Roch Turgeon, qui a cofondé le tournoi de jeux vidéo en réseau Lan ETS en 2002, se souvient avec nostalgie des premières années de cet événement iconique pour la communauté de joueurs du Québec. Malgré le succès indéniable de son ancien événement, dont le nombre de participants a plus que décuplé depuis sa fondation, le principal intéressé ne cache pas son envie de créer un nouveau Lan pour combler le vide laissé par l'expansion du Lan ETS.

Un texte de Maxence Matteau

Lorsque Roch Turgeon raconte les débuts du Lan ETS, l'importance qu'il accorde à la démocratisation des jeux vidéo transparaît. À l'époque, il était inspiré par d'autres événements du genre et l'idée d'un Lan à son université a germé dans son esprit.

« J'ai passé plusieurs semaines à [tenter de] convaincre la direction de l'ETS de me laisser organiser un Lan, explique-t-il. La première année, j'ai utilisé mes prêts et bourses pour financer l'événement. »

Depuis la première année de cette série de tournois, qui rassemblait 150 joueurs, le nombre de participants n’a cessé de grandir, assurant ainsi une pérennité à cet événement cher à la communauté de joueurs de Montréal et des régions avoisinantes. Toutefois, pour Roch Turgeon, le Lan ETS est victime de son succès. En prenant de l’ampleur, ce rassemblement annuel s'est selon lui éloigné peu à peu de son objectif initial.

« À la base, l'idée était de créer un événement pour faire la promotion de l'ETS, raconte le cofondateur. Ça gagnait en popularité, mais je m'arrangeais pour que les prix des compétitions ne soient pas trop gros pour ne pas nuire aux autres événements du genre à Montréal. »

Malgré les précautions prises par l'organisateur pour que son événement s’intègre harmonieusement à l’écosystème de la région, les autres Lan montréalais sont progressivement disparus au profit du sien.

Aujourd'hui, les prix en argent et en matériel informatique au Lan ETS totalisent plus de 100 000 $. Roch Turgeon craint que les trop gros prix attirent des joueurs professionnels venus d'ailleurs, enlevant du même coup des chances de gagner à des joueurs qui cherchent seulement à s'amuser. Cette tendance s’observe par exemple cette année, avec la venue au Lan ETS de William Hjelte, alias Leffen, l’un des meilleurs joueurs mondiaux de Super Smash Bros. Melee.

Un nouveau Lan à Montréal

Malgré cela, lorsqu'il regarde ce que l'événement est devenu, Roch Turgeon n'a que de bons mots pour les organisateurs, soulignant qu'ils repoussent leurs limites chaque année. Toutefois, dans le but de proposer aux participants un événement plus accessible et moins compétitif, il songe à fonder un nouveau Lan à Montréal.

Celui qui est aujourd’hui propriétaire du Meltdown, un bar spécialisé dans les jeux vidéo en ligne et les sports électroniques, aimerait troquer l'aspect compétitif contre le simple plaisir de jouer. L'événement qu'il a en tête aurait lieu plusieurs fois par année et ne chercherait pas à attirer des professionnels.

« Tu n’envoies pas un joueur de la LNH jouer dans une ligue pee-wee, illustre l’homme d’affaires. Je ne pense pas que ce soit intéressant, ni pour les débutants ni pour les professionnels. »

L'Amérique du Nord dans les compétitions

Par ailleurs, ce pionnier des compétitions de jeux vidéo au Canada observe d'un œil critique la place occupée par l'Amérique du Nord dans les compétitions de sports électroniques internationales. Les équipes de cette région du monde sont majoritairement considérées comme très peu performantes et peinent à se tailler une place dans les arènes mondiales.

Exception faite de Stéphanie Harvey, vedette de Counter-Strike, et de quelques autres joueurs étoiles, la majorité des joueurs canadiens font pâle figure contre les champions sud-coréens et européens.

Selon Roch Turgeon, les critiques sévères à l'endroit des jeux vidéo en Amérique du Nord ne sont pas étrangères à l'aspect marginal des sports électroniques. Les accusations répétées selon lesquelles les jeux rendraient les joueurs violents auraient eu pour effet d'ostraciser la pratique.

« Ça fait plus d'une dizaine d'années que je fais des Lan et la seule fois où on a eu un cas de violence, c'est un individu de l'extérieur qui était entré et qui avait frappé un participant. Habituellement, les gardiens de sécurité qu'on engage se tournent les pouces. »

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