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Là où le Sang se mêle : entre ombre et lumière

L'impact intergénérationnel des pensionnats autochtones est l'élément central de la pièce Là où le Sang se mêle, mise en scène par Charles Bender et présentée jusqu'au 3 février à Montréal.

Un texte de Anne-Marie Yvon

En entrant dans la peau de Mooch (quêteux), un des personnages de Where The Blood Mixes (Là où le Sang se mêle), en 2010, Charles Bender a tout de suite su qu’il monterait un jour cette pièce signée Kevin Loring, un Nlaka’pamux de la Première Nation Lytton en Colombie-Britannique.

Celui-ci s’est inspiré de gens de sa communauté, nichée au confluent des rivières Fraser et Thompson, pour raconter une histoire de résilience.

« Il est tellement sincère dans ce qu’il a écrit, c’est tellement vrai les histoires qu’il a écrit que je reconnais des gens que j’ai moi-même croisés ici au Québec, dans les différentes nations, » mentionne Charles Bender qui a commencé par traduire ce texte récompensé en 2009 par le Prix du Gouverneur général dans la catégorie théâtre de langue anglaise.

Si la pièce revient sur le douloureux chapitre des pensionnats, elle aborde aussi d’autres pans de l’histoire des Autochtones, dont la rafle des années 60, pour finalement s’ancrer dans l’actualité.

Christine, vecteur de changement

L’histoire raconte les retrouvailles de Floyd et de sa fille, Christine, enlevée par les services sociaux pour adoption à un jeune âge.

Une vingtaine d’années plus tard, Christine souhaite reprendre contact avec son père, sa famille, sa communauté et cette culture à laquelle elle n’a pas eu accès.

« C’est ce qui fait en sorte qu’il y a un moment d’éveil qui se produit sur la communauté à ce moment-là alors que les gens se demandent qu’est-ce qu’on a fait dans les derniers 20 ans depuis que Christine nous a été enlevée, » précise Charles Bender, dont la fébrilité est palpable à quelques heures de la première montréalaise.

Après discussion avec Kevin Loring, Charles Bender a accepté de ne pas déplacer l’histoire au Québec constatant lui-même que, de toute façon, toutes les Premières Nations se retrouvent dans cette oeuvre où qu’elles soient dans le monde. « La place où on est n’importe pas autant que l’histoire et la résilience des personnages », souligne-t-il.

D’autres personnages gravitent autour de Floyd et de Christine, dont le meilleur ami de Floyd, Quêteux, et sa femme June, tous deux des survivants des pensionnats qui trainent douleur et culpabilité.

Le premier les noie dans l’alcool, la seconde est en plein processus de guérison, mais comme le précise Charles Bender, le retour de Christine permet de provoquer l’éveil de toute la communauté.

Du théâtre autochtone

Outre le théâtre Ondinnok, présent sur la scène québécoise depuis 33 ans, les Productions Menuentakuan, cofondées avec Marco Collin et Xavier Huard, permettent à Charles Bender de raconter ces histoires « qui vont pas seulement nous nourrir entre nous, mais nourrir aussi le restant de la population québécoise qui a besoin de les entendre. »

Mais le bassin de talents autochtones est encore petit, d’où la mission de Menuentakuan de le développer, avec pour objectif « de former des jeunes en théâtre, pas juste pour être capable de jouer des autochtones sur scène ou raconter des histoires autochtones, mais bien des artistes formés pour jouer n’importe quel rôle », conclut Charles Bender qui a lui-même invité Tania Kontoyanni, Xavier Huard et Mohsen El Gharbi a donné la réplique à Marco Collin (Floyd) et Soleil Launière (Christine).

Là où le sang se mêle est présenté à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier à Montréal jusqu'au 3 février.

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