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La Couronne réclame 8 ans de pénitencier pour un ex-prêtre du Collège Saint-Hilaire

L'ex-frère et directeur du Collège Saint-Hilaire Jean-Paul Thibault, 74 ans, vit ses dernières semaines de liberté. Le ministère public veut l'envoyer à l'ombre pour les huit prochaines années en raison des crimes sexuels qu'il a commis à l'endroit de six élèves. La défense réclame plutôt quatre ans d'emprisonnement.

Un texte de Geneviève Garon

L.S. avait 12 ans lorsqu'il a connu le frère Jean-Paul Thibault en 1981, au Collège Saint-Hilaire. Ce dernier l'a agressé sexuellement à répétition jusqu'à son secondaire 3, en 1985. L'ex-frère est passé des attouchements à la masturbation et aux fellations, que ce soit à l'école ou encore lors de sorties en camping, en ski ou au monastère de la congrégation. Il a habilement tissé sa toile autour de l'enfant.

« Sournoisement, il est devenu ami avec mes parents et il sortait avec eux, confie la victime. Mes parents avaient donc une entière confiance pour me laisser aller avec lui dans le cadre des activités autres que l'école. »

L.S. a gardé le silence sur ce lourd secret pendant une trentaine d'années. Mais la souffrance ne l'a jamais quitté.

« Ça gruge par en dedans. C'est des sentiments de culpabilité, explique-t-il. Et puis c'est juste en traversant le processus que tu te rends compte, finalement, que tu dois accepter que tu es une victime là-dedans. À 12 ans, tu n'as pas le mental, tu n'as pas la force de défier un directeur d'école qui est en plus le prêtre. »

Lorsque ses enfants ont atteint l'âge qu'il avait lors des agressions, il a trouvé le courage de dénoncer le prêtre. Cinq autres hommes ont brisé le silence.

Le 3 août dernier, Jean-Paul Thibault a plaidé coupable à 10 chefs d'accusation, notamment agression sexuelle et attentat à la pudeur.

Un message de dénonciation, selon la Couronne

Mardi, au palais de justice de Saint-Hyacinthe, L.S. a assisté aux observations sur la peine à imposer à son agresseur. La procureure de la Couronne, Marie-Claude Morin, a répété à plusieurs reprises que l'ancien religieux de la congrégation des frères de Notre-Dame de la Miséricorde a abusé de la confiance des jeunes les plus vulnérables et de leur famille.

Au moment où [les jeunes] se construisaient comme hommes, Jean-Paul Thibault entrait et ravageait des assises déjà fragiles.

Marie-Claude Morin, procureure de la Couronne

Le juge Gilles Charpentier a ajouté qu'en tant que prêtre et directeur du Collège, l'agresseur était en « situation d'autorité maximale ».

Le ministère public souligne la préméditation et la planification derrière les crimes qui se sont échelonnés sur une dizaine d'années et réclame huit ans d'emprisonnement.

Le prêtre était « amoureux » des jeunes victimes

Jean-Paul Thibault a écrit une lettre dans laquelle il affirme avoir vécu « des mois de vive souffrance » lorsqu'il a réalisé tout le mal qu'il a fait aux victimes. Il soutient avoir participé à une « thérapie intensive de 20 jours », qu'il a conscience de la gravité de ses gestes et qu'il éprouve un vif regret.

« Monsieur était en amour avec ces jeunes-là, c'est ça qui est tordu, affirme son avocat, Jean-François Ouellette. Regardez les dates, il était fidèle en amour ». Le problème, ajoute-t-il, c'est que les amoureux étaient « pubères ou prépubères ».

Me Ouellette a tenté de convaincre le juge que quatre années derrière les barreaux seraient raisonnables pour son client, notamment en raison de la jurisprudence.

Jean-Paul Thibault n'a pas frappé ou menacé ses victimes. « Quand les enfants disaient "arrêtez" il arrêtait », a expliqué l'avocat, ce à quoi le juge a répliqué que la violence est inhérente aux agressions sexuelles.

L'avocat insiste qu'il ne veut pas minimiser les crimes. « Il a manipulé les enfants, les plus faibles, il a brisé des vies et il le sait », a déclaré Me Ouellette. Mais le risque de récidive est faible, d'après lui – « zéro, selon le rapport sexologique ». Il insiste sur le fait que son client a besoin d'aide.

Lorsque Jean-Paul Thibault a démissionné de ses fonctions religieuses, la congrégation, qui serait plusieurs fois millionnaire, lui aurait offert une somme importante. « Mais il a considéré qu'il avait fait suffisamment de tort à trop de gens pour toucher de l'argent », soutient son avocat.

Le juge prononcera la sentence le 30 mars. Jean-Paul Thibault demeure en liberté d'ici là.

Il y a un an, une entente à l'amiable a été conclue dans le cadre d'un recours collectif visant le frère Jean-Paul Thibault. La congrégation des frères de Notre-Dame de la Miséricorde a versé une somme minimale de 55 000 $ à 110 000 $ aux victimes de l'agresseur sexuel.

L.S. tient à envoyer un message d'espoir à d'autres victimes qui n'ont pas osé briser le silence : « Il y a une grande libération et une grande satisfaction. Et ça fait partie du cheminement pour tourner la page et avancer vers quelque chose de mieux. »

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