Dans le cadre du festival Présence autochtone, deux chefs cuisiniers font découvrir et réinventent la cuisine autochtone traditionnelle.

Un texte de Jean-Philippe Guilbault

Entre les Saint-Hubert, McDonald’s et Café Dépôt du Complexe Desjardins se glissent deux kiosques aménagés sobrement. Derrière l’un d’eux, Marlene Hale, alias Chef Maluh, joue du tambour en attendant le début de sa démonstration.

Originaire de la nation Wet’suwet’en (elle le fera répéter régulièrement par son auditoire), en Colombie-Britannique, Chef Maluh a déménagé à Montréal en 2012.

« J’ai appris tout ce que les Québécois peuvent offrir. Leur nourriture est très différente [que sur la côte ouest], explique la chef. J’ai donc découvert leur nourriture et leur boisson. »

Derrière une simple table, Marlene Hale apprend aux visiteurs comment faire le pain bannique, nourriture quasi emblématique des peuples autochtones. En quelques minutes et avec peu d’ingrédients et une participation constante du public, Chef Maluh ouvre une porte vers la culture de son peuple à l’aide d’anecdotes personnelles.

« Elle peut montrer comment faire le pain, c’est une chose, raconte Li Harnois de Bromont qui a littéralement mis la main à la pâte en participant à l’atelier de Chef Maluh. Mais la tradition orale, c’est la transmission […] de faire participer comme elle le ferait dans sa communauté. »

Lorsque le pain bannique est terminé, Chef Maluh invite les participants à visiter son voisin : George Lenser, autre chef issu d’une nation de la côte ouest.

Wet’suwet’en, squamish et nisga’a, George Lenser a travaillé deux ans au célèbre Joe Beef à Montréal et pense maintenant retourner dans sa région natale afin d’y ouvrir son propre restaurant. À Présence autochtone, le chef propose un menu inspiré de recettes traditionnelles, dont la salade des trois sœurs – les trois sœurs étant la courge grillée, le maïs mariné et les haricots blanchis – et des hot-dog au wapiti.

« La cuisine autochtone aujourd’hui, je dirais que c’est un mélange de produits du terroir avec une culture des classes plus pauvres, car nous ne sommes pas très riches. Nous avons été confinés sur des réserves, explique George Lenser. Donc c’est sûr que nous aurons des trucs comme des sandwichs au baloney avec de la moutarde ou du Kraft Dinner. »

Le chef tente ainsi de réinventer les classiques et préparer le terrain pour la future génération de chef.

La nourriture, véhicule de réconciliation?

Lorsqu’on lui pose la question, George Lenser se montre hésitant.

« C’est une question difficile… La réconciliation, ça tourne un peu en rond. Pour moi, c’est lorsqu’on aura un peu plus de souveraineté et de territoire. Pas juste un "désolé d’avoir fait ci" ou "désolé d’avoir fait ça", explique-t-il. Ce que nous avons vécu est extrêmement dramatique et beaucoup de gens sous-estiment le caractère extrême de notre histoire. Ma nourriture, c’est juste un moyen pour moi de m’exprimer. »

Il considère toutefois que le festival est une belle occasion pour montrer les cultures autochtones à un public qui n’est pas nécessairement initié à ces réalités.

Une idée que partage chef Maluh.

« J’ai rencontré des gens de Pékin et nous avons cuisiné ensemble et j’ai découvert leur nourriture et ils ont découvert la mienne, raconte Marlene Hale. Ici, à Présence autochtone, tu peux visiter différents kiosques et tu rencontreras différentes nations. »

Réaction positive

Chloé Grandin, une Parisienne en visite à Montréal, est passée à Présence autochtone précisément pour goûter à la nourriture autochtone préparée par George Lenser.

Une agréable surprise pour Patrick qui arrivait du Musée d’art contemporain de Montréal et qui a décidé d’arrêter pour un hot-dog au Wapiti.

Une expérience qu’il souhaiterait pousser un peu plus loin très prochainement.

« J’aimerais ça sortir d’un contexte un peu fast-food et de goûter à quelque chose d’un peu plus complexe », espère-t-il.

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