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La présumée proxénète d'une fugueuse tente d'être remise en liberté

Accusée d'avoir forcé une jeune fugueuse à se prostituer dans un appartement de Montréal, une présumée proxénète de 18 ans assure avoir « juste besoin de stabilité » et demande à être libérée en attendant son procès. Elle a tenté de faire oublier le portrait inquiétant tracé par la poursuite, mercredi, au palais de justice.

Un texte de Geneviève Garon

« Tu ne sais pas comment je suis folle et ce que j'ai fait. Tu vas rester ici. » C'est ce que Tatiana Isabel Sanchez aurait répondu à la fugueuse de 15 ans qu'elle hébergeait lorsque celle-ci aurait refusé de se prostituer, en janvier dernier.

À la demande de la poursuite, l'enquêteuse du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) Nathalie Leduc a rapporté devant la Cour du Québec le témoignage de la présumée victime.

Martin Joly, procureur aux poursuites criminelles et pénales, s'oppose à ce que Tatiana Isabel Sanchez soit remise en liberté en attendant son procès. La jeune femme est détenue depuis son arrestation, le 29 janvier dernier, et fait face à huit chefs d'accusation de traite d'une personne mineure, de proxénétisme, de voies de fait armées et d'utilisation d'une fausse arme à feu lors d'un crime.

Également accusé dans cette affaire, son petit ami de 21 ans, Kadeem Noel, a renoncé à son enquête sur remise en liberté, mercredi, et demeurera détenu jusqu'à son procès.

Promesses, menaces, drogues et violence

La présumée victime était en fugue depuis quelques heures à peine lorsqu'une amie lui aurait présenté Tatiana Isabel Sanchez, le 19 janvier 2017. Cette dernière aurait offert de l'héberger dans son appartement de la rue Lorne, à Montréal, et la première soirée aurait été prometteuse. « Demain, on va aller te faire les cheveux et un piercing. Tu vas avoir de nouveaux vêtements », aurait déclaré l'accusée, en plus d'offrir de la drogue à l'adolescente.

Le lendemain, à l'arrivée de Kadeem Noel, le couple aurait annoncé à la fugueuse qu'elle devrait offrir des services sexuels. « Pensais-tu vraiment que tu allais rester ici sans travailler et rien faire? » aurait lancé l'accusée, avant de menacer l'adolescente et de mentionner que son petit ami était un membre d'un gang de rue. Croyant avoir aperçu une arme à sa ceinture, la fugueuse se serait soumise.

La jeune fille aurait donc multiplié les clients pendant la soirée, pour un total d'environ 1000 dollars. Tatiana Isabel Sanchez aurait gardé la moitié de cette somme.

Les jours suivants ont été mouvementés, selon le témoignage de la présumée victime, comme l'a rapporté l'enquêteuse Leduc. L'adolescente aurait été forcée de participer à un vol et aurait consommé des drogues fortes, en plus de découvrir une femme armée et cagoulée devant l'appartement du couple où elle se prostituait. Un client aurait aussi tenté de l'étrangler sans que Mme Sanchez n'intervienne. Une semaine après sa fugue, elle aurait finalement réussi à se sauver et à communiquer avec la police.

L'enquête se poursuit et les policiers croient que l'accusée pourrait avoir fait d'autres victimes.

« J'ai juste besoin de stabilité »

« J'ai eu plein de difficultés parce que jamais personne ne m'a donné la chance d'avoir une place », a raconté Tatiana Isabel Sanchez, d'une petite voix entrecoupée de sanglots, dans le box des accusés.

L'accusée, vêtue d'un jean pâle, d'un chandail rouge à manches courtes et d'espadrilles, a raconté à la juge Josée Bélanger s'être retrouvée seule et sans ressource à l'âge de 18 ans.

Même si elle nie la version des faits de la présumée victime, la jeune adulte reconnaît avoir commis des erreurs. « J'ai fait des bêtises, la seule chose que je sais faire », a-t-elle affirmé.

Si elle est libérée en attendant son procès, Mme Sanchez, qui a fait son secondaire deux, veut retourner aux études et participer à un programme d'intégration au marché du travail. Elle a suivi des ateliers de gestion de la colère en prison et fait des démarches pour se trouver un appartement supervisé. « J'ai juste besoin de stabilité, comme je n'[en] ai jamais eu dans ma vie », a-t-elle expliqué devant la Cour du Québec.

Parallèlement au dossier de proxénétisme, Tatiana Isabel Sanchez est aussi accusée d'avoir battu son ancienne colocataire en décembre dernier et d'avoir brisé des conditions imposées par la Cour.

Son enquête sur remise en liberté se poursuit vendredi avec la suite de son contre-interrogatoire. L'avocat de la défense, Me Antonio Cabral, a ensuite l'intention de faire témoigner son agent de probation.

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