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Le bilan du CH et « l'éléphant dans la salle »

BILLET – « Il y a un éléphant dans la salle » est une fabuleuse métaphore qui a été inventée pour souligner la présence d'un problème évident dont personne ne veut parler. Et quand le Canadien dresse son bilan de fin de saison, on ressent la plupart du temps la présence d'un de ces pachydermes imaginaires, tant au vestiaire que sur le podium où s'installe le DG pour rencontrer les représentants des médias.

Il y a un an, « l’éléphant dans la salle » était cette relation professionnelle tendue qu’entretenait P.K. Subban avec ses entraîneurs et ses coéquipiers.

Flanqué de Michel Therrien et de Geoff Molson, Marc Bergevin avait dressé le bilan de la saison 2015-2016 (une exclusion des séries éliminatoires) de long en large. Le directeur général était allé jusqu’à assumer l’entière responsabilité de l’historique débandade de son club.

Toutefois, Bergevin avait déployé tous les efforts du monde pour ne pas s’épancher sur « l’éléphant dans la salle », une situation qu’il allait pourtant devoir régler durant l’été.

« Je ne tente pas d’échanger P.K. Subban […] Je suis un peu surpris qu’on parle tous de P.K. Subban, de l’idée d’échanger P.K. Subban. Je n’ai aucune idée d’où ça part », avait assuré Marc Bergevin.

Mais il avait tout de même pris soin d’ajouter : « Il n’y a pas d’intouchable. Même Wayne Gretzky a été échangé alors qu’il était à son sommet. »

Deux mois plus tard, Subban enfilait le maillot jaune des Predators de Nashville.

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Nous voilà en avril 2017. Même salle. Nouvel éléphant.

Lundi à Brossard, flanqué de Claude Julien, Bergevin a répondu avec énormément de franchise à la grande majorité des questions qui lui ont été posées.

Galchenyuk? « Il a connu une saison décevante. Ce n’est pas (encore) un centre. Il jouera à l’aile la saison prochaine. »

Beaulieu? « Comment peut-il jouer 6 bons matchs de suite et enfiler avec 12 mauvais? Il doit prendre ses responsabilités. Nous n’avons pas lancé la serviette, mais il est à la croisée des chemins. Le compte à rebours est commencé. »

Radulov? « Nous voulons le garder, mais il y a des limites (durée du contrat et salaire) à ce qu’on peut faire. Son agent a choisi d’attendre avant d’amorcer les discussions. Tout à l’heure, j’ai profité de notre rencontre avec Alex pour lui faire savoir qu’on souhaite le garder. »

Price? « Il n’ira nulle part! On va tout faire pour le garder jusqu’à la fin de sa carrière. Et il est probable que sa situation contractuelle soit réglée dès cet été. »

Par ailleurs, en écoutant Bergevin dresser l’inventaire des joueurs de centre de son organisation (Danault, Plekanec, McCarron, Mitchell et personne dans la Ligue américaine), il est apparu assez clairement qu’il s’agira de son principal défi au cours de l’été.

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Le seul terrain sur lequel Bergevin n’a pas souhaité s’aventurer concernait la performance du département de recrutement amateur de son organisation, qui constitue pourtant sa plus grande et constante source de problèmes.

Au cours des dernières années, l’organisation du Tricolore est parvenue à se maintenir la tête hors de l’eau grâce au flair exceptionnel de son département de recrutement professionnel.

Des acquisitions peu coûteuses comme celles de Jeff Petry, de Jordie Benn, de Paul Byron (ballottage), de Phillip Danault et d'Alexander Radulov (un joueur autonome presque tombé du ciel) ont vraiment permis de rendre l’équipe plus compétitive. Mais le fait demeure : depuis 2008, le Canadien est l’une des organisations les moins performantes de la LNH au repêchage amateur. Pourtant, le repêchage devrait constituer sa pierre d’assise et sa principale pépinière de talent.

Marc Bergevin sait de quoi il parle lorsqu’il est question de recrutement amateur parce qu’il a lui-même été affecté à cette tâche quand il travaillait pour les Blackhawks de Chicago.

« Le repêchage est une tâche extrêmement difficile parce qu’il faut tenter de projeter le développement de joueurs âgés de seulement 17 ans. Toutes les équipes commettent des erreurs.

« Cette année, nous avons ajouté Lehkonen à la formation et nous prévoyons qu’il évoluera au sein de nos deux premiers trios. Mais des échecs arrivent à tout le monde. Pour l’instant, je ne vois pas de problème avec notre recrutement », a plaidé Bergevin, visiblement moins à l’aise sur ce terrain.

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En interne, depuis plusieurs années, la qualité du recrutement amateur et du développement anime les discussions de deux clans dans l'équipe.

Un groupe montre du doigt les responsables du club-école parce que les joueurs sélectionnés au repêchage ne se développent pas comme prévu. Et un autre groupe blâme les recruteurs, qui sélectionnent très peu de joueurs du calibre de la LNH. Bref, le chien court après sa queue et le problème perdure.

En fin de compte, personne ne semble vouloir expliquer pourquoi plusieurs autres formations qui repêchent régulièrement entre les 20e et 30e rangs parviennent à trouver et à développer un plus grand nombre de joueurs partants de la LNH que le CH.

Bergevin a raison : toutes les équipes peuvent connaître une mauvaise année ou deux au repêchage. C’est une science hautement imprévisible. Mais cinq, six ou sept ans? Une telle période de sécheresse peut totalement faire dérailler ou sérieusement handicaper une organisation.

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La situation est délicate et complexe. Le recrutement amateur du Bleu-blanc-rouge se fait sous la direction du vice-président responsable du personnel des joueurs, Trevor Timmins.

Si Timmins était viré, il serait immédiatement récupéré par une autre organisation. Dans le passé, il a claqué des coups de circuit assez hallucinants. Par exemple, lors du repêchage de 2007, alors qu’il avait offert au CH Max Pacioretty (devenu l’un des meilleurs buteurs de la LNH), P.K. Subban (lauréat du trophée Norris) et Ryan McDonagh (qui est aujourd’hui le capitaine et la pierre d’assise des Rangers de New York).

Mais depuis 2008, c’est assez tranquille merci. Le CH sous-performe dans un secteur névralgique et essentiel à son succès sportif.

En même temps, le DG ne peut être partout sur le terrain et contre-vérifier les choix qui sont faits par ses recruteurs. Il lui faut souvent patienter plusieurs années avant de se rendre compte si un repêchage a été raté ou réussi.

Le voilà donc, le nouvel « éléphant dans la salle ».

Combien de temps Marc Bergevin et le département de recrutement professionnel pourront-ils continuer à sortir des lapins de leur chapeau pour gommer les sous-performances du recrutement amateur ou des responsables du développement? Le DG finira-t-il par donner un coup de barre, ou continuera-t-il à essuyer les critiques? Sa confiance en Timmins est-elle infinie?

Comme la situation de Subban l’an dernier, ce sont des questions difficiles à aborder devant un parterre de journalistes. Le problème n'en est pas moins réel.

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