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La dernière Canadienne à avoir survécu au génocide arménien s'éteint

La toute dernière survivante du génocide arménien qui était encore en vie au Canada s'est éteinte hier soir à Montréal, à l'aube de ses 108 ans. Knar Yemenidjian a été emportée par une pneumonie.

Un reportage de René Saint-Louis

La Montréalaise d'adoption a survécu au massacre, commis par l'armée turque, d'environ 1 million d'Arméniens pendant la Première Guerre mondiale.

Knar Yemenidjian est née dans la ville de Césarée de Cappadoce le 14 février 1909. Cette ville, située en plein centre de la Turquie, porte aujourd'hui le nom de Kayseri.

Knar a 6 ans lorsque commence le massacre d'Arméniens par la nouvelle armée turque. Cette armée remplace celle du vieil Empire ottoman, qui après 600 ans d'existence, s'effondre lors de la Première Guerre mondiale.

Nous l'avons rencontrée le mois dernier dans le CHSLD de Montréal où elle vivait depuis quelques années. La vieille dame venait alors d'être identifiée par le Comité national arménien du Canada comme étant la dernière survivante du génocide encore en vie au pays. En raison de son âge très avancé, elle n'était plus apte à nous raconter elle-même son histoire.

C'est donc son fils, Hovsep Yemenidjian, qui nous a parlé de ce qui s'est passé entre avril 1915 et juillet 1916.

Son père, donc mon grand-père, était soldat dans l'armée. Et c'est l'un de ses amis, un militaire turc, qui a caché toute la famille dans une ferme quand les massacres ont commencé. Ils sont restés quelques mois dans une étable avec les animaux à dormir par terre.

Hovsep Yemenidjian

Hovsep raconte que ces quelques mois ont été très difficiles pour sa mère, qui pleurait pour avoir quelque chose à manger, ne serait-ce qu'un morceau de pain moisi.

Tandis que les soldats arméniens qui servaient dans l'armée turque commençaient à disparaître, souvent fusillés, le père de Knar a attrapé la fièvre typhoïde. C'est en quelque sorte ce qui allait le sauver.

Dans l'armée, ils ont dit : "Il va mourir de toute façon!" et ils l'ont renvoyé. Il a rejoint sa femme et ses enfants, mais toute la famille a alors attrapé la typhoïde. C'était une maladie souvent mortelle, mais ils ont survécu.

Hovsep Yemenidjian

Quand la jeune Knar et sa famille sont retournées à Césarée de Cappadoce, ils ont découvert leur maison brûlée, comme celles de leurs voisins arméniens, qui avaient été pour la plupart exterminés. Ils ont reconstruit la maison et ont vécu sous de fausses identités pendant 10 ans.

[Un ami militaire turc leur a permis d'obtenir] des identités musulmanes, des noms musulmans. [Ils ont dû]se convertir d'une manière ou d'une autre et accepter [le prophète] Mahomet.

Hovsep Yemenidjian

Fuite en Égypte

La famille restera encore 10 ans en Turquie avant d'aller rejoindre en Égypte d'autres survivants du génocide, ainsi que les milliers d'orphelins arméniens pris en charge par les anciennes communautés chrétiennes du Proche-Orient.

C'est à Alexandrie que Knar, dont le nom de jeune fille est Bohdjelian, épouse en 1943 Jean Yemenidjian. Elle aura trois enfants. Sa fille meurt en bas âge, mais ses deux garçons survivent.

En 1956, la crise du canal de Suez vient perturber le fragile équilibre de la minorité arménienne d'Égypte, raconte Hovsep Yemenidjian.

« Ce n'était pas une question de religion, mais plutôt de nationalisme arabe. Après la crise du canal de Suez, tous les Européens, et ça comprenait les Arméniens, étaient perçus comme des ennemis, des étrangers qu'on appelait ajnabi. La communauté a commencé à partir et, en 10 ans, presque tous les Arméniens étaient partis », dit Hovsep Yemenidjian.

L'Expo 67

Hovsep partira d'Égypte le premier, suivi par son frère. Knar vient leur rendre visite pendant l'Exposition universelle de 1967. Elle tombe sous le charme de Montréal. Ses deux fils vont devoir la parrainer, car elle a alors déjà près de 60 ans.

Hovsep Yemenidjian aurait souhaité que la Turquie reconnaisse sa part de responsabilité dans le génocide arménien avant la mort de sa mère. Une vingtaine de pays, dont le Canada, reconnaissent que le massacre de 1 million de chrétiens arméniens lors de la Première Guerre mondiale était un génocide.

De son côté, l'ambassadeur de l'Arménie au Canada, Armen Yeganian, dit que la vieille dame était un symbole pour la diaspora arménienne. Il souligne qu'il reste encore dans le monde de nombreux survivants de l'holocauste et du génocide rwandais, par exemple, mais que ceux du génocide arménien, comme Knar Yemenidjian, se comptent maintenant sur les doigts d'une main.

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