Les enfants des expropriés de Mirabel entament leur dernière bataille. Ils veulent avoir la priorité quand viendra le temps de mettre en vente les quelque 850 acres de terres expropriés par le fédéral en 1969. Ce qui n'est pas prévu, en ce moment, dans les procédures officielles.

Un texte de Francis Labbé

Il reste environ 850 acres de terres à rétrocéder dans le dossier de l'aéroport de Mirabel. Il s'agit de lots qui étaient enclavés et qui n'ont jamais servi. Ils n'ont pas été loués non plus. Les enfants et la succession des expropriés demandent d'avoir la priorité quand viendra le temps de mettre ces terres en vente.

« C'était à nos parents... et c'est notre droit d'avoir ces terres », a lancé M. Marcel Huot, un agriculteur et fils d'exproprié. Il a lancé ce cri du coeur à l'occasion d'une rencontre tenue dans les locaux de l'Union des producteurs agricoles, à Mirabel. 

« Le gouvernement du Canada semble prêt à les vendre à n'importe qui », affirme Marcel Denis, président local de l'UPA de Mirabel. « Ça n'a aucun sens. En plus d'avoir exproprié des gens pour rien, le gouvernement va vendre ces terres à n'importe qui? C'est de l'injustice », ajoute M. Denis. 

« Tout ce que ça prend, c'est un peu de volonté politique », lance M. Albert Gingras, lui aussi fils d'exproprié. « Les procédures sont connues, 10 000 des 11 000 acres ont déjà trouvé preneur et le protocole de revente est connu. Nous, nous sommes prêts à payer le prix fixé en 2006 par le gouvernement fédéral », poursuit M. Gingras.

Procédure fédérale

Selon une directive de 2014, Transports Canada offre ces terres d'abord aux organismes gouvernementaux fédéraux, puis provinciaux. Si les terres sont toujours disponibles, le fédéral peut les offrir aux municipalités. La Ville de Mirabel n'a aucunement l'intention de mettre la main sur ces terres et appuie les enfants des expropriés dans leurs démarches.

« Nous n'avons pas de projet pour ces terres. Ce sont des érablières qui sont en zone agricole. Nous préférons qu'elles soient exploitées plutôt que coupées à blanc », explique Jean Bouchard, maire de Mirabel.

Une plaie encore vive

Pour plusieurs expropriés, la blessure est toujours sensible, même près de 50 ans après l'expropriation. « J'avais 14 ans ans et je m'en souviens très bien », explique Robert Huot, lui aussi fils d'exproprié. 

« C'était un après-midi, vers 15 h. J'étais avec mes parents et nous venions de sortir les derniers meubles de la maison. Les employés du gouvernement du Canada attendaient que nous sortions pour mettre le feu à la maison et à la grange. J'ai vu le désespoir dans les yeux de mon père », témoigne, très ému, Robert Huot.

Appel au premier ministre Trudeau

Le député bloquiste de Mirabel, M. Simon Marcil, interpelle le premier ministre Justin Trudeau.

Le député ne manque pas de rappeler que c'est sous le règne de Pierre-Eliott Trudeau, le père de l'actuel premier ministre du Canada, que ces expropriations ont été faites.

M Marcil aide les enfants des expropriés à organiser une campagne de lettres à l'intention du ministre des Transports du Canada, Marc Garneau, pour lui faire entendre le message.

Démolition

Quant au terminal de l'aéroport de Mirabel, sa démolition avance à grands pas. Environ les deux tiers de l'édifice sont déjà démolis. Aéroports de Montréal veut scinder le terrain en deux et y attirer des entreprises en aérospatiale qui pourront profiter de la proximité de la piste d'atterrissage.

« Je passe devant tous les jours pour aller à mon travail à Lachute », raconte M. Robert Huot. Et chaque fois, je me dis que c'est épouvantable. En 50 ans, ils ont exproprié, brûlé des maisons, construit un aéroport et ils sont en train de démolir l'aérogare. J'ai peur que, dans 25 ans, ils soient obligés de ramener les vols à Mirabel parce que Montréal n'en voudra plus. »

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