Retour

La poursuite réclame 12 ans de prison pour Bertrand Charest

L'ex-entraîneur de ski Bertrand Charest se pose en victime de la situation et n'assume toujours pas la responsabilité de ses crimes. C'est ce que conclut la poursuite, qui réclame 12 ans de pénitencier pour l'homme de 52 ans reconnu coupable de crimes sexuels sur neuf athlètes, dans les années 1990.

Un texte de Geneviève Garon

Bertrand Charest a qualifié une de ses victimes de « pathétique », a estimé que ses athlètes devaient être « menstruées » pour ne pas accepter ses commentaires et a blâmé la « mentalité québécoise » plus stricte qu’en Europe pour ses problèmes.

« Tout le monde est responsable de son malheur, sauf lui », a lancé la procureure aux poursuites criminelles et pénales, Caroline Lafleur, mardi. Elle se basait sur les rapports de deux professionnels qui ont rencontré l’ex-entraîneur de l’équipe canadienne junior au cours des derniers mois et ont noté ses affirmations.

En juin dernier, le quinquagénaire a été reconnu coupable de crimes de nature sexuelle sur neuf anciennes athlètes qui étaient des adolescentes dans les années 1990.

Le fait qu’il ait été en position d’autorité, le grand nombre de victimes et l’avortement subi par l’une d’elles à 15 ans militent en faveur d’une peine de 12 ans d’incarcération, a plaidé la poursuite devant le juge Sylvain Lépine.

Victime de la situation

Bertrand Charest se pose en « victime de la société qui ne le comprend pas », a affirmé Me Lafleur, qui lui reproche de manquer d’empathie et de remords.

Il a déclaré être victime de représailles de la part de ses anciennes athlètes et a affirmé vouloir offrir des conférences aux jeunes sur les conséquences de leurs comportements sur la vie de leurs entraîneurs.

Selon lui, les tribunaux seraient plus sévères de nos jours que dans les années 1990, ce qui lui aurait fait perdre de l’argent et des membres de sa famille.

Bertrand Charest reproche également au juge Lépine d’avoir nui à sa relation avec sa conjointe en raison d’un qualificatif qu’il a utilisé dans son jugement. « À propos de sa conjointe actuelle, le sujet nous dit avoir entretenu une belle relation jusqu’aux propos du juge à l’effet qu’il était un prédateur sexuel », note le sexologue Éric Bergeron.

Le rapport psychosexologique souligne également l’absence de remise en question de celui qui souffrirait d’un trouble narcissique s’accompagnant de conduites de perversité rationnelle. « Il présente un portrait élogieux de son propre cheminement et ses réflexions concernant les délits se limitent à l’énumération de raisons pour justifier, normaliser et excuser ses gestes. »

« Il a été un véritable monstre », témoigne une victime

Honte, dépression, colère... les victimes de l’ex-entraîneur de ski Bertrand Charest se sont vidé le cœur devant le tribunal, mardi, au sujet des conséquences dévastatrices des crimes sexuels qu’il a commis pendant leur adolescence.

Léa* (*nom fictif) avait écrit sa lettre en interpellant directement Bertrand Charest. Elle l’a lue avec aplomb, alors qu’un paravent empêchait son agresseur de la voir. « Les années avec toi dans ma vie ont été terribles », lui a-t-elle lancé.

Par la suite, Sophie*, fin trentaine, lui a reproché d’avoir « volé son enfance ». Elle avait 12 ans la première fois qu’il lui a touché les fesses, avant de la forcer à avoir des rapports sexuels quelques années plus tard. « Dans ma vie, il a été un véritable monstre, un prédateur qui a amputé plusieurs sphères de ma vie », a-t-elle affirmé avec émotion.

Plusieurs victimes ont utilisé les mêmes mots pour décrire le mal-être qui les a habitées plusieurs années après le passage destructeur de l’entraîneur : dépression, anxiété, honte, perte de confiance en soi... En plus des agressions sexuelles et attouchements, elles lui reprochent d’avoir instauré un climat malsain dans l’équipe et de les avoir dénigrées.

Recommandation de la défense

L’avocat de Bertrand Charest demandera mardi prochain une peine plus clémente pour son client.

Me Antonio Cabral compte insister sur le potentiel de réhabilitation du détenu, qui n’a pas commis d’autres crimes depuis les années 1990.

Bertrand Charest ne témoignera pas. Il est détenu depuis son arrestation en mars 2015. Il a porté sa condamnation en appel.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine