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La Ville de Montréal reconnaît l'apport des Autochtones à son histoire

Les Premières Nations et la Ville de Montréal entament une démarche pour faire de la ville une « métropole de la réconciliation ». La Ville changera aussi ses armoiries pour refléter l'apport des Autochtones à son histoire.

Un texte de Karoline Benoit, d’Espaces autochtones

« En cette année de célébration, nous choisissons de regarder notre histoire avec plus de justesse et plus de justice », a annoncé vendredi le maire de Montréal, Denis Coderre, en présence du chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard.

« En amorçant ce processus de réconciliation avec les peuples autochtones, la Ville reconnaît la place qu'ils ont occupée et occupent toujours dans l'histoire et le développement de Montréal », a déclaré le maire.

L’initiative est accompagnée d’une enveloppe de 340 000 $ qui permettra « d’amorcer l’élaboration de stratégies de réconciliation avec les peuples autochtones », dit-il.

Il a aussi parlé de « gestes symboliques forts » qui seront posés pendant l’année afin de témoigner de l’engagement de la Ville.

Le chef Ghislain Picard a salué la démarche.

Selon lui, « ça confirme un engagement de la part des élus non autochtones de se réconcilier avec leur passé colonial et de rétablir une relation plus harmonieuse et plus respectueuse avec nos peuples. »

Une initiative saluée par les Autochtones

La chef mohawk de Kahnawake, Christine Zachary-Deom, est aussi très emballée. « Je n’ai jamais expérimenté une politique d’ouverture comme celle-ci », dit-elle, expliquant à quel point Montréal est un endroit précieux pour les Mohawks.

« On est devant un moment extrêmement important, des portes s’ouvrent, des murs qu’on croyait indestructibles commencent à se fendiller, et dans les fentes, on voit de la lumière », croit le membre fondateur et directeur des activités culturelles à Terres en vues, André Dudemaine. « Il y a là un processus qui commence. »

« On est rendus à ce point ou il faut refaire l’inventaire des héritages et repenser les identités en fonction d’un contexte neuf où Montréal est transformé (…) et qui amène un questionnement sur la première diversité qui a été oubliée », analyse-t-il.

« C’est de repenser la façon dont on gouverne, on considère et on partage le territoire », ajoute la coprésidente du Réseau pour la stratégie urbaine de la communauté autochtone de Montréal, Marie-Josée Parent.

Celle qui est l’instigatrice du projet de métropole de la réconciliation dit être « ravie de voir l’authenticité avec laquelle le maire et le chef Picard se sont présentés aujourd’hui ».

Elle ajoute que « l’objectif est grand et ambitieux, mais tenu à bras de fer par deux hommes qui ont vraiment envie de réaliser ce projet-là ».

Création d’un poste de commissaire aux Affaires autochtones

Le maire indique que pour arriver à une vraie réconciliation, « un changement de pratique total sur la façon de gouverner » doit avoir lieu.

Il dit qu’il est important pour la Ville de développer un « réflexe Premières Nations » dans l’élaboration de l’ensemble des politiques, tant sur le plan culturel que sur le plan économique.

Un commissaire aux Affaires autochtones sera donc nommé à la Ville afin de faire le lien avec les Autochtones. Cette personne aura « une force symbolique et administrative », soutient le maire.

« Le maire nous ouvre la porte », affirme Ghislain Picard. « On parle d’un commissaire, mais on parle aussi d’échanges beaucoup plus fréquents entre les élus de la Ville et les élus du côté des Premières Nations. Donc, c’est de bon augure. »

La somme de 340 000 $ servira à établir cette nouvelle structure de gouvernance qui permettra « de se parler de nation à nation », indique le maire. « On met les ressources, les efforts et la volonté politique de vraiment faire quelque chose en commun avec nos Premières Nations », assure-t-il.

« C’est un pas formidable », croit la fondatrice et directrice générale des Productions Feux Sacrés, Nadine St-Louis. Elle suggère que la nouvelle gouvernance intègre des modèles provenant des nations autochtones et des nations non autochtones.

« La réconciliation, c’est la décolonisation, c’est le rapprochement et la création d’un espace de dialogue. »

« J’ai hâte de voir quels seront les critères pour combler le poste [de commissaire] », ajoute-t-elle, avançant qu’elle pourrait poser sa candidature.

Un symbole autochtone dans les armoiries et sur le drapeau de Montréal

Le maire Coderre a confirmé que les armoiries et le drapeau de la Ville de Montréal seront redessinés afin d'y intégrer un « symbole significatif au plan historique et culturel qui reflètera la contribution des peuples autochtones ».

« Dès le départ, on a eu une approche pour que ça se fasse conjointement », assure le chef Picard.

Pour lui, une métropole de la réconciliation, « ça se définit par les gestes ». Et il considère que « de revoir les armoiries pour les rendre plus conformes à une réalité qu’on a souvent mise de côté » est un geste très significatif.

« On a là, une sorte de wampum », estime le membre fondateur et directeur des activités culturelles à Terres en vues, André Dudemaine. « Les armoiries de Montréal représentent les courants fondateurs de la ville, et d’y inclure les Premières Nations, il y a là quelque chose d’extrêmement fort. »

Les membres d’un comité formé d’un représentant des trois communautés mohawks de Kahnawake, Kanesatake et Akwasasne, d’un aîné, d’un leader culturel de la communauté autochtone de Montréal et d’un représentant de la Ville se rencontreront pour la première fois dans quelques jours. Ils seront chargés de proposer un symbole qui doit être dévoilé le 13 septembre.

« Il y a des pistes de réflexion », dit le maire qui ne veut pas s’avancer sur le symbole qui sera choisi. Il rappelle toutefois que Montréal est située en territoire mohawk et que le drapeau actuel « est un peu végétal », des indices sur ce qui pourrait être proposé.

« Le but est d’avoir une cohérence, une intégration et une reconnaissance que de par ce symbole, on démontre qu’on reconnait notre passé. »

Le maire Coderre a par ailleurs indiqué que la Ville a aussi l’intention de se pencher sur la toponymie de Montréal cette année, « ça inclut des changements de nom, des montagnes… », a-t-il dit vaguement.

Un changement de nom est entre autres possible pour la rue Amherst, qui porte le nom de ce mal-aimé de l'histoire du Canada surnommé le « père de la guerre bactériologique », car il suggérait l’extermination des Indiens en leur distribuant des couvertures contaminées par la petite vérole.

« Je n’hésiterais pas à changer ce nom », a ajouté le chef Picard, le sourire en coin.

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