BILLET - Lance Stroll a eu le temps de montrer lors du Grand Prix du Canada qu'il continuait à prendre des risques pour gagner des positions, malgré les carences de la voiture. Sans toutefois avoir la même réussite.

L'équipe Williams doit pour l'instant se fier sur ses pilotes tant la FW41 est sous-performante, instable en virage et lente en ligne droite.

Si l'équipe a marqué quatre points depuis le début de la saison, c'est grâce à Lance Stroll qui a compris qu'il doit aller chercher le maximum de places au premier tour, quand les adversaires sont à sa portée.

C'est encore ce qu'il a fait à Montréal. Sans le résultat au bout de l'effort, cette fois.

Dimanche, au départ de l’épreuve, il a été fidèle à sa « marque de commerce ». À l'extinction des feux rouges, il n'a pas hésité à bondir de sa 16e place sur la grille, et a réussi à dépasser trois voitures avant de sortir de piste au virage no 6. Il est passé de 16e à 13e en trois virages, peut-on lui demander plus?

Il a frôlé la catastrophe dès les premiers mètres quand il s’est tout juste faufilé entre les deux pilotes McLaren pour gagner deux places. À la limite de l'accrochage.

En F1, le fil entre l'inspiration et l'inconscience est très mince. Stroll n'a pourtant pas hésité. Qui ne risque rien n'a rien...

Lancé à pleine vitesse, il a travaillé très fort du volant pour rester dans la trajectoire, tout en décélérant, pour négocier le virage no 1. Une belle démonstration d'adresse et de sang-froid.

Stroll n’a pas froid aux yeux, et l’a encore prouvé dans les premiers 200 mètres de la course.

Il a ensuite dépassé la Toro Rosso de Brendon Hartley à la sortie du virage Senna pour passer à la 13e place, avant de tomber à la sortie du virage no 4 sur la Haas de Romain Grosjean, instable et plus lente.

Stroll a dû réagir au quart de tour pour l’éviter, mais a perdu son élan. Hartley est alors revenu sur la Williams, par la gauche, et l’a attaqué en mettant deux roues dans l'herbe. Stroll l'a bien senti, et a défendu sa position.

Au virage no 5, à l’endroit le plus étroit du circuit (là où Olivier Panis a eu son accident en 1997), la Williams de Stroll a légèrement glissé de l’arrière, comme le montre la photo.

Un léger survirage a obligé le Québécois à corriger, tandis que Hartley, téméraire, tentait de le dépasser. La correction de Stroll a déporté sa Williams sur sa gauche, et les deux voitures se sont touchées.

La manœuvre du Néo-Zélandais était téméraire compte tenu de l’absence de dégagement à cet endroit, comme le montre la photo. Sans droit à l'erreur, Hartley n'a pas eu le temps de réfléchir.

Le pilote de 28 ans est sur un siège éjectable chez Toro Rosso, et il a peut-être voulu prouver qu'il méritait de garder son volant. Il a joué, et a perdu gros.

La direction de course n’a pas voulu désigner un coupable, et a conclu qu'il s'agissait d'un incident de course. Bonne décision. Stroll n'a pas fermé la porte à Hartley, il a glissé et a heurté la Toro Rosso.

Le Néo-Zélandais sera jugé sévèrement par ses patrons pour avoir tenté de se faufiler à cet endroit et à ce moment-là. Il sera intéressant de voir s’il participe au Grand Prix de France la semaine prochaine.

Le premier réflexe du pilote Toro Rosso a été de pointer Stroll. « Il m'a sorti de piste », a-t-il dit par communication radio.

De son côté, le pilote canadien n'a fait aucun commentaire à chaud lors de l'incident. Il a été d’un calme olympien.

« Accident. Ça va. Crevaison », a-t-il dit à la radio à son son ingénieur.

Les amateurs massés dans l'estrade Lance Stroll, à la sortie de l'épingle, n'ont même pas eu l'occasion de le voir rouler, et ses admirateurs peuvent légitimement être déçus. Mais ils auront été rassurés de savoir que leur pilote favori a été fidèle à lui-même, qu'il a choisi le panache à la prudence.

C'est ce qu'on pouvait voir dans la démarche du Québécois quand il est revenu dans le paddock, le pas alerte. Il tenait son casque par la lanière, derrière son épaule comme un sac à dos, et discutait avec un membre de son équipe.

Il ne semblait pas particulièrement affecté par son abandon très prématuré.

Confirmation que les médias ont eue lorsqu'il les a rencontrés. Il avait retrouvé le sourire, et avait déjà chassé la frustration de l’incident.

« C’est comme ça », a-t-il dit. Trois mots pour clore tout débat sur la responsabilité de l’un et de l’autre.

Il n’est pas un robot. Cette fois-ci, un petit écart de conduite a conduit à l’accrochage.

Lance Stroll a encore montré son cran au départ, et c'est ce qu'il devait faire. La presse spécialisée lui a d'ailleurs décerné une note de 6 sur 10.

Je ne suis pas loin de croire que Lance Stroll a été soulagé d’avoir abandonné au premier tour du Grand Prix du Canada. Il a peut-être évité d'avoir à disputer une course pénible, voire démoralisante, qu’il aurait vécue en fond de peloton si on se fie à la performance terne de son coéquipier Sergey Sirotkin, 17e sur le circuit Gilles-Villeneuve.

Passer 70 tours à regarder l’aileron arrière des adversaires n’est pas bon pour le moral, et le Québécois n’aurait certainement pas eu la même attitude face à la presse après la course. Il aurait répété ce qu’il a dit après la séance de qualification : « J’ai fait ce que j'ai pu avec la voiture que j’ai. »

En le regardant parler à la presse de sa course, j'ai pensé qu'il préférait nettement ce scénario. Lance Stroll sait très bien qu’il a évité l’humiliation à Montréal.

Lance Stroll fait son boulot, en attendant la version B de la FW41, prévue pour le Grand Prix d’Allemagne au plus tôt, à la mi-juillet.

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