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La communauté LGBT de Montréal sous le choc, mais pas surprise

Dur lendemain de veille pour la communauté LGBT de Montréal, après la tuerie dans une discothèque à Orlando qui a fait 49 morts dimanche. Plusieurs membres de la communauté se disent « outrés », mais pas nécessairement surpris par ces gestes d'une violence inouïe.

Un texte de Laurence Niosi

« Ça fait peur, c'est sûr », affirme Yerko Alejandro Arancibia, gérant du Complexe Sky, l'une des plus grandes boîtes de nuit gaie de Montréal.

Le jour même de la tragédie, le club a écrit sur sa page Facebook un billet en solidarité avec les victimes de la fusillade. « Aujourd'hui est un triste rappel qu'il est dans notre devoir de s'afficher et d'être fier de qui nous sommes. Plus d'amour et moins de haine #fiertegaie #PulseNightclub », peut-on y lire.

M. Arancibia affirme avoir reçu des messages haineux après les événements sur la page Facebook de la discothèque. « Quelqu'un a écrit : "50 gais en moins, je suis heureux" [...] Ça me rend triste que des gens pensent comme ça », dit-il.

Dans le village, tout le monde semble avoir quelque chose à dire sur la tragédie qui a frappé la ville de la Floride.

Réal et Rémy discutent du sujet à l'angle des rues Panet et Sainte-Catherine, où un tout petit mémorial a été érigé en hommage aux victimes de la fusillade. « Aux États-Unis, 89 personnes sur 100 sont armées. Allez chercher un A-15, comment faire cela? Tu ne vends pas ça à n'importe qui! », opine Rémy.

Croisé rue Sainte-Catherine Est, Jean-Claude, alias « Monsieur Aigle noir », du temps qu'il faisait de l'animation au bar du même nom, estime que ce type de crime pourrait se produire à Montréal. « Ça pourrait être quelqu'un d'ici qui entre dans un bar sur la rue Sainte-Catherine », souligne-t-il.

Pour Patrick Andrew, employé du salon de coiffure Sébastien barbier, le crime est avant tout un acte de terrorisme, et non pas d'homophobie. « C'est [un geste] contre le mode de vie occidentale, l'autorisation d'être gai, d'être ce qu'on a envie d'être », dit-il.

Selon lui, il faut prendre des mesures sévères contre les fanatiques religieux.

Aucune surprise

Yves Lafontaine, rédacteur en chef du magazine Fugues, le plus grand magazine gai de langue française au Québec, estime quant à lui que plusieurs facteurs entrent en jeu.

« Il y a la question LGBT, la question du radicalisme islamique et c'est difficile de dissocier, de voir les véritables motivations du tireur. En fin de compte, il devait en être tout simplement dérangé », juge-t-il.

Aux États-Unis, contrairement au Canada, la discrimination légale contre les gais existe encore, dit-il. Et les armes circulent librement. « C'est sûr que dans un climat comme ça, ça choque, mais ne surprend pas », dit-il.

Le journaliste reconnaît néanmoins se sentir « désemparé » au lendemain du massacre. « On a beau être triste, mais que peut-on faire ici pour faire changer les choses? ».

Le collectif Carré rose tiendra jeudi soir, dans le village gai, une vigile en mémoire des victimes de la tuerie à Orlando.

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