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La corruption est en « veilleuse » à Montréal, mais pourrait revenir, dit l'inspecteur général

Le travail du Bureau de l'inspecteur général (BIG) a permis de faire reculer la corruption à Montréal, mais celle-ci pourrait revenir rapidement si la vigilance de la Ville se relâche, apprend-on dans le plus récent rapport de l'organisme dirigé par Denis Gallant.

Un texte de Hugo Prévost

Alors qu'il entame la dernière année de son mandat de cinq ans non renouvelable, Denis Gallant a affirmé lundi, jour de parution du rapport annuel 2017 du BIG, qu'il était nécessaire de maintenir la pression sur les diverses entreprises faisant affaire avec la Ville, histoire d'éviter que la corruption ne gangrène de nouveau le système des contrats publics municipaux.

« Nous pouvons avoir les plus beaux documents d'appel d'offres au monde, [...] si certains entrepreneurs désirent commettre des actes illégaux et savent qu'il n'y a aucune surveillance, [la corruption] risque de recommencer, comme nous l'avons vu récemment. »

Outre la surveillance des contrats effectuée par le BIG, qui comporte entre autres des visites sur les chantiers, voire des filatures pour certaines enquêtes, M. Gallant estime qu'il est tout aussi essentiel de former les employés à détecter eux-mêmes de possibles cas de corruption, et à les dénoncer auprès du BIG.

À cette fin, le rapport du BIG précise que 845 personnes ont bénéficié d'une formation, l'an dernier, dont 16 élus et 584 employés de la Ville.

Haro sur le grenouillage dans le remorquage

L'un des principaux mandats du BIG en vue de la production de son rapport annuel consistait à réaliser une vaste enquête sur l'industrie du remorquage dans la métropole et d'y déceler tout problème nuisant à la libre concurrence.

Le document souligne qu'il existe bel et bien des pratiques de collusion, y compris lorsque vient le temps de louer des remorqueuses pour déplacer des véhicules en cas de tempête de neige, alors que « plusieurs entrepreneurs communiquent entre eux, avant et pendant les périodes de soumission, pour s’informer de leur intention de soumissionner, du nombre de remorqueuses qu’ils prévoient proposer et du prix auquel ils prévoient soumissionner », est-il écrit dans le rapport.

Des entrepreneurs iraient même jusqu'à s'entendre entre eux pour éviter de se marcher mutuellement sur les pieds, ou encore pour soumissionner à des prix déterminés.

Du côté du remorquage des véhicules accidentés, le BIG a découvert qu'il existe une absence de constance en matière d'octroi, par la Ville, de contrats d'exclusivité dans certains quartiers.

De fait, le rapport soutient que « la situation est préoccupante », des quartiers représentant autant de « petits royaumes » pour certains entrepreneurs, où les concurrents préfèrent ne pas intervenir, et ce, même s'il ne s'agit pas d'un quartier où est en vigueur une entente d'exclusivité.

L'ombre du crime organisé

Pire encore, « la quasi-totalité des secteurs [de remorquage] est aujourd’hui contrôlée, en tout ou en partie, par au moins une compagnie reliée d’une façon ou d’une autre au crime organisé », affirme le BIG dans son rapport annuel.

Certains secteurs « appartiendraient » même au crime organisé, et les entrepreneurs y travaillant sont ainsi forcés de verser une partie de leurs revenus aux groupes criminels.

Pour lutter contre cette gangrène sociale, le BIG, la Ville et les forces policières disent avoir déjà mis en place certaines mesures, qui continueront d'être renforcées au cours des prochaines années.

Les autorités procéderont entre autres au redécoupage de la carte délimitant les secteurs d'exclusivité pour le remorquage, et des enquêtes de sécurité seront menées à propos des diverses entreprises qui pourraient obtenir des contrats.

Préparer la suite

Me Gallant, bien connu pour le travail qu'il a accompli en tant que procureur de la commission Charbonneau avant d'être embauché par l'ex-maire Denis Coderre lors de la création du BIG, en est à la dernière année de son unique mandat possible à la tête de l'organisme.

« J'ai alerté les élus [à propos de cette situation] en leur disant : "Vous devrez probablement, à partir de l'automne prochain, lancer le processus de nomination d'un nouvel inspecteur général" », a mentionné celui dont le contrat se termine en février 2019.

Me Gallant se veut toutefois rassurant : « Le Bureau de l'inspecteur général ne fermera pas. C'est un bureau permanent, qui compte environ une trentaine d'individus. C'est uniquement l'inspecteur général qui dispose d'un mandat de cinq ans. »

En ce sens, le processus serait similaire à celui en vigueur dans quantité d'autres organismes du même genre, comme chez le Directeur des poursuites criminelles et pénales, note Me Gallant.

« C'est une volonté de faire perdurer ces institutions, mais en termes d'indépendance, [on prévoit] que les gens [à leur tête] n'ont qu'un seul mandat. »

Quelle sera alors la suite des choses pour Me Gallant?

Le président de la Commission sur la sécurité publique, Alex Norris, a commenté le rapport du Bureau de l'inspecteur général. « Nous sommes très reconnaissants pour la rigueur du travail qu'il a effectué. C'est un poste indépendant du pouvoir politique, alors ce n'est pas aux élus de définir ce qu'il devrait regarder. Il prend ses propres initiatives et c'est la force de ce poste », a indiqué M. Norris.

Questionné sur les possibles candidatures au poste de chef de police du SPVM, Alex Norris a dit qu'il était prématuré de donner des noms à ce stade-ci. Il n'a pas précisé quand le processus d'embauche serait lancé. « La majeure partie [du mandat de Martin Prud'homme] reste à faire », a-t-il précisé.

Avec les informations de Julie Marceau et de Benoît Chapdelaine

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