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La CSDM veut offrir des dîner gratuits à ses élèves

Faut-il offrir le repas du midi gratuitement aux élèves du primaire et du secondaire? C'est ce que réclame la Commission scolaire de Montréal (CSDM), qui compte faire pression auprès de Québec afin que cette mesure qui pourrait coûter des dizaines de millions de dollars soit mise en place.

Un texte d'Olivier Bachand

Les commissaires de la CSDM ont adopté à l'unanimité une résolution visant à convaincre le ministère de l'Éducation d'implanter une politique alimentaire scolaire dont l'objectif serait de fournir un repas « gratuit et de qualité » à l'ensemble des élèves des écoles primaires et secondaires de la province.

Elle a été déposée par Stéphanie Bellenger-Heng, qui représente la circonscription scolaire de Ville-Marie, au centre-ville de Montréal, où vivent de nombreuses familles pauvres. C'est après avoir constaté que le programme d'aide alimentaire présentement en place ne parvient pas à rejoindre tous les enfants qui en auraient besoin que la commissaire a décidé de présenter cette résolution.

À l'heure actuelle, 5000 élèves du primaire et 1500 du secondaire fréquentant la CSDM bénéficient de ce qu'on appelle la « mesure alimentaire ». Il s'agit de repas subventionnés par le gouvernement du Québec et la CSDM, offerts au prix au prix modique de 1$ aux enfants dont les parents ont de faibles revenus.

Ce programme est offert aux élèves les moins nantis qui fréquentent des écoles dans des milieux considérés défavorisés.

Un enfant issu d'une famille pauvre fréquentant une école dans un quartier aisé n'y a cependant pas droit, ce qui est discriminatoire, selon Stéphanie Bellenger-Heng. « Par exemple, j'ai des élèves qui vivent dans mon quartier de Peter-McGill, qui vont à l'école Saint-Léon-de-Westmount qui n'est pas défavorisée, mais pourtant les élèves le sont. »

« Les élèves qui sont défavorisés et qui n'ont pas accès à la mesure alimentaire n'ont pas nécessairement des repas équilibrés, nutritifs, complets, dans la boîte à lunch. Ce n'est pas tous les élèves qui ont cette chance », déplore pour sa part la nutritionniste et régisseuse des services alimentaires de la CSDM, Audrey Vanslette.

Stéphanie Bellenger-Eng croit aussi que d'instaurer la gratuité des repas du dîner permettrait de corriger cette injustice et de réduire la stigmatisation à l'endroit des élèves qui bénéficient de la mesure alimentaire.

Dans certaines écoles, ceux qui ont droit à ces repas subventionnés mangent parfois dans un local différent des autres, pour des raisons logistiques. Une situation qui ne se produirait pas si des repas étaient distribués gratuitement à tous.

La résolution adoptée par la CSDM répond aux préoccupations exprimées par de nombreux citoyens de Sainte-Marie–Saint-Jacques lors de consultations effectuées par un comité citoyen de démocratie participative. Une pétition a ensuite été déposée à l'Assemblée nationale.

Raphaëlle Rinfret-Pilon, qui est mère de deux élèves fréquentant des écoles de la CSDM, fait partie des signataires. « Ça devrait être normal que tous les enfants aient un bon lunch le midi, peu importe le revenu de leur famille. Dans une société riche comme la nôtre, il me semble que ça devrait être un choix de société qu'on adopte. »

Elle est cependant consciente que cette initiative ne sera pas mise en place du jour au lendemain, vu les coûts élevés qu'elle suppose. « C'est un souhait qui serait exceptionnel, mais sera-t-il réalisé dans un avenir proche? Personnellement, j'en doute. Cependant, qu'on en parle, qu'on commence à en discuter, c'est quelque chose qui est essentiel. »

Une idée qui vaut des millions

Le financement de Québec serait essentiel pour offrir des repas gratuits dans les écoles.

Selon la CSDM, il en coûterait environ 57 millions de dollars par année pour nourrir ses quelque 74 000 élèves du primaire et du secondaire. En extrapolant ces données, la commissaire Stéphanie Bellenger-Heng estime que la facture pourrait atteindre environ 500 millions de dollars à l'échelle de la province.

Au cabinet du ministre de l'Éducation Sébastien Proulx, on affirme que cette mesure ne figure pas dans les cartons du gouvernement Couillard, qui a annoncé dans son dernier budget l'instauration de « programmes de déjeuners » dans les écoles primaires situées en milieux défavorisés.

En Alberta, le gouvernement néodémocrate de Rachel Notley a lancé en 2016-17 un projet-pilote pour offrir des repas entièrement gratuits aux élèves d'une trentaine d'écoles.

Doté d'un budget de 3,5 millions de dollars, le programme a permis de servir quotidiennement plus de 5000 repas, déjeuners ou dîners, aux élèves de la province. Son financement a été haussé pour être offert dans un plus grand nombre d'écoles pour l'année scolaire en cours.

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