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La maison brûle, Bergevin et ses recruteurs discutent

BILLET - Tous les recruteurs du Canadien sont réunis à Montréal cette semaine, alors que la direction du CH tient sa traditionnelle rencontre de mi-saison et fait le point sur la situation de l'organisation. Il y a de ces moments, comme celui-ci, où l'on rêverait de se transformer en mouche et de se faufiler dans la salle pour assister aux discussions.

Vendredi soir, les recruteurs amateurs et professionnels se sont joints à l’état-major du CH pour assister à la défaite du Rocket à Laval (4-1 aux mains des Senators de Belleville). Le Rocket joue pour ,477 et occupe le 25e rang (sur 30 équipes) dans la Ligue américaine.

Suite logique de la panne de recrutement qui a frappé l’organisation depuis 2008, le club-école n’a participé aux séries éliminatoires qu’une seule fois au cours des six dernières saisons et n’a surpassé la barre de ,500 qu’en deux occasions.

Si la tendance se maintient, le club-école ratera encore une fois le tournoi printanier. Pour former des gagnants, on a déjà vu mieux.

Puis samedi, tout ce beau monde s’est réuni au Centre Bell pour voir en direct le Canadien encaisser un troisième revers en huit jours aux mains des Bruins de Boston. Une défaite sans appel au cours de laquelle, pour la 18e fois cette saison, l’attaque a été limitée à un but ou moins. Le CH montre un taux d’efficacité de ,468 et occupe le 26e rang du classement général de la LNH. Il faut toutefois noter que deux des équipes positionnées derrière le CH ont plus de matchs à disputer d’ici la fin du calendrier.

Dans le monde du hockey professionnel nord-américain, seulement trois organisations voient présentement leur équipe de la LNH et leur équipe de la Ligue américaine jouer sous la barre de ,500: les Panthers de la Floride, les Sénateurs d’Ottawa et le Canadien de Montréal.

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Pour les directions d’équipes dominantes, les réunions de mi-saison avec les recruteurs se veulent une occasion privilégiée d’identifier des besoins spécifiques (souvent des joueurs susceptibles d’apporter un peu de profondeur) à l’approche de la date limite des transactions.

Les recruteurs amateurs dressent un portrait des espoirs à surveiller en vue du repêchage à venir. Ils savent qu’ils seront éventuellement consultés si un espoir doit éventuellement être sacrifié dans le cadre d’une transaction visant à améliorer l’équipe à court terme. De leur côté, les recruteurs professionnels repartent avec une liste précise de joueurs à surveiller.

La plupart du temps, les DG dont la banque d’espoirs regorge de talents félicitent leurs recruteurs et les remercient de leur avoir procuré une telle marge de manoeuvre pour assurer la maintien ou la croissance de leur équipe.

Chez le Canadien, c’est totalement l’inverse. Le temps est venu de se parler franchement. Le slogan de la saison n’est plus « Créons l’étincelle » mais plutôt « Le feu est pris et il faut l’éteindre au plus sacrant ». Toutefois, est-ce possible de le faire quand tout le monde autour de la table a quelque chose à se reprocher?

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Dans la LNH, le bruit court que Marc Bergevin est le DG le plus actif sur le marché. Sur les ondes d’une radio de Calgary, le confrère Elliotte Friedman a même raconté cette semaine que Bergevin mentionne à ses homologues qu’il n’y a que deux intouchables au sein de son alignement: Carey Price et le jeune défenseur Victor Mete.

Si cette information est exacte, elle annonce que Marc Bergevin jouit encore de la totale confiance de Geoff Molson. C’est une donnée fort importante.

Cette info annonce par ailleurs une rénovation majeure. Elle signifie que moins de deux ans après avoir acquis Shea Weber en échange de P.K. Subban, Bergevin est déjà prêt à écouter les offres pour se départir de son pilier défensif, âgé de 32 ans.

Elle confirme aussi les informations circulant depuis quelques semaines et voulant que le capitaine Max Pacioretty soit aussi disponible. Depuis le début de la saison 2012-2013, Max Pacioretty est l’attaquant de la LNH ayant inscrit le cinquième total de buts (171) dans la LNH. C’est notamment cinq de moins que Sidney Crosby, et huit de plus que Brad Marchand, qui éblouit tout le monde dans la LNH cette saison.

Qu’on aime ou non Pacioretty, une implacable réalité demeure: marquer des buts est le talent le plus cher et le plus difficile à dénicher dans la LNH. Une équipe se situant au 29e rang en attaque peut-elle logiquement se départir de son meilleur buteur pour faire un pas en avant? C’est un pensez-y-bien. Un pensez-y très bien, même. Voilà une transaction que vous n’avez pas le droit de rater.

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Le Canadien dispose déjà d’une très intéressante banque de choix en vue du prochain repêchage (un choix de première ronde et trois choix de second tour, entre autres). Empiler les choix de repêchage de qualité constitue le meilleur (le seul?) moyen d’entreprendre et de réussir un virage jeunesse.

Dans le meilleur des scénarios, une récolte exceptionnelle peut replacer une organisation pour dix ans. Au pire, une marge d’erreur raisonnable s’applique, la crème remonte à la surface, et seulement quelques actifs de qualité finissent quand même par se greffer à la formation.

En larguant des hauts salariés en échange de jeunes et de choix de repêchage, Bergevin pourrait par ailleurs amasser un intéressant butin (une marge de manoeuvre) lui permettant d’acheter du temps et de combler le vide en se montrant combatif sur le marché de l’autonomie.

Le CH dispose déjà de plus de 7 millions en marge de manoeuvre sur la masse salariale actuelle. À lui seul (et malgré l’entrée en vigueur du nouveau contrat de Carey Price la saison prochaine), le départ de Tomas Plekanec à la fin de février accroîtra cette marge de manoeuvre de 2 millions supplémentaires. Larguez un ou deux hauts salariés de plus et un monde de possibilités s’ouvre devant vous.

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Tout cela nous ramène au contenu des discussions qui ont présentement cours durant cette intrigante retraite de mi-saison.

Au bout de la table, vous avez un directeur général traqué par les partisans et par la presse, et qui sait fort bien qu’il écoule ses dernières cartouches.

Bergevin tente de dresser un portrait lucide de la situation et de cibler les meilleurs jeunes talents disponibles au sein des autres organisations avec les mêmes recruteurs professionnels et les mêmes adjoints qui lui recommandaient, l’été dernier, le démantèlement du flanc gauche de sa défense et des embauches comme celles de Karl Alzner et David Schlemko.

Il tente aussi de trouver une façon d’emmagasiner les choix de repêchage pour ensuite les confier à une équipe de recruteurs amateurs qui, depuis près d’une décennie, livre moins que 80% ou 85% des équipes de recrutement des autres organisations de la LNH.

Entouré de tous ceux qui ont contribué à diriger le bateau sur les récifs, le DG du CH s’apprête donc à négocier l’un des plus périlleux et délicats virages de l’histoire de l’organisation. D’un côté, il doit renouer rapidement avec le succès pour sauver son job. De l’autre, il n’a pas le choix de regarnir sa banque d’espoirs et de rebâtir son organisation. Ce n’est pas rien.

Il y a six mois, le CH était un géant aux pieds d’argile. Le voilà maintenant à genoux, sur le point de tomber en pleine face.

Si les dernières cartes ne sont pas jouées correctement, le club pourrait mettre 10 ans avant de se relever.

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