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La crosse à Kahnawake : une communauté autour du sport

Des dizaines de Mohawks sont rassemblés au complexe sportif de Kahnawake, malgré une chaleur étouffante. C'est parce qu'il s'agit d'un match particulier. Les deux équipes senior locales, les Kahnawake Mohawks et les Caughnawaga Indians, s'affrontent.

Un reportage de Gabrielle Paul et de Sophie-Claude Miller

Ce n'est pas la canicule qui empêche les partisans de venir encourager les équipes.

C'est une question de parenté, Kahnawake est aussi une communauté tricotée serrée avec comme résultat qu'on joue pour gagner, mais la défaite n'est pas une catastrophe.

La crosse est un jeu traditionnel pour les Mohawks. Historiquement, la crosse permettait de former les jeunes guerriers et d'éviter des conflits.

Cela permettait aussi aux Mohawks de se rassembler, de grands festins étaient organisés après les parties.

Une affaire de famille

Pour les Mohawks de Kahnawake, la crosse a un caractère familial et c'est, encore aujourd'hui, une occasion de se rassembler.

Kwetiio Goodleaf Cree profite d'une pause entre deux périodes pour rafraîchir ses filles avec un éventail et pour recoiffer l'une d'elles.

« Mon mari et mon fils jouent pour les Indians, mais mes neveux sont dans l’autre équipe, raconte-t-elle. Je prends alors pour les deux. »

« Il n’y a pas de rivalité. Tout le monde se connaît et tout le monde a de la famille dans les deux équipes », ajoute-t-elle.

À l’instar de plusieurs spectateurs, la vie de Kwetiio Goodleaf Cree se dessine autour de la crosse. « On passe nos soirées ici. Dans ma famille, la crosse c’est toute notre vie . »

Dans l'assistance, Jamie Kirby encourage son fils qui porte les couleurs des Kahnawake Mohawks.

« Mon fils joue ce soir, je suis vraiment content. Il vient tout juste de rentrer de l’Université d’Albany à New York. Il joue à la crosse partout en Amérique du Nord. Il est vraiment bon », dit-il.

Jamie Kirby a lui-même joué lorsqu'il était plus jeune. « Ce sport représente beaucoup pour moi. Quand je joue ou quand je regarde, ça me fait sentir bien. »

Maintenant que le match est terminé, le fils de Jamie, Cougar Shakaienkwarathon Kirby, sort des vestiaires. Même si la chaleur est infernale à l'intérieur du complexe sportif, il n'aurait pas manqué l'occasion de prendre son bâton.

« J’ai commencé quand j’avais environ 5 ans, mais mon père dit qu’à neuf mois je jouais déjà avec une balle dans mon berceau, se souvient-il. C’est vraiment un sport avec lequel j’ai grandi. »

Sa fiancée, Mariah, est enceinte. « Nous attendons une petite fille », dit-il tout sourire.

Traditionnellement, la crosse est un sport exclusivement masculin. Cougar n'est toutefois pas contre l’idée que sa fille puisse jouer un jour. « Si elle veut vraiment jouer, on va l’encourager c’est certain. »

Le jeu de la vie

La crosse est plus qu’un jeu pour Eric Kanatakeniate McComber, c'est une métaphore de la vraie vie soutient celui qu'on surnomme « Dirt ».

« Ça prépare à la vie. Tu ne peux pas toujours avoir ce que tu veux, tu dois le mériter, » pense « Dirt ».

L’homme de 62 ans a commencé à jouer à l’âge de 7 ans et il a pris sa retraite à 39 ans du jeu compétitif. Il est aujourd’hui entraîneur et propriétaire de l’équipe des Caughnawaga Indians.

L’entraîneur-propriétaire mentionne aussi que la crosse est un jeu d’équipe, le groupe est plus important que l'individu. Cela reflète la façon de voir des Autochtones ajoute-t-il.

Kanatakeniate n’accorde pas tant d’importance aux trophées. Ce qui importe ce sont les joueurs et l'effort collectif pour les gagner ces trophées.

La crosse est pour Kanatakeniate un cadeau de son père et ce sport lui a permis de rencontrer beaucoup de gens à travers le pays. C’est une très grande source de motivation et un plaisir pour lui d’enseigner ce sport ancestral aux plus jeunes.

Tout le monde a sa place

Les personnes rencontrées sont unanimes, la crosse est une médecine en soi pour les Autochtones. Pour en jouer, il faut être en grande forme et vivre un mode de vie exemplaire.

Dans ce jeu, tous les membres de la communauté trouvent leur rôle. C’est aussi le cas de Greg, le gérant de l’équipe des Kahnawake Mohakws. Il joue parfois, mais il préfère son rôle de dirigeant.

« Ma force n’est pas de jouer, je n’ai jamais été un bon joueur et je ne vais jamais être un bon joueur. Mais mes compétences servent ailleurs, elles permettent à l’équipe d’être organisée. », dit Greg Horn.

Greg mentionne aussi que ce jeu, lorsqu'il est pris au sérieux, peut ouvrir bien de portes aux jeunes. La crosse peut leur donner accès à des bourses d’études offertes par des universités prestigieuses.

À ce sujet, l'Université McGill a maintenant des bourses disponibles pour les joueurs de crosse d'origine autochtone.

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