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La Sûreté du Québec réorganise ses relations avec les Autochtones

Depuis un an et demi, la Sûreté du Québec (SQ) réorganise ses relations avec les communautés autochtones : nouveau Bureau des affaires autochtones, formation spécialisée, embauche de personnel supplémentaire. Une réorganisation bien accueillie dans les communautés, pour lesquelles il reste toutefois beaucoup de travail à faire.

Un texte de Francis Labbé

« En mai 2016, nous avons créé le Bureau des affaires autochtones », explique le capitaine Patrick Marchand, responsable de ce nouveau service. « Nous comptons une vingtaine d'employés en tout. »

La Sûreté du Québec a aussi remanié ses agents de liaison autochtones. « Nous en avons dix et, bientôt, nous en compterons deux autres, en milieu urbain. Nous les avons assignés à une seule nation », précise le capitaine Marchand.

« Auparavant, ces agents étaient installés dans les quartiers généraux. Nous les avons sortis des centres de décisions et les avons emmenés très près des communautés », poursuit M. Marchand.

De plus en plus d'Autochtones vivent désormais en milieu urbain et non dans leur communauté. C'est pourquoi, par exemple, l'agent de liaison chargé de renforcer les liens avec la Nation attikamekw, le sergent Guillaume Maltais, est installé à La Tuque, en Mauricie.

« Je m'assure de donner du support aux policiers autochtones au niveau opérationnel. Je fais de la sensibilisation auprès de nos patrouilleurs, afin d'offrir le meilleur service, culturellement adapté, pour les communautés autochtones », explique le sergent Maltais.

« Nous voulons que nos agents, avant une intervention, puissent acquérir des connaissances qu'ils vont pouvoir apporter durant une intervention, et après une intervention. »

Réorganisation bien accueillie

Dans le milieu autochtone, cette réorganisation est généralement bien accueillie. « Ce que j'entends, c'est que ça se passe généralement bien », commente le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard.

« Mais, en même temps, on a des pentes quand même assez importantes à remonter pour rétablir la relation entre nos communautés et la Sûreté du Québec. »

« C'est une bonne initiative », soutient Ghislain Picard. « Mais en même temps, au sein même des forces policières, il y a des questions à se poser. Par exemple, les gens doivent se demander : "est-ce que j'agis autrement parce que c'est un Autochtone?" »

Une confiance à rétablir

À Kanesatake aussi, cette réorganisation est bien accueillie. Mais dans la communauté mohawk, qui fut le théâtre de la crise d'Oka, plusieurs ont encore du mal à faire pleinement confiance à la Sûreté du Québec, et ce, même si la SQ offre le service de police dans cette communauté depuis 2004.

« Depuis les 12 dernières années, on a vu des situations très dangereuses avec la Sûreté du Québec. Mais aussi une certaine amélioration. Ça se fait à petits pas. Très petits pas », explique le grand chef Serge Simon.

Constat d'échec

Le formateur retenu par la Sûreté du Québec pour sensibiliser les enquêteurs et les patrouilleurs à la réalité autochtone, affirme qu'il y a encore beaucoup de méconnaissance envers les Autochtones au Québec... ce qui fait en sorte qu'il multiplie les formations sur le milieu autochtone auprès des organismes gouvernementaux.

« C'est une prise de conscience qui est arrivée par un constat d'échec », affirme Pierre Picard, formateur et directeur général du Groupe de recherche et d'intervention psychosociale en milieu autochtone. « Les gens, les Québécois, les allochtones, ne connaissent pas les Premières Nations », affirme Pierre Picard.

« On réalise que des services ont été mis en place, qui n'ont pas tenu compte des opinions et des besoins des Premières Nations. Malgré la bonne foi, on constate qu'il est plus difficile d'offrir des services aux communautés autochtones », conclut Pierre Picard.

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