Florence + The Machine était de passage au Centre Bell, mercredi, moins d'un an après avoir offert une prestation remarquable au festival Osheaga. Et elle est toujours fort bien huilée, la machine à Florence Welch qui comprend dix musiciens et choristes.

Un texte de Philippe Rezzonico

Mais le constat est le même à chaque passage de la chanteuse britannique dans la métropole : c'est le talent fou de cette dernière et sa relation avec le public montréalais qui provoque des étincelles. Comme si « Florence » rimait avec « fusionnel », comme dans « amour fusionnel » avec ses admirateurs et admiratrices.

Remarquez que la rouquine de 29 ans a tous les atouts pour mettre une foule de 10 727 spectateurs dans sa poche : une voix phénoménale de contralto, un charisme inné, des chansons fédératrices et une énergie sans fin. Mais au-delà du talent brut indéniable, l'art d'offrir un spectacle mémorable repose sur la manière de l'offrir aux spectateurs. Et sur cet aspect, Florence sait drôlement s'y prendre.

Il y a, bien sûr, cette voix. À la fois puissante, porteuse et toujours maîtrisée. Cette voix aux inflexions vocales similaires à Kate Bush qui peut gambader dans des registres accessibles à toutes avant de s'élever en une seconde dans une stratosphère où peu de chanteuses ont accès.

Il y a, et c'est encore plus visible, l'engagement physique hors du commun. Florence Welch court de part et d'autre de la scène : elle sautille, elle virevolte, elle tombe à genoux, elle rampe, elle s'effondre, elle grimpe sur ses moniteurs, elle tournoie comme une ballerine et elle saute de ses plateformes latérales avec une fougue inégalée. Il y a quelque chose de poétique et de violent, tout à la fois, dans cette gestuelle dynamique et étourdissante.

Et puis - et c'est peut-être ce qui est le plus remarquable - la Londonienne possède cette capacité de transformer chaque chanson en moment exaltant. Le spectacle est à peine amorcé? Elle nous balance la furieuse Ship To Wreck, extraite de son plus récent disque How Big, How Blue, How Beautiful.

Florence la sprinteuse

L'été dernier, à Osheaga, Welch ne s'est pas gênée pour aller au parterre, au beau milieu des spectateurs. Cette fois, elle a dévalé l'escalier mis au-devant de la scène et, à la surprise générale, elle a sprinté presque aussi vite qu'Usain Bolt le long de la bande de la patinoire du Centre Bell pour se hisser sur une plateforme au fond du parterre afin d'y terminer l'interprétation de Rabbit Heart (Raise It Up). Effet garanti.

Pour Shake It Out, elle a demandé le concours des spectateurs : « Voulez-vous être ma chorale? »

Au terme de près de cinq minutes de passion vocale commune et d'une - autre - ovation qui n'en finissait plus, Welch a lancé : « Vous êtes la foule la plus bruyante que j'ai jamais entendue. »

Plusieurs fois, elle a souligné, trémolos dans la voix, ce lien fort qui la lie à Montréal, une ville où « vous avez été là pour moi depuis le début ».

De la vieille école

Il n'y a rien qui ne démontre mieux l'emprise d'une artiste sur son public que sa capacité à le faire obéir. Après une Sweet Nothing vibrante au possible où le Centre Bell a été illuminé de centaines de cellulaires, Welch a noté « que je passe trop de temps à faire ça (en mimant le geste de regarder vers un téléphone intelligent). On peut fermer les cellulaires pour la prochaine chanson? »

J'ai eu beau me crever les yeux, je n'ai vu personne brandir un téléphone intelligent lors d'une interprétation magnifique de How Big, How Blue, How Beautiful. Seulement quelques briquets, comme lors des spectacles de la vieille école du rock.

How Big..., c'est le genre de chanson durant laquelle Welch est habitée. Tout comme durant Delilah, lorsqu'elle joue au chef d'orchestre devant les spectateurs.

Elle peut toutefois réduire le tout au minimum et nous chanter Cosmic Love seulement accompagnée de la harpe et du piano. Ravissant. Cela dit, l'interaction entre les claviers, les guitares et les cuivres a été réussie dans l'ensemble, quoique la définition des instruments fût variable selon les titres interprétés.

Avec la Britannique, l'énergie débridée reprend rapidement le dessus. Les spectateurs scandent « Say my name! » durant Spectrum et ils ne se font pas prier pour « enlever un vêtement » et le faire virevolter au-dessus de leur tête lors de Dog Days Are Over.

Cette complicité, voire cette complémentarité entre Welch et son public était tellement forte, que ça faisait oublier que l'immense écran à paillettes (dorées ou argentées) placé derrière les musiciens était complètement inutile.

Et j'avais aussi presque oublié que le groupe Of Monsters and Men (pourtant très soudé) avait joué durant 60 minutes en première partie. Pas le même niveau d'énergie, dirons-nous, et le groupe islandais, ma foi, ne peut conclure un spectacle sur un doublé percutant du calibre de What Kind Of Man/Drumming Song.

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