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La mécène et philanthrope Jacqueline Desmarais s'éteint à 89 ans

La mécène et philanthrope Jacqueline Desmarais n'est plus. Veuve de l'ancien dirigeant de Power Corporation, Paul Desmarais, elle aura soutenu le milieu de la musique et de l'art lyrique pendant de nombreuses années.

La famille a confirmé son décès par communiqué de presse samedi matin. Des funérailles privées auront lieu dans les prochains jours et seront suivies d'un service commémoratif dont la date sera prochainement annoncée.

Née en août 1928 à Sudbury, en Ontario, Jacqueline Desmarais a consacré sa vie au mécénat. Celle qui a toujours chanté a commencé sa mission au Domaine Forget de Charlevoix, dont elle s’est occupée pendant des décennies.

Mme Desmarais a entre autres créé un programme de bourses au profit des musiciens prometteurs. En 1997, elle a mis sur pied la Fondation Jacqueline Desmarais pour jeunes chanteurs lyriques.

De nombreux organismes reliés à la musique, aux arts ainsi qu'au domaine de la santé lui doivent beaucoup.

Son soutien financier aura aussi permis la retransmission des opéras du Metropolitan de New York dans des cinémas un peu partout au Canada, rapprochant ainsi l’art lyrique du public.

On retrouve son empreinte de mécène dans les institutions artistiques et culturelles les plus prestigieuses de Montréal, comme le Musée des beaux-arts et, surtout, l'Orchestre symphonique de Montréal, auquel elle a donné 5 millions de dollars pour la réalisation du Grand Orgue Pierre-Béique de la Maison symphonique par la maison Casavant.

Son aide a aussi été bénéfique pour l'Opéra de Montréal. Elle en a fondé la guilde, dont elle a assumé la direction de 1989 à 1999.

L'Hôpital Sainte-Justine a aussi profité d'un don de 12 millions de dollars de la famille Desmarais, en 2016.

Plusieurs fois honorée

Jacqueline Desmarais a été élevée au rang d’officier de l'Ordre du Canada en 2013, 14 ans après y avoir été admise comme membre.

En 2012, l’Ordre national du Québec l’a honorée du titre de grande officière.

Qualifiée de « grande amie de la France et grande dame des arts » par l'ex-président français Nicolas Sarkozy, Jacqueline Desmarais a reçu de ses mains la Légion d'honneur en 2011.

Mme Desmarais a été intronisée au Panthéon canadien de l’art lyrique en 1996. Elle a aussi remporté un prix Rubies, d’Opera Canada, en 2011, et le prix Hommage dans le cadre de la 19e édition des prix Opus remis par le Conseil québécois de la musique, en 2016.

Une affection particulière pour Yannick Nézet-Séguin

Son soutien n'est pas allé uniquement aux institutions; elle a également réservé sa bienveillance aux âmes qui les font vivre.

Se confiant aux médias, elle avouera que l’un de ses plus beaux souvenirs aura été la production de Carmen, dans laquelle Yannick Nézet-Séguin, qu'elle a encouragé dès ses débuts, a dirigé l'orchestre du Met pour la première fois, le 31 décembre 2009.

Elle aura aussi soutenu Layla Claire, qui a chanté dans le Don Carlo dirigé par Yannick Nézet-Séguin au Met, et Julie Boulianne, qui a fait ses débuts au Met dans Iphigénie en Tauride.

Un legs apprécié

Plusieurs grands noms du monde politique et du milieu de la culture ont tenu à souligner le départ de Mme Desmarais. Yannick Nézet-Séguin y est allé d'un remerciement « pour tout » accompagné d'une photo de lui et de « Jackie », sur Twitter.

Par voie de communiqué, M. Nézet-Séguin a en outre vanté « l'amour indéfectible pour les artistes et [le] flair unique pour le talent » de sa grande amie.

Le chef d’orchestre a souligné le grand respect qu’elle vouait aux artistes en entrevue au Téléjournal diffusé à ICI Radio-Canada.

« C’était une dame très fidèle. Évidemment, comme on le sait, l’histoire d’amour entre elle et son mari Paul, c’est une histoire de grande fidélité, l’amour d’une vie. Oui, elle avait cette même loyauté et fidélité envers les artistes qu’elle aimait. C’était une dame qui aimait la vie. Une dame qui aimait le bonheur et l’émotion surtout. C’était l’émotion qu’elle recherchait dans l’art », a confié Yannick Nézet-Séguin.

Le maestro compte lui rendre un hommage spécial tout en musique.

« Nous avons décidé au MET de lui dédier, de façon officielle, toutes les représentations d'Electra qui restent dans le prochain mois. On aura aussi des hommages spéciaux auxquels on pense présentement. On a été quand même pris par surprise par ce départ. C'est sûr que dans mon cœur, toutes les musiques que je vais jouer, je vais les lui dédier. C’est sûr », a-t-il promis.

Le violoncelliste Stéphane Tétreault s'est remémoré de la bonté de la mécène qui lui a offert un Stradivarius datant de 1707, un instrument qu'il utilise depuis six ans. « Une générosité sans borne, c'est exceptionnel tout ce qu'elle a fait. On arrive même plus à compter tout ce qu'elle a fait dans sa vie, avec son mari, pour le milieu culturel, pour le milieu de la santé et pour les musées », a-t-il déclaré.

La classe politique réagit

Le premier ministre Justin Trudeau a souligné l'apport de Mme Desmarais pour l'ensemble du monde des arts et de la culture.

Des propos repris par la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, qui a salué sur les réseaux sociaux le legs de Mme Desmarais et ses efforts pour « améliorer nos infrastructures culturelles et la programmation de nos institutions ».

La ministre québécoise des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre, a parlé « d'une grande amoureuse des arts » et a offert ses condoléances aux proches de Mme Desmarais.

Sa collègue à la Culture, Marie Montpetit a aussi salué la mémoire de la mécène.

John Parisella, ex-délégué général du Québec à New York, a évoqué une « triste nouvelle ». La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a également offert ses sympathies.

Brian Mulroney, ancien premier ministre du Canada, a tenu à rappeler l'engagement qu'avait Mme Desmarais pour les artistes de la relève, qu'elle appelait affectueusement « ses enfants ». « C'était une dame d'une grande générosité », a-t-il relaté sur les ondes de RDI.

« C'était pas seulement une question de donner un chèque, elle les voyait régulièrement. Elle les invitait à Sagard ou à Montréal pour les aider ou les inspirer davantage. Elle est demeurée amie avec la quasi-totalité d'entre eux », a-t-il ajouté.

Du côté du Conservatoire de musique et d'art dramatique du Québec, on a souligné le décès de celle « qui a tant donné à la musique ».

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