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La difficile quête de justice des femmes autochtones sans abri

Signaler une agression sexuelle s'avère être un parcours du combattant pour bien des femmes autochtones vivant à Montréal. Le système de justice ne leur rend pas la vie facile et aurait besoin de s'adapter aux besoins de cette communauté.

Jessica Quijano entend en moyenne deux à trois plaintes de violence à caractère sexuel chaque semaine, dans le cadre de son travail de coordonnatrice du projet Iskweu - pour « femme » en langue crie, - du Foyer pour femmes autochtones de Montréal.

Devant une justice qui leur est imposée, ces femmes sont particulièrement vulnérables et finissent par ne pas recevoir un traitement équitable, constate Mme Quijano.

Plusieurs raisons incitent ces victimes à garder le silence. La plupart vivent dans l’ouest de la ville, particulièrement les Inuites installées aux environs du square Cabot.

Mais lorsqu'une personne dépose une plainte pour agression sexuelle à Montréal, elle doit se rendre au quartier général des enquêtes spécialisées de la police de Montréal, situé à la Place Versailles dans l'est de la ville, soit à une dizaine de kilomètres de là.

Si elle s’y rend, elle rencontre le personnel de l'unité des agressions sexuelles à qui elle raconte, devant la caméra, les détails de son agression, une étape essentielle qui permettra d’intenter des poursuites.

Témoigner, tout un défi

Autre obstacle de taille, la langue. Beaucoup de femmes autochtones parlent l’inuktitut, certaines l’anglais comme langue seconde, précise Jessica Quijano, et la Place Versailles est située dans un quartier à majorité francophone.

« Voyager à l'est du métro Atwater jusqu'à Radisson, dans l'est de la ville, constitue une barrière pour les victimes » dit Mme Quijano, qui mentionne aussi les problèmes de toxicomanie de plusieurs des bénéficiaires du Foyer pour femmes autochtones de Montréal. Celles-ci doivent être sobres lorsqu’elles témoignent.

Et même si elles vivent dans la rue, ces femmes doivent travailler pour survivre.

« Je travaille avec des personnes qui ont besoin de survivre, et prendre quelques heures de leur journée pour aller à la Place Versailles signifie qu'elles ne pourront pas gagner d’argent pendant cette période », ajoute la coordonnatrice du projet Iskweu.

Jessica Quijano souhaite que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), ouvre un bureau près du square Cabot, pour permettre aux victimes de rencontrer des enquêteurs spécialisés et de témoigner.

Le SPVM ouvert aux changements

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM )dit être ouvert aux changements, particulièrement en ce qui concerne les procédures d’enquête, mais aussi afin que les victimes n'aient plus à se rendre à la station de la Place Versailles.

L’agent de liaison autochtone au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Carlo DeAngelis mentionne qu’une réunion est prévue la semaine prochaine pour en discuter.

« Nous sommes conscients de cette situation, c'est pourquoi nous avons organisé cette réunion, le message que je veux envoyer... c’est que si vous êtes une victime, nous serons là pour vous. Votre rapport, nous le prendrons au sérieux », dit-il.

Le constable DeAngelis ajoute que lorsqu'une victime déposera une plainte, les policiers iront à sa rencontre où qu'elle se trouve, que ce soit dans un abri ou au coin d’une rue. Ils s’assureront qu’elle est hors de danger et la conduiront à l'hôpital pour y effectuer un examen médico-légal, si nécessaire.

Pour Carlo DeAngelis, il est primordial que les victimes ne soient pas dissuadées de déposer leur plainte.

D'après un texte de Kate McKenna

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