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Lamine Touré, celui qui a apporté l'Afrique à Montréal

On l'a surnommé le « baobab de Montréal », parce que c'est grâce à lui que la musique africaine a pris racine dans la métropole québécoise. Rencontre avec Lamine Touré, fondateur des Nuits d'Afrique, un festival unique dans le monde.

Un texte de Catherine François

Quand il débarque à Montréal en 1974, Lamine Touré arrive de sa Guinée natale où il était danseur et chorégraphe des Ballets africains de Guinée.

Porteur d’un bagage culturel riche, il a envie de le faire découvrir aux Québécois. Il ouvre en 1976 un premier bar, Café créole, qui devient vite un lieu pour découvrir la musique africaine, mais surtout un lieu de rendez-vous pour la diaspora africaine.

La légende raconte même que des chauffeurs de taxi déposaient directement au Café créole les Africains fraîchement débarqués à Montréal. Le Café créole sera le repaire africain jusqu’en 1981.

C’est cinq ans plus tard, en 1986, que Lamine Touré ouvre le Balattou, sur la boulevard Saint-Laurent, la « Main » de Montréal.

« Je l’ai appelé Bal à tous, bal pour tout le monde, c'est ça le Balattou : c’est pour tout le monde », se souvient-il.

Le Balattou remporte immédiatement beaucoup de succès : s’y retrouvent la diaspora africaine, mais aussi de nombreux Québécois avides de découvrir cette musique venue d’Afrique, des Caraïbes, d’Amérique latine aussi.

Année après année, le Balattou est devenu une institution des nuits montréalaises.

Une passion : la culture africaine

Lamine Touré voulait aller encore plus loin pour faire découvrir la culture de son continent.

Il fonde donc, en juillet 1987, le Festival international Nuits d’Afrique et, quelques mois plus tard, les productions Nuits d’Afrique qui sont devenus de formidables instruments de promotion d’artistes africains et caribéens, même d’Amérique latine.

« Tout artiste qui vient de l'Afrique ou des Caraïbes, on est les premiers à le faire découvrir à Montréal », souligne Lamine Touré.

Lamine Touré se fait aussi un point d’honneur à prendre sous son aile des artistes québécois d’origine africaine, caribéenne ou latino-américaine pour les faire découvrir au public montréalais.

« C'est une aide très précieuse qu'il nous apporte pour nous faire connaître au Canada et en dehors du Canada », précise Zal Sissokho, un joueur de kora d’origine guinéenne.

« Je peux dire que je suis une enfant, une artiste née par Touré, née au Balattou, née aux Nuits d'Afrique, grandie aux Nuits d'Afrique », ajoute la griotte Djely Tapa.

Une encyclopédie musicale

Rassembleur, humaniste, « un monument » : autant de qualificatifs qui sont employés pour dépeindre Lamine Touré.

« Je dirais plutôt qu'il a installé l'Afrique à Montréal, au Canada, en Amérique du Nord. C'est comme un arbre qu'il a planté qui grandit et qui pousse encore et qui fait encore plein de branches partout », explique Mme Tapa.

M. Touré a d’ailleurs reçu plusieurs prix et distinctions pour sa contribution sur les scènes culturelles québécoise et canadienne. Après être devenu membre de l’Ordre du Québec en 2013, il a reçu la médaille de l’Assemblée nationale du Québec en 2017, puis a été fait membre de l’Ordre du Canada le 1er juillet dernier.

« C'est quelqu'un qui a beaucoup voyagé, qui a une ouverture d'esprit, qui aime partager ses connaissances, et c'est ce qui le nourrit, estime pour sa part Suzanne Rousseau, directrice générale du Festival et qui le côtoie depuis 32 ans. C'est un visionnaire, c'est comme un vieux sage africain. »

Malgré tous ces honneurs, l’homme reste modeste et humble : toujours très discret et en retrait derrière l’artiste qu’il met sur la scène.

« J'ai créé ça pour faire connaître la culture africaine et caribéenne, mais les vedettes, ce sont eux, pas moi. Ce sont eux qui sont en avant, moi je suis en arrière », raconte-t-il.

Réaliser son rêve

Lamine Touré veut maintenant réaliser un rêve : mettre en place un festival, sur le même principe que celui de Montréal, dans les pays de l’Afrique francophone.

« La Guinée, le Burkina, le Mali, le Sénégal, la Côte d'Ivoire pour commencer... Vraiment, c'est mon rêve », confie-t-il.

Et pour que ce rêve devienne réalité, Lamine Touré cherche un partenaire fiable en Afrique. Il dit avoir déjà discuté de ce projet avec Youssou N'Dour, Alpha Blondy et Salif Keita.

Le baobab de Montréal pourrait bien aller reprendre racine en Afrique.

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