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La présumée victime d'un proxénète témoigne menottes aux chevilles

Un malaise régnait au procès d'un présumé proxénète, alors qu'une plaignante de 18 ans était contre-interrogée avec des chaînes aux pieds, mercredi. La présumée victime avait passé la nuit en détention après avoir refusé de témoigner contre Julien Leblanc, la veille, au palais de justice de Montréal.

Un texte de Geneviève Garon

La scène avait de quoi faire sursauter : la présumée victime d'un proxénète témoignait avec des menottes aux chevilles, sa frêle carrure surveillée par deux agents de détention.

Cette procédure devait être suivie puisque la Cour a ordonné la détention de la jeune femme, mardi.

La plaignante, dont l'identité ne peut être révélée, ne s'était pas présentée la semaine dernière pour la suite de son témoignage. Lorsqu'elle a été emmenée devant le juge David Simon de la Cour du Québec, mardi, il a ordonné sa détention, visiblement à regret, et l'a informée du risque qu'elle soit accusée d'outrage au tribunal.

C'est d'une voix enfantine, recroquevillée, la tête basse, qu'elle a donc poursuivi son témoignage au procès de Julien Leblanc, 25 ans, accusé de traite de personnes, proxénétisme et voies de fait, entre juin 2016 et janvier 2017.

Un avocat de l'aide juridique et une intervenante du Centre d'aide aux victimes d'actes criminels ont épaulé la plaignante toute la journée, alors qu'elle faisait son récit.

En amour avec son proxénète

« J'ai toujours souhaité être en couple avec lui, mais il ne pensait qu'à l'argent. Moi, je l'ai toujours aimé », a déclaré la jeune femme au sujet de Julien Leblanc.

L'adolescente avait 16 ans lorsqu'elle l'a connu à la station de métro George-Vanier, à l'été 2016. Rapidement, il lui aurait proposé de se prostituer. L'élève aurait rencontré des clients principalement après l'école, souvent à l'appartement de l'accusé, rue Duluth à Montréal.

Il l'aurait frappée à quelques reprises « quand ça ne faisait pas son affaire », a-t-elle affirmé et aurait gardé une partie de ses revenus.

Une personnalité éteinte

Le contraste est saisissant entre le témoignage de la plaignante en Cour et la déclaration vidéo faite aux policiers, il y a un an. Avec l'enquêtrice le 25 avril 2017, elle est dynamique et alerte, loin de la personne amorphe et fragile qui livre des réponses hésitantes et ambiguës au tribunal.

L'avocate de l'accusé, Vicky Powell, s'est souvent référée à la vidéo pour souligner des contradictions.

La plaignante est revenue sur plusieurs de ses déclarations, soutenant que Julien Leblanc ne l'avait jamais menacée pour qu'elle se prostitue et reconnaissant ne pas avoir mentionné au tribunal qu'elle avait déjà offert des services sexuels avant de rencontrer l'accusé.

Aussitôt libérée

Dès le contre-interrogatoire terminé, le juge a immédiatement ordonné la libération de la jeune femme.

« Vous avez l'avenir devant vous, a lancé le juge Simon à la jeune femme, d'un ton bienveillant. Encadrez-vous pour que ça aille mieux », a-t-il conclu.

Le procureur aux poursuites criminelles et pénales, Éric Poudrier, devrait officiellement clore sa preuve jeudi matin. La défense a l'intention de faire témoigner le père de la plaignante de même que l'accusé.

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