Utiliser la réalité virtuelle comme outil de réadaptation, c'est le pari d'un groupe de chercheurs de l'École de technologie supérieure et du CHUM, qui estiment qu'il est possible d'influencer le cerveau humain simplement en modifiant virtuellement la forme du corps.

Un texte de Vincent Maisonneuve

Dans leur laboratoire du CHUM, à Montréal, l’équipe du professeur David Labbé calibre capteurs et détecteurs de mouvements. La technologie est utilisée dans la production de films et de jeux vidéo, mais ici, les chercheurs développent plutôt un nouvel outil de réadaptation qui devrait, un jour, aider les victimes d’AVC, par exemple.

Les recherches du professeur Labbé ont déjà démontré que la réalité virtuelle pouvait être très efficace pour améliorer les performances d’un athlète et réduire ses risques de blessures. « On utilise l'environnement virtuel pour recréer des situations de jeux que l'on pourrait difficilement recréer dans la réalité », dit-il.

Au hockey, par exemple, un joueur ne touche à la rondelle que quelques secondes durant la partie. Difficile de modifier certains comportements en pleine situation de match. La réalité virtuelle permet de recréer ce que l’athlète peut vivre dans le feu de l’action et lui permettre de « libérer des ressources cognitives afin d’améliorer la précision de ses mouvements. Ainsi, on peut réduire les risques de blessures ».

L’équipe du professeur Labbé veut également prouver que la réalité virtuelle peut s’avérer très utile pour tous ceux qui ont besoin de réadaptation. Ils pensent pouvoir utiliser la technologie pour corriger, par exemple, un problème de démarche qu’un patient peut traîner à la suite d’un AVC.

Durant quelques minutes, un cobaye est virtuellement métamorphosé en monstre... en Godzilla! Techniquement, l’avatar est un miroir virtuel, il reproduit tous les gestes du participant. Mais ce que constate le professeur Labbé, c’est que la forme de l’avatar influence le cerveau du cobaye et transforme automatiquement sa démarche.

« Notre Godzilla a des jambes plus courtes, explique le chercheur. Quand elle se voit avec des plus petites jambes, la personne va se mettre à faire de plus petits pas. Et quand le cobaye se revoit en humain, il se remet à faire des pas plus normaux. »

David Labbé ajoute que « le but est de montrer que l'on peut utiliser la réalité virtuelle pour changer la façon dont une personne se perçoit. Si on peut modifier ça, on peut modifier le comportement, les mouvements des gens. »

Les cobayes estiment aussi que l’utilisation de l’avatar rend la séance de réadaptation beaucoup plus amusante. David Labbé souligne que la réadaptation est souvent longue et ardue. « Un des challenges, c'est que le patient soit assidu. » En utilisant la réalité virtuelle, les cobayes trouvent que « la réadaptation se passe beaucoup plus rapidement. Avec Godzilla, ils sous-estiment de 35 % le temps de la réadaptation. »

Le professeur doit maintenant mesurer l’impact d’une telle démarche sur des patients qui ont développé une démarche asymétrique à la suite d’un AVC. Et voir à quel point on peut les rééduquer en utilisant l'environnement virtuel.

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