Le succès du chef d'orchestre Yannick Nézet-Séguin tient à la relation privilégiée qu'il entretient avec les spectateurs, mais surtout, à celle qui le lie à ses musiciens. Explications.

Un texte d'Alexandra Szacka

Voir en concert le maestro montréalais, aujourd'hui star mondiale de la musique classique, c'est une chose. Les qualités de communicateur de celui qui fera tout pour faire partager au public son amour de la musique sont évidentes.

La qualité de son contact avec l'orchestre, aussi. Même sa posture en dit long sur sa façon de concevoir le rôle du chef d'orchestre. Tout le haut de son corps est penché vers l'avant comme s'il essayait de prendre dans ses bras les musiciens et leurs instruments.

Le pouvoir de la répétition

Cependant, la mesure de son talent exceptionnel s'observe surtout en répétition. « Il faut voir Yannick Nézet-Séguin en répétition avec ses musiciens, c'est là qu'on voit vraiment la qualité de son travail », selon Christian Merlin, critique musical du Figaro et auteur de plusieurs livres sur les orchestres et les chefs d'orchestre. C'est en répétition qu'il est possible de voir à l'œuvre son parfait dosage de discipline, de bienveillance, d'enthousiasme et d'amour pour l'œuvre qu'il dirige. C'est ça le « mystère Nézet-Séguin ».

En effet, il y a véritablement quelque chose d'un peu mystérieux et de fascinant à voir évoluer la carrière du jeune chef dont le nom est aujourd'hui sur toutes les lèvres. Pensez-y : cet été, il a donné pas moins de 39 concerts, dans 25 villes sur trois continents. Sous sa baguette, sept orchestres différents ont joué une cinquantaine d'oeuvres.

Directeur musical de trois orchestres, celui de Philadelphie, de Rotterdam, aux Pays-Bas, et de l'Orchestre métropolitain de Montréal, Yannick Nézet-Séguin vient d'être nommé directeur musical de la plus importante institution culturelle américaine, le Metropolitan Opera de New York. À 41 ans, le chef montréalais remplace ainsi le légendaire James Levine, qui a dirigé le Metropolitan Opera pendant 40 ans.

Tout est dans la manière

La relation de Yannick Nézet-Séguin avec les musiciens de ses trois orchestres est à la fois respectueuse et ferme. Et ses musiciens le lui rendent bien.

Tous apprécient au plus haut point cette collaboration. C'est le cas de la jeune violoncelliste, tout juste engagée par l'Orchestre de Rotterdam, qui travaille pour la première fois avec Yannick Nézet-Séguin à qui ce dernier conseille, tout sourire, pendant la répétition, la façon dont elle devrait s'asseoir.

« Nous sommes petits tous les deux, lui dit-il, alors nous devons compenser notre petite taille. » La jeune musicienne d'origine coréenne est aux anges. Travailler avec le chef d'orchestre est un délice pour elle, du début à la fin.

Même chose du côté des solistes parmi les plus célèbres du monde. Les frères Gautier et Renaud Capuçon, respectivement violoncelliste et violoniste, ou encore Renée Flemming, la grande soprano, un des piliers du Metropolitan Opera depuis des années. Tous disent se surpasser quand ils jouent sous la direction de Yannick Nézet-Séguin.

Servir la musique

Lui-même se définit comme un serviteur, celui de la musique, des musiciens, du public. Sa motivation la plus profonde : faire partager l'amour inconditionnel de la musique qui l'anime. La personne qui l'a le plus marqué, le plus influencé, c'est Carlo Maria Giulini, un chef d'orchestre italien, mort il y a une dizaine d'années. Yannick Nézet-Séguin l'a rencontré à un très jeune âge. Et c'est à lui qu'il doit son amour passionné de la musique autant que son humilité.

Aujourd'hui, Yannick Nézet-Séguin avoue ressortir un certain vertige devant la responsabilité qui lui est confiée de diriger l'orchestre du Met. Toutefois, il se dit infiniment heureux devant ses possibilités sans limites.

Il a déjà commencé à penser à toutes sortes de projets, même les plus farfelus. Comme celui de faire chanter Céline Dion dans la plus prestigieuse maison d'opéra du monde. Comme tentative de démocratisation de l'opéra, réputée élitiste, c'est difficile à battre.

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