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La Ville de Longueuil accusée de tentative d'ingérence dans les médias locaux

La Ville de Longueuil promet de corriger le texte d'un protocole d'entente controversé qui pourrait menacer l'indépendance de la radio communautaire FM 103,3 et du site de nouvelles locales MédiaSud. L'opposition municipale et la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) sont préoccupées et exigent de voir le texte final qui a été voté dans la confusion.

Un texte de Thomas GerbetTwitterCourriel

« C'est inquiétant comme procédé », lance le conseiller d'opposition Jacques Lemire. Lors du conseil municipal, mardi soir, il a demandé, sans succès, que le projet d'entente soit repoussé afin de prendre le temps de l'analyser et de le modifier.

La Ville de Longueuil propose d'offrir une subvention de 28 000 $ à la radio communautaire de la Rive-Sud pour améliorer ses équipements de diffusion. Elle remettra aussi 4500 $ au journal en ligne MédiaSud pour reconstruire son site Internet. Mais des conditions s'appliquent, comme a pu le constater Radio-Canada dans des documents municipaux.

« Qu'ils gardent leur indépendance, ces gens-là », clame le conseiller Jacques Lemire en entrevue. « Qu'ils aient le droit de dire ce qu'ils veulent, quand ils veulent. Et non pas d'être attachés ou suivis. »

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec s'en mêle

La présidente de la FPJQ, Lise Millette, constate une « situation préoccupante » et a amorcé des vérifications auprès de la Ville. Elle veut notamment avoir accès au protocole d'entente définitif avant de se prononcer.

« On nous dit qu'il n'y aura pas d'ambiguïté quant à la liberté de presse, on nous promet des modifications, mais les amendements n'ont pas été prononcés [lors de la séance du conseil] », note Lise Millette.

Confusion au conseil municipal

Salle du conseil municipal de Longueuil. Photo : Thomas Gerbet

Le vote du protocole d'entente s'est déroulé dans des conditions plutôt nébuleuses, mardi soir. Des membres du parti de la mairesse ont admis l'existence d'un problème avec certaines dispositions, mais ils ont tout de même approuvé le protocole tel quel.

La conseillère Sylvie Parent a expliqué que la formulation est la même pour tous les organismes. « Il va y avoir un ajustement qui va être fait pour les médias », a-t-elle promis, sans préciser quoi. Le conseiller d'opposition Jacques Lemire a alors demandé, en vain, à voir la version amendée du texte.

La mairesse Caroline St-Hilaire est demeurée silencieuse durant cette période. C'est une de ses conseillères, France Dubé (par ailleurs ancienne directrice de la programmation du FM 103,3), qui a pris la parole : « On a prévu d'enlever les points qui font que l'organisme n'est plus transparent », a-t-elle dit, sans préciser en quoi cela garantissait l'indépendance des journalistes. Ajoutant à la confusion, elle a affirmé que tous les points en litige ne seraient « pas nécessairement » retirés.

Dans le flou, les élus sont passés au vote sans connaître la version définitive du texte. Les membres du parti au pouvoir, majoritaires, ont tous voté en faveur. Pour écouter l'extrait audio du conseil municipal, cliquez ici.

Le document modifié après le vote

Sollicité pour une demande d'entrevue, le cabinet de la mairesse nous a informés que le protocole d'entente était en cours de modification au bureau de la greffière de Longueuil, une information surprenante puisque le conseil municipal a déjà voté.

Joint par Radio-Canada, le directeur de l'information de MédiaSud, Maurice Giroux, affirme qu'il ne signera aucune entente tant qu'il n'aura pas vu le texte final. Il nous a fait part de sa préoccupation.

De son côté, le directeur général du FM 103,3, Éric Tétreault, ne voit rien à redire : « On n'a aucun problème, on ne voit pas d'ingérence dans notre couverture journalistique. C'est conforme à d'autres protocoles qu'on a déjà eus dans le passé. »

La radio communautaire a publié un article aujourd'hui sur son site pour parler de l'annonce de l'entente, mais sans mentionner la controverse au conseil municipal. Le site de MédiaSud, quant à lui, en a fait mention.

Des médias vulnérables en raison des difficultés financières

Au-delà du cas de Longueuil, la présidente de la FPJQ dénonce certaines villes qui utilisent l'achat d'encarts publicitaires comme outil de « marchandisation ». « On a vu des municipalités qui ont brandi la menace de retirer des avis publics à des hebdos, ce qui représente pour eux un financement essentiel, pour ne pas dire vital », rapporte Lise Millette.

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