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La GRC suspend l’utilisation d’un questionnaire pour demandeurs d’asile, jugé « inapproprié »

Un questionnaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), qui visait les demandeurs d'asile musulmans, a été jugé « inapproprié et non conforme aux politiques du gouvernement » par un porte-parole du ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale.

CBC News a obtenu copie du document de trois pages, qui a été utilisé à la frontière québécoise, dans la région d'Hemmingford.

Cet endroit a connu cet été un afflux de milliers de demandeurs d'asile provenant des États-Unis.

La version du questionnaire qui a été retirée demandait notamment de révéler des opinions sur la liberté de culte, le voile porté par certaines femmes musulmanes, les groupes terroristes islamistes, ou encore sur le fait d’avoir une femme comme patron.

Les musulmans, en particulier, semblent avoir été ciblés par le questionnaire, qui ne fait mention d’aucune autre religion.

Le porte-parole du ministre de la Sécurité publique, Scott Bardsley, indique que la GRC a suspendu l'utilisation de cette version du questionnaire.

« À partir du moment où nous avons été mis au courant de ce guide d'entrevue, nous avons immédiatement exprimé nos craintes et contacté la GRC », explique M. Bardsley dans un courriel.

La porte-parole de la GRC, Annie Delisle, indique dans un courriel que le guide a été créé par une division québécoise de la GRC pour répondre à un « volume élevé de migrants » qui tentaient de franchir la frontière de manière illégale.

Mme Delisle dit que l’information obtenue à l’aide du questionnaire lors d’une évaluation préliminaire est conservée dans une base de données de la GRC et partagée avec l’Agence des services frontaliers du Canada et d’autres partenaires, « conformément à la législation canadienne ». Elle n’a pas spécifié de quelle législation il s’agit.

Des questions « non pertinentes », selon un avocat

L'existence du questionnaire de la GRC a d'abord été rapportée par le Toronto Star.

L'avocat torontois Clifford McCarten a obtenu une copie du document après qu'il eut été remis par erreur à un de ses clients.

Il estime qu'il est « totalement approprié » de la part de l’Agence des services frontaliers du Canada de poser des questions sur la criminalité et de demander si un migrant est associé à un groupe extrémiste.

Toutefois, il dit « ne jamais avoir vu quelqu'un demander à une personne si elle pratiquait sa religion régulièrement, ou de donner son opinion sur le fait d’avoir une femme comme patron ».

« La raison pour laquelle je n’ai jamais vu cela, dit-il, c’est parce que c’est complètement sans importance, non pertinent, d’un point de vue juridique, dans le processus de traitement d’une demande d’asile. »

M. McCarten dit avoir été « sous le choc d’apprendre qu’il n’y avait aucune supervision fédérale » sur le processus d’enquête des demandeurs d’asile à l’un des postes frontaliers les plus fréquentés du pays.

M. McCarten affirme que de demander à un musulman son opinion sur des foulards couvrant la tête est « absurde » et revient à « demander à une personne juive son opinion sur les hommes qui ne portent pas la kippa ».

Un meilleur leadership réclamé

Clifford McCarten a fait valoir que l'existence du document soulève des questions sur la compétence du gouvernement fédéral à gérer l'afflux soudain de demandeurs d'asile en provenance des États-Unis.

« Si, en effet, il s'agit d'une décision d'une division locale - ce que j'ai un peu de difficulté à croire -, alors il est profondément inquiétant que l'un des secteurs les plus problématiques, sinon le plus problématique, pour les politiques sur les réfugiés et l'immigration canadienne en ce moment [...] n'ait pas de stratégie fédérale sur la manière de faire les contrôles », souligne l'avocat.

Les néo-démocrates soutiennent que le gouvernement se doit de démontrer un meilleur leadership dans la gestion de l'arrivée massive de demandeurs d'asile.

Le porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière de Sécurité publique et de protection civile, Matthew Dubé, dit que le questionnaire soulève des « drapeaux rouges » quant à savoir si le profilage racial est une pratique répandue à la GRC. Il demande au ministre Goodale de lancer une enquête pour obtenir des réponses.

« De deux choses l'une : le ministre était au courant de cette pratique et n'a rien fait, ou encore il n'a pas de contrôle sur les pratiques qui sont utilisées », ajoute M. Dubé.

La porte-parole du NPD en matière d'immigration et de réfugiés, Jenny Kwan, demande au gouvernement de fournir des détails sur l'utilisation du questionnaire.

« Le nombre de fois que quelqu'un prie ne devrait avoir aucune incidence sur son statut de réfugié. Cela ne reflète pas qui nous sommes », estime Mme Kwan.

Quant au député conservateur Pierre Paul-Hus, il dit que son parti appuie les efforts de la GRC pour garder les Canadiens en sécurité, mais qu’il est « contre la discrimination injuste envers quiconque en raison de sa religion ».

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