vallonneux, les turbines ne domineront pas le paysage. Les compagnies ne croient pas non plus que les bouddhistes pourront entendre les éoliennes, parce qu'elles sont situées à au moins deux kilomètres des temples. 

La Ville appuie les bouddhistes

Pour le maire de Kawartha Lakes, Andy Letham, ce n'est pas juste une question de pollution visuelle ou sonore, mais de millions de dollars en retombées économiques qui pourraient s'envoler si la construction du site de pèlerinage est interrompue. 

Il croit que les hôtels et les restaurants de la région pourraient bénéficier du projet. 

Andy Letham trouve que sa municipalité n'a pas été assez consultée, avant que la province ne donne son feu vert aux projets d'éoliennes. 

Le ministre de l'Environnement de l'Ontario n'était pas disponible pour nous accorder une entrevue. Dans un courriel, un porte-parole du ministère écrit que les projets de parcs éoliens n'auront pas d'impact sur les activités de méditation au temple. 

« Entre les mains du Bouddha »

Comme plusieurs résidents, les moines bouddhistes ont fait appel devant le Tribunal ontarien de l'environnement pour empêcher l'installation des quinze éoliennes. Pour l'instant, leur démarche n'a pas porté fruit. Ils espèrent encore bloquer la mise en place d'un parc de cinq éoliennes, mais dix turbines pourraient être installées dès cet été. 

Diane Chen dit que la construction du premier site de pèlerinage va suivre son cours, parce que trop d'argent et de temps a déjà été investi. Pour les autres sites, par contre, les travaux sont suspendus jusqu'à nouvel ordre.

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