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Le 8 juillet 1852, l'incendie qui a ravagé Montréal

Il y a 165 ans, Montréal était ravagée par les flammes. Un cinquième de la ville partait en fumée, et plus de 10 000 personnes se retrouvaient à la rue. Reconstitution de l'un des incendies les plus ravageurs que la métropole ait connus.

Un texte de David Girard

Le matin du 8 juillet 1852, la chaleur est accablante et l’humidité étouffe la ville. La température oscille alors entre 35 °C et 40 °C à l’ombre. C’est l’une des canicules les plus importantes de l’année.

À 9 h, un feu éclate chez le boucher Brown, dont le commerce est situé rue Sainte-Catherine, entre le boulevard Saint-Laurent et la rue Saint-Dominique.

Problème majeur : le service d'aqueduc ne fonctionne pas. Le réservoir Jean-Baptiste, de l’actuel square Saint-Louis, est en réparation. Le soleil ardent et la sécheresse des jours précédents ont rendu les toits en bois aussi inflammables que de la paille. Ainsi, quand le vent provenant de l’ouest se lève, tout est en place pour favoriser la propagation rapide des flammes.

« Une demi-heure après le commencement de l'incendie, on perd tout espoir d'arrêter la progression du feu qui s'étend jusqu'aux jardins Viger, ne laissant qu'une immense forêt de cheminées et de ruines fumantes », explique Bernard Vallée, guide à Montréal Explorations.

En soirée, la progression du feu ralentit et la population croit à tort que c’est terminé.

Une grosse partie des maisons des rues Saint-Laurent et Sainte-Catherine sont détruites. La cathédrale du diocèse de Montréal et le palais épiscopal y passent également. Monseigneur Bourget, alors en visite à Vaudreuil, revient rapidement à Montréal.

« La cathédrale pouvait contenir 3000 personnes, indique Bernard Vallée. L'ancien palais épiscopal, dont la construction avait commencé en 1849, n'était pas encore terminé. Il était surmonté d'un dôme. En face du palais, on trouvait une grille en fonte, dont chaque barre était une crosse d'évêque. C'est le seul élément qui a été sauvé du sinistre et que l'on retrouve aujourd'hui devant la chapelle de l'Hôtel-Dieu. »

Des écuries militaires à la brasserie Molson

Le brasier reprend rapidement dans les écuries militaires de la rue du Champ-de-Mars.

Une fois de plus, les flammes bondissent à grande vitesse de maison en maison, ravageant pratiquement tout sur leur passage. Seules quelques maisons sont épargnées. L’incendie se poursuit, sans répit, toute la nuit.

Il embrase les rues Campeau, Saint-Nicolas-Tolentin, Amherst, Wolfe, Montcalm, de la Visitation, Panet, de Salaberry, Saint-Ignace et des Voltigeurs.

De justesse, la prison au pied du courant est épargnée. Toutefois, la brasserie de John Molson, installée depuis 1786 rue Notre-Dame, a moins de chance. Elle est réduite en cendres.

Après les flammes, la dévastation

Après l’incendie, le spectacle est déchirant, selon ce que rapportent les journaux de l’époque. Les familles se massent le long des rues et sur les places publiques avec les quelques objets personnels qu’elles ont réussi à sauver de justesse. Des enfants, à demi vêtus, pleurent et demandent de la nourriture à leurs parents qui n’ont plus rien sur eux.

Selon Bernard Vallée, « les milliers de familles sinistrées campèrent pendant plusieurs semaines sous des tentes et des huttes aménagées sur le champ de Mars, la ferme Logan (actuellement le parc La Fontaine), et le Fletcher's Field (aujourd’hui le parc Jeanne-Mance) au nord de la ville. On en retrouve également aux lazarets de Pointe-Saint-Charles, près du pont Victoria. »

Le séminaire de Montréal ne perd pas de temps et renvoie les enfants dans leurs familles à la campagne afin de mettre le collège et les maisons à la disposition des victimes de l’incendie.

Les autorités municipales prennent le relai pour secourir les nombreuses familles dans le besoin.

Un service pour combattre les incendies

Après l'incendie, la Ville de Montréal adopte un règlement interdisant le revêtement en bois pour les maisons construites dans les faubourgs.

« De 1852 à 1856, on construit un aqueduc moderne, puisant son eau dans le fleuve en amont de Montréal et la réservant dans l'immense réservoir McTavish à flanc de montagne. Vingt ans plus tard, dans les nouvelles banlieues qui s'établissent autour des limites de Montréal, on introduit les ruelles qui permettent, entre autres, de combattre les incendies par l'arrière des maisons », rapporte Bernard Vallée.

L'incendie du 8 juillet 1852 reste sans aucun doute le feu le plus ravageur que Montréal ait connu. « En plus du vent et du manque d'eau, les pompiers étaient quasiment inexistants », rappelle l’historien Jean-François Nadeau dans cette capsule du 15-18.

Il faudra attendre 1863 pour que le maire, Jean-Louis Beaudry, fasse adopter un règlement afin de mettre sur pied le Département du feu de la Cité de Montréal.

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