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La poursuite demande 13 ans pour le proxénète Jean-Jerry Brun

La juge Hélène Morin a entendu les représentations sur la peine à donner au proxénète Jean-Jerry Brun, vendredi, au palais de justice de Montréal. Son avocat, Serge Lamontagne, recommande une peine de 6 ans de prison, tandis que l'avocate de la poursuite, Marilène Laviolette, demande 13 ans.

Un texte de Geneviève Garon

Les deux jeunes victimes de Jean-Jerry Brun l'ont affronté du regard dans la salle d'audience. Après avoir subi des sévices pendant trois ans, elles ont repris le contrôle de leur vie, alors que lui, n'a plus aucune liberté.

La plus jeune des deux victimes avait 17 ans lorsqu'elle a rencontré le proxénète, en 2009. La fugueuse était danseuse nue. Au début, c'était l'amour fou, et Jean-Jerry Brun, 31 ans, lui faisait miroiter un beau rêve.

« Il me disait qu'on allait acheter une maison, qu'on allait progresser, qu'on allait avoir une vie ensemble », raconte une des victimes.

La lune de miel n'a pas duré, puisque M. Brun est devenu violent. Il a battu la jeune femme pour la forcer à se prostituer. Il l'a envoyée en Ontario pour qu'elle fasse plus d'argent et lui a pris tous ses gains. La jeune femme affirme qu'il jouait ses recettes au casino.

Elle est tombée enceinte, et il l'a forcée à se faire avorter. Il menaçait de la battre jusqu'à ce qu'elle perde le bébé si elle refusait. Il lui a aussi ordonné d'avoir des relations sexuelles avec un de ses amis et l'a forcée à dormir par terre « comme un chien ».

Piégé par une agente double

En 2013, une jeune femme aborde Jean-Jerry Brun dans une salle de sports. Elle se dit en manque d'argent et cherche un emploi. En moins d'une heure, M. Brun lui propose d'aller se prostituer à Saskatoon, en Saskatchewan. Il est même prêt à lui payer un billet d'avion. Il va jusqu'à se frotter contre la jeune femme et lui murmure à l'oreille qu'il devra la « tester ».

Pas de chance pour lui, la jeune femme est en fait une policière. La preuve présentée en cour est accablante.

Jean-Jerry Brun a été reconnu coupable de 20 chefs d'accusation, dont ceux de traite de personnes, de proxénétisme, d'agression sexuelle et de voies de fait.

« Il faut que les victimes dénoncent », dit la poursuite

La Couronne demande 13 ans d'emprisonnement. « Une peine sévère, affirme la procureure Marilène Laviolette, mais il faut envoyer un message dissuasif. » Elle veut encourager les victimes à dénoncer et montrer que le ministère public les soutient.

De son côté, la défense nie que le portrait soit aussi sombre que ce qui a été décrit par la poursuite. Il souligne que les deux victimes travaillaient déjà comme danseuses nues lorsqu'elles ont rencontré M. Brun.

Me Lamontagne demande une peine d'emprisonnement de 6 ans.

Il nie être un proxénète

À la fin des observations sur la peine, Jean-Jerry Brun s'est adressé à la juge Hélène Morin. Il a affirmé regretter d'avoir été violent avec les deux femmes. Par contre, il refuse toujours l'étiquette de proxénète. « Ça, je ne peux pas l'accepter », a-t-il répété.

M. Brun souhaite suivre des programmes de réhabilitation en prison, mais il n'a pas encore commencé. Il est en détention préventive depuis 38 mois. À sa sortie de prison, il aimerait travailler comme entraîneur et lancer sa propre ligne d'appareils d'entraînement.

La juge Hélène Morin rendra sa décision sur la peine le 1er décembre.

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