CHRONIQUE - Les piétons et cyclistes qui s'opposent au retrait de la dalle-parc des plans du nouvel échangeur Turcot n'auraient pu choisir un week-end plus significatif pour tenir une manifestation : celui du Grand Prix du Canada de formule 1, durant lequel la ville n'en avait que pour les gros moteurs qui ronronnaient à des kilomètres à la ronde.

Un texte de Marc-André Carignan, chroniqueur à l'émission Le 15-18 et à ICI Grand Montréal

Le symbole était puissant, puisque ce groupe d’une centaine de Montréalais, munis d’une pétition de 10 000 signatures, s'était justement réuni à l'écart de la symphonie des moteurs bien huilés pour exiger que le gouvernement du Québec pense à autre chose qu’aux voitures dans la nouvelle mouture de l’échangeur Turcot.

Ils exigeaient leur place dans ce chantier avec la réintégration d’un pont-jardin réservé au transport actif, qui chevaucherait l’axe autoroutier et permettrait de circuler beaucoup plus rapidement entre le quartier de Notre-Dame-de-Grâce et le Sud-Ouest. Un pont qui permettrait de rendre plus sécuritaire le quotidien de centaines, voire de milliers, de piétons et cyclistes.

« Tous les jours, je vois des piétons et cyclistes blessés. On doit travailler pour la santé du public pour réduire leur nombre dans nos urgences », a mentionné l’urgentologue de l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, Éric Notebaert, dans un message adressé à la foule lors de cette mobilisation.

Mais non. Le statu quo persiste au ministère des Transports (MTQ) face à cette option de mobilité durable, qui a ironiquement été proposée par le gouvernement lui-même en 2010, puis retirée par la suite pour des raisons financières. Son coût était pourtant estimé à moins de 1 % du budget total du nouvel échangeur, soit 4 milliards de dollars.

À la suite de cette manifestation du week-end dernier, le bureau du ministre des Transports, Laurent Lessard, a répondu à Radio-Canada que le gouvernement attendrait la fin des travaux pour reconsidérer le projet. En d’autres mots, on pellette le dossier par en avant pour éviter de se commettre.

Or, si la véritable raison qui a poussé le MTQ à retirer la dalle-parc réside dans son coût trop élevé, la facture ne sera pas moins dispendieuse dans deux, trois ou quatre ans. Au contraire. Elle augmentera inévitablement, ne serait-ce qu’avec l’inflation qui affectera le coût des matériaux de construction.

Sans compter qu’un ajout aussi majeur au-dessus d’une autoroute risque de demander beaucoup plus d’efforts après-coup, autant pour sa faisabilité technique que pour son financement.

Quel avantage a-t-on donc à repousser cette décision à plus tard?

D’autre part, ce retrait ne semble pas faire l’unanimité au sein même du caucus libéral. Même le président de l’Assemblée nationale et député de Westmount-Saint-Louis, Jacques Chagnon, vient de s’exprimer en faveur des cyclistes et des piétons pour qu’ils aient leur place dans le futur échangeur Turcot. Un appui de taille - et très symbolique étant donné son statut - pour le retour de la dalle-parc.

Pendant ce temps, à Montréal…

Ce serait malhonnête d’affirmer que l’administration Coderre regarde passer passivement le bateau (ou devrais-je dire la bétonnière?) dans ce dossier. Ses membres sont néanmoins loin de s’époumoner publiquement pour exiger le retour de ce pont-jardin. Et pourtant.

Cette structure reste un élément phare de Turcot 2.0, qui avait permis d’aller chercher une acceptabilité sociale dans les quartiers limitrophes.

En la soustrayant, Québec trahit la confiance des Montréalais, en ne respectant plus le pacte social qui avait été convenu initialement.

Cela dit, pas de conférence de presse, pas de gestes forts de la Ville jusqu’à maintenant pour démontrer un réel mécontentement face à cette disparition. Simplement de courtes déclarations du maire, notamment lundi au conseil municipal, mentionnant que cette dalle est « nécessaire » et que des discussions avaient eu lieu avec le ministre des Transports.

Force est de constater que ces discussions n’ébranlent toujours pas le cabinet du ministre Lessard, voyant le statu quo actuel. Le maire devra vraisemblablement se commettre davantage sur la place publique et en faire un enjeu politique s’il croit vraiment à la nécessité de ce lien interquartier.

Cette dalle-parc s’inscrirait d’autant plus dans une extension logique de sa politique « Vision zéro », qui vise justement à sécuriser concrètement les déplacements des piétons et cyclistes.

Pour suivre notre chroniqueur sur Twitter : @macarignan

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