Retour

La CCQ veut forcer le retour au travail des grutiers

Pendant que la Commission de la construction du Québec (CCQ) saisit la justice afin de faire cesser la grève des grutiers, mercredi, la FTQ-Construction demande à ses membres de retourner au travail.

Dans un communiqué publié mercredi soir, la direction de la FTQ-Construction souligne qu'elle n'appuie pas « l'usage de moyens de pression qui pourraient constituer des gestes illégaux ».

Elle demande ainsi « aux salariés du métier de grutier de fournir leur prestation normale de travail et de se présenter comme prévu à leur lieu de travail ».

Les grutiers sont en grève depuis lundi partout dans la province, un débrayage considéré illégal par la CCQ.

Mercredi, la CCQ a déposé une requête au tribunal du travail pour faire déclarer illégale la grève des grutiers et leur ordonner de reprendre le travail.

L’ordonnance demande à plusieurs associations, dont l’Union des opérateurs grutiers, local 791G de la FTQ et l’Union internationale des opérateurs ingénieurs, local 905, de prendre « toutes les mesures nécessaires pour que cesse tout moyen illégal […] » et de « prendre des sanctions disciplinaires appropriées » contre les membres qui contreviennent à cette demande.

En entrevue à RDI Matin, mercredi, la présidente-directrice générale (PDG) de la CCQ, Diane Lemieux, a indiqué que l'organisme s'apprêtait à transmettre 150 dossiers au Directeur des poursuites criminelles et pénales au sujet des deux premiers jours de grève. Les recours concernent 150 personnes sur un seul chantier.

« La loi est très claire, martèle-t-elle : il ne peut y avoir de grève ou de ralentissement de travail en cour de convention ».

La convention collective des grutiers vient à échéance en 2021.

Des travailleurs absents des chantiers

Les grutiers se sont réunis à Montréal mercredi matin, mais ils n'ont pas voulu dire si leur arrêt de travail allait se poursuivre pour une troisième journée d'affilée.

Certains d’entre eux ont toutefois clairement indiqué qu'ils ne rentreraient pas au travail aujourd’hui.

Les conducteurs de grues affiliés à la FTQ-Construction protestent contre la récente modification d’un règlement permettant l’embauche et la formation sur les chantiers de grutiers qui ne possèdent pas le diplôme professionnel exigé pour exercer ce métier.

La CCQ explique avoir assoupli les règles de formation afin d’éviter des pénuries de grutiers dans un contexte de rareté de la main-d’œuvre.

Mais les grutiers estiment que l’exercice de leur métier requiert un diplôme d'études professionnelles (DEP) de plusieurs centaines d’heures aux commandes de ces imposantes pièces de machinerie.

L'appui du Syndicat de l'Enseignement des Seigneuries

En cela, ils sont appuyés par le Syndicat de l'Enseignement des Seigneuries (SES), qui représente les enseignants de formation professionnelle de la Commission scolaire des Trois-Lacs, à Vaudreuil-Soulanges et ses alentours.

Il s'agit du seul endroit qui offre la formation professionnelle des grutiers au Québec.

« Qu'une simple formation en entreprise remplace une formation théorique et pratique de 870 heures en établissement spécialisé est un non-sens », affirme le président du SES, Benoit Giguère.

Il dénonce les risques que représente la formation en entreprise.

« Outre une formation réellement qualifiante, elle [l'école publique] permet de réduire considérablement les risques réels pour la santé, la sécurité et l'intégrité physique des travailleurs et du public. La formation en entreprise est un retour en arrière, qui reproduit le modèle visant l'intégration précipitée de travailleurs dans l'entreprise et ayant causé de nombreux accidents de travail graves dans le passé », ajoute-t-il.

Ce sont des « mensonges », dit Diane Lemieux

« Des leaders syndicaux ont mis dans la tête des gens un certain nombre de mensonges » en invoquant des questions de formation et de sécurité, soutient pour sa part la PDG de la CCQ.

« Je ne pense pas que l’enjeu soit là », ajoute Diane Lemieux, qui estime que l’enjeu véritable est d’avoir « mis de l’ordre » dans le processus d’embauche des grutiers.

« On a établi des règles qui vont changer leur business, souligne-t-elle. Leur réaction me donne l’impression qu’on a touché les bonnes choses. »

« Ils perdent un peu le contrôle », estime Diane Lemieux, qui juge que les 2000 grutiers du Québec « ont une influence énorme sur le bon ou le mauvais déroulement sur les chantiers ».

Diane Lemieux déplore le conflit actuel, car elle croit que la perception négative du public envers le milieu de la construction avait commencé à changer depuis 2011-2012.

« Mais là, on a un petit groupe [de gens] qui a décidé qu’ils étaient au-dessus des lois, et ils sont en train de nous faire reculer parce qu’ils se comportent comme des bandits, comme des gens qui ont tous les droits. »

Pendant ce temps, les chantiers fonctionnent au ralenti. Mais les travailleurs semblent solidaires avec les grutiers. « Ils se tiennent, et ils font bien quand même », a affirmé un travailleur de la construction interrogé à sa sortie d’un chantier à Montréal, mercredi.

Ce même travailleur soutient par ailleurs qu’« il y a plus d’ouvrage », avec les chantiers ainsi paralysés par la grève des grutiers.

« La grue, c’est ce qui mène le chantier et on ne peut pas remplacer ça », a-t-il indiqué.

Mardi, le premier ministre Philippe Couillard a exhorté les grutiers à « retourner au travail le plus rapidement possible » en les prévenant que « dans une société de droit, il y a des conséquences à mener une grève illégale ».

Il a toutefois indiqué que l’adoption d’une loi spéciale ne serait pas nécessaire, puisque « la Commission de la construction du Québec dispose de pouvoirs importants pour pouvoir agir ».

Plus d'articles