Retour

Lance Stroll : il y a le résultat, et il y a la manière

Les dures critiques de Jacques Villeneuve à l'endroit de Lance Stroll ont donné des idées à plusieurs éditorialistes au lendemain de la performance du Québécois à Bakou.

Certains ont été virulents. « Le podium de Lance Stroll est un doigt d’honneur à Jacques Villeneuve », a écrit un journaliste américain.

Comment trouvez-vous ce commentaire plein de retenue?

« Would you like a slice of humble pie, Mr. Villeneuve? », a titré un journaliste britannique.

Most kind, indeed…

Lance Stroll a donc obtenu un premier podium à sa huitième course de F1. Un cadeau mérité. Plus que le résultat, je retiens la manière.

Les 51 tours qu’il a négociés entre murs et débris ont fait plus qu'un long discours.

Transformé, voire transfiguré, par ses points marqués à Montréal, le jeune homme de 18 ans a encore fait une course exemplaire, pas parfaite, mais faite de patience et de discipline.

Depuis ce combat pour la 9e place au 14e tour du Grand Prix du Canada, avec Nico Hülkenberg (Renault) et Kevin Magnussen (Haas), je n’ai plus cette appréhension de le voir faire une petite erreur qui l’enverra dans le décor.

Cette petite crainte que j’avais jusque-là en le regardant piloter a aujourd'hui disparu.

Stroll est de plus en plus à l’aise en piste. Il sent parfaitement le comportement de sa voiture, il juge correctement les limites de la piste, avec une vision périphérique aiguisée, et il analyse bien les situations qui se présentent à lui.

Ce qui lui permet maintenant de prendre des risques aux bons moments, comme ses deux roues hors-piste au début du Grand Prix du Canada pour gagner une position.

Lance Stroll n’hésite plus comme en début de saison. Ses coups de volant sont plus précis.

L’équipe a beaucoup travaillé sur la FW40 du Québécois pour qu’il se sente mieux, à commencer par la direction assistée qui ne lui convenait pas à Melbourne. Il a encore tourné seul, en secret, à Austin au Texas le 14 juin.

Tout au long du week-end à Bakou, il a été l'un des seuls pilotes à ne pas faire d’erreur, et à progresser au chrono. Il a pour la première fois devancé son coéquipier Felipe Massa dans les qualifications et a été récompensé en course.

« Pendant que les vétérans se comportaient en recrues, Lance s'est comporté en vétéran », a très justement analysé l'ancien pilote Bertrand Godin sur RDI dimanche.

En deux courses, soit 121 tours, Stroll s’est installé en F1, a trouvé sa place. Il n’est déjà plus une recrue, il a franchi cette étape.

À Montréal, il avait trouvé la clé. À Bakou, il a ouvert la porte toute grande.

Lewis Hamilton l’avait déjà salué en course, d’un petit geste du pouce, pendant le Grand Prix du Canada.

À Bakou, le Britannique a cette fois pris le temps d’aller le féliciter à l’arrivée, malgré la controverse qui venait d’éclater de sa chicane avec Sebastian Vettel et qui accaparait son esprit.

Et que dire de Daniel Ricciardo qui lui a offert sa chaussure sur le podium? N’est-ce pas l’ultime récompense? Je blague…

Lance Stroll donne raison à plusieurs personnes, déjà conscientes de sa valeur. Bien sûr, sa patronne Claire Williams, mais aussi le patron de Mercedes-Benz Toto Wolff et Alain Prost, qui l’avait dit au micro de Radio-Canada à Barcelone le 14 mai.

« Quand les résultats seront là, et ils vont être là, car il est quand même rapide, cette pression va se dissiper, avait affirmé Alain Prost. Et quand cette pression va se dissiper, la pression extra-sportive, là, il va être encore meilleur. Donc, ce n’est qu’une question de temps. »

Fallait-il contrer Bottas?

Seul bémol au concert d’éloges qui a suivi sa performance en Azerbaïdjan, cette deuxième place perdue dans les derniers mètres. Un éditorialiste a relevé que le Canadien aurait pu mieux se défendre.

Lance Stroll aurait-il dû contrer le retour de Valtteri Bottas qui revenait sur lui comme un missile? En fait, le Québécois était à la meilleure position possible, et la décision a été facile à prendre.

S'il avait été premier ou troisième, Williams aurait eu un sacré dilemme à régler : tenter d'y aller pour la victoire (la dernière date du 14 mai 2012), ou tout faire pour rester sur le podium.

Avec le risque que Stroll commette une faute qui aurait coûté de gros points à l’équipe.

Faute qu’il a commise à deux tours de l’arrivée, rappelons-le. Il a admis lui-même à la télévision belge avoir touché le mur en tentant de rester devant la Mercedes-Benz de Bottas.

« Entre 2e et 3e, ce n’est pas grave, a-t-il expliqué candidement. Ce résultat est extraordinaire. »

Exténué et heureux, la combinaison salie par l’effort, Lance Stroll a aussi évité les pièges une fois sorti de son habitacle.

Il n’a pas voulu répliquer aux dures critiques de Jacques Villeneuve. Son résultat lui en donnait pourtant la possibilité.

« Je ne crois pas que ça [le résultat] prouve quoi que ce soit, a-t-il dit. Je suis juste content pour l’équipe et pour moi. »

L’adolescent de 18 ans a su conserver une saine mesure dans ses commentaires. Et cette réserve, il la tient, m’a-t-on chuchoté, de sa maman.

Plus d'articles

Commentaires