À son retour à la maison à l'issue de la saison 2014, le cycliste Guillaume Boivin, brisé, pensait poser ses valises pour la dernière fois de sa carrière. Quatre ans plus tard, le Québécois s'apprête à participer à son premier Tour d'Italie, en partie grâce au soutien d'un promoteur immobilier montréalais à la tête d'une équipe israélienne.

Un texte d'Olivier Pellerin

La carrière de Guillaume Boivin a failli dérailler après deux saisons ponctuées de succès sur le circuit World Tour. Forcé à l’abandon en 2013, il venait de compléter sa deuxième participation au Tour d’Espagne au 149e rang. Il devait vivre un rêve, mais c’était tout le contraire.

« Je me souviens d’être revenu chez moi, d’avoir mis ma valise dans l’entrée et j’ai dit à ma femme : "J’arrête". Je n’aimais plus faire ça. »

Après deux années passées avec la défunte équipe Cannondale, Boivin était brisé. Il n’était plus prêt à faire les sacrifices nécessaires pour garder sa place parmi la crème du cyclisme international.

En 2015, Guillaume Boivin a tenté de se relancer aux États-Unis, en vain. Malgré son titre de champion canadien sur route, cette année-là, les doutes étaient bien présents. Il était loin de se douter qu’une jeune équipe pro continentale, l’Israel Cycling Academy, raviverait sa passion pour le vélo.

Cette équipe professionnelle, la toute première de l’histoire de l’État hébreu, a été créée en 2014 dans le but de développer le cyclisme sur route en Israël. C’est une des raisons pour lesquelles Boivin a joint la formation en 2016.

« Les villes de Tel-Aviv ou Jérusalem sont parmi les plus belles villes au monde, avec un héritage culturel incroyable. C’est super multiculturel », explique le Montréalais, qui a visité six fois Israël lors des trois dernières années, sans jamais y passer plus de deux mois.

Sa présence au sein de l’équipe, Boivin la doit en partie à Sylvan Adams, un riche promoteur immobilier montréalais installé à Tel-Aviv depuis 2015. Le milliardaire, qui a découvert le cyclisme de compétition à 41 ans, a depuis investi des millions pour faire rayonner ce sport.

D’abord impliqué financièrement avec l’équipe canadienne Spidertech, entre 2008 et 2012, le fils de Marcel Adams, un survivant de l’Holocauste, s’est ensuite tourné vers l’Israel Cycling Academy, dont il est aujourd’hui copropriétaire.

C’est cet homme, autrefois du quartier Westmount, qui a convaincu les organisateurs du Giro de donner le coup d’envoi de l’édition 2018 à Jérusalem, ce vendredi. C’est la première fois qu’un grand tour s’aventure hors du continent européen.

La présence de la petite équipe israélienne au Tour d’Italie découle de ces négociations, mais aussi des millions de dollars investis par Adams dans cet événement. Une occasion en or pour les membres de la formation.

« Pour nous, c’est un objectif depuis plusieurs mois. Chacun individuellement, on a tout fait pour être dans la meilleure forme de notre vie pour venir ici. On veut surtout remercier Sylvan de l’opportunité qu’il nous donne, qu’il donne à l’équipe, de participer au Giro. On est des athlètes fiers. En plus, vu que c’est en Israël, on a une motivation supplémentaire. »

De grandes ambitions

Des huit cyclistes qui représenteront l’Israel Cycling Academy au premier grand tour de la saison, on retrouve deux cyclistes israéliens : Guy Niv (24 ans) et Guy Sagiv (23 ans). Boivin connait bien Sagiv. Il l’a surtout vu grandir au sein de l’équipe.

« C’est sûr que ça me rend fier de le voir là, répond Boivin au sujet de son cochambreur au Giro. De voir comment il a évolué dans les trois dernières années, de 20 à 23 ans. C’est vraiment difficile dans ces années-là, tu grandis vite, tu changes beaucoup et tu prends de la maturité. Je suis super content pour lui, et si j’ai pu l’aider dans son développement, ça me fait plaisir, mais c’est lui qui a fait tout le travail et tant mieux pour lui. »

Un peu plus tôt cette semaine, Sylvan Adams disait souhaiter voir son équipe remporter une à deux victoires d’étapes au Giro. Guillaume Boivin est tout aussi confiant de voir l’Israel Cycling Academy connaître du succès.

« On est une équipe israélienne, et les Israéliens sont toujours très ambitieux, donc pourquoi pas, dit à la blague celui qui a fini 52e de la classique Amstel Gold Race à la mi-avril.

À 28 ans, Boivin est heureux de pouvoir prendre part à son troisième grand tour, et il se dit prêt pour le défi qui s’annonce.

« Il y a deux ou trois ans, je ne voulais plus faire de vélo. Je n’appréciais peut-être pas à 100 % la chance que j’avais de pouvoir courir à ce niveau-là. Maintenant, je ne veux pas regarder aussi loin que ça, je veux juste apprécier à 100 % ce que je suis en train de faire. Je suis au Giro, et ça peut être mon dernier grand tour, je ne sais pas si je vais en faire d’autres. »

Kristian Sbaragli, Rubén Plaza et Ben Hermans seront les chefs de file de la formation israélienne en Italie. Ce seront eux que Boivin et ses coéquipiers tenteront d’amener à l’arrivée pour les sprints massifs. Il y a pourtant un autre objectif que l’équipe aura en tête.

« C’est vrai qu’un de nos objectifs, c’est d’amener nos deux Israéliens jeunes, nos très jeunes Israéliens, sur la ligne d’arrivée à Rome. »

Sans contrat pour la prochaine saison, Guillaume Boivin souhaite pouvoir rester avec l’équipe. Il a déjà des discussions avec les dirigeants, mais le Québécois souhaite faciliter leur travail en Italie.

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