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La Couronne livre sa plaidoirie au procès Applebaum

Il ne fait aucun doute que Michael Applebaum a profité de sa position privilégiée à la tête de l'arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce pour empocher des pots-de-vin totalisant plusieurs dizaines de milliers de dollars entre 2006 et 2011, a argué vendredi matin la procureure de la Couronne, Nathalie Kleber, lors de sa plaidoirie finale.

M. Applebaum, qui a aussi été maire intérimaire de Montréal, a été amplement montré du doigt par cinq témoins crédibles, qui ne sont pas liés entre eux, et qui ont tous dit croire qu'il était bel et bien celui qui a ultimement empoché cet argent pour favoriser deux projets immobiliers, a aussi fait valoir Me Kleber.

L'argent transitait par les mains son ancien chef de cabinet Hugo Tremblay, a convenu l'avocate, mais ce dernier était un jeune homme qui faisait ses premiers pas dans le milieu politique, et qui ne pouvait donc pas être le maître d'oeuvre de ce stratagème.

Me Kebler a également insisté sur les témoignages livrés par les promoteurs immobiliers Robert Stein et Anthony Keeler, qui ont tous deux raconté avoir versé l'argent à M. Tremblay en sachant très bien qu'il était destiné à M. Applebaum.

Les deux hommes ont notamment raconté avoir eu une rencontre avec Michael Applebaum avant de verser leur pot-de-vin, et que ce dernier leur avait souligné que le projet serait difficile à faire approuver, avant de leur demander d'acheter, en argent comptant, des billets pour un cocktail de financement.

Selon Me Kleber, il est normal dans les circonstances que les deux hommes aient compris que l'argent versé à M. Tremblay était destiné à M. Applebaum.

La procureure de la Couronne conclura sa plaidoirie en après-midi. L'avocat de M. Applebaum, Pierre Teasdale, livrera la sienne lundi.

Cinq témoins pour la Couronne

Michael Applebaum, 53 ans, fait face à 14 chefs d'accusation, dont fraude, corruption, abus de confiance et complot. Son procès, qui s'est ouvert le 13 novembre, a duré sept jours, au cours desquels la Couronne a fait défiler cinq témoins.

Le seul témoin qui a affirmé avoir remis de l'argent directement à M. Applebaum est M. Tremblay. Ce dernier a passé quatre jours à la barre, la semaine dernière, au cours desquels il a raconté avoir servi d'intermédiaire entre son patron et des tiers afin de percevoir des pots-de-vin.

L'ancien directeur général d'une filiale de Dessau, Patrice Laporte, a affirmé avoir versé 25 000 $ en argent comptant à Hugo Tremblay. Un de ses collègues, Mario Trudeau, a par la suite soutenu avoir remis de l'argent à Patrice Laporte, mais sans en connaître la raison.

Le promoteur immobilier Robert Stein a quant à lui passé une journée et demie à raconter comment il avait été forcé de verser des pots-de-vin à M. Tremblay pour que M. Applebaum fasse progresser un projet de résidences universitaires de 17 millions de dollars qui nécessitait un changement de zonage.

M. Stein a assuré n'avoir aucun doute que l’argent avait ensuite été remis à l'ex-maire, qui lui avait clairement dit que son projet serait difficile à faire accepter auprès de la population.

Le cinquième et dernier témoin, Anthony Keeler, ancien associé de Robert Stein, a affirmé que M. Tremblay l'a aussi rencontré pour discuter de ce projet Troie. Le chef de cabinet lui aurait dit que « Michael devra travailler fort » pour le faire accepter, et qu'ils auraient besoin d'une compensation.

Les deux hommes se seraient entendus sur un pot-de-vin de 30 000 $ ou 35 000 $, selon le souvenir d'Anthony Keeler. En contre-interrogatoire, M. Keeler a toutefois admis que son souvenir du montant d'argent initialement demandé n'était pas clair. Il a également reconnu avoir présumé que l'argent irait dans les poches de M. Applebaum sans en avoir la preuve.

La défense n'a présenté aucun témoin; le principal intéressé a lui-même gardé le silence.

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