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Le burkini vendu à Montréal depuis plusieurs années, sans faire de vagues

L'interdiction du burkini dans plusieurs villes du littoral en France a provoqué une controverse qui s'est transportée, dans une moindre mesure, jusqu'au Québec. Il se vend des burkinis depuis plusieurs années à Montréal. Des propriétaires de boutiques expliquent pourquoi.

Un texte de Myriam Fimbry

Ils passent un peu inaperçus à côté des robes, des jupes, des chemises longues ou des châles. À la boutique Yildiz Collection, ouverte il y a une semaine à la Plaza Saint-Hubert, à Montréal, il se vend une dizaine de burkinis par jour.

La propriétaire de la boutique, Yildiz Zengin, importe de la Turquie des vêtements pour femmes musulmanes. Les ventes de burkinis sont favorisées en ce moment par le temps chaud. « C'est vrai qu'on en a vendu pas mal. Il fait beau, alors les femmes veulent sortir avec leurs enfants, aller dans des piscines, des plages, des lacs », dit-elle.

Les ventes ne seraient pas influencées par la couverture médiatique de la polémique en France, ni dans un sens ni dans l'autre, selon Mme Zengin.

Pas nouveau

Le maillot de bain islamique, qui permet de se couvrir de la tête aux pieds, fait partie depuis longtemps de la vie de cette Québécoise d'origine turque, non voilée.

« Depuis que je suis toute petite, quand je partais en Turquie, avec mes parents, mes tantes, mes soeurs, c'est quelque chose que j'ai toujours vu, qui a toujours été porté autour de moi, raconte-t-elle. Mais pour quelqu'un qui n'est pas musulman, c'est peut-être une découverte. »

Au Québec, la vente de burkinis n'est pas nouvelle non plus. L'offre suit la demande, qui elle-même reflète la présence de femmes musulmanes. Plusieurs boutiques à Montréal et des sites de vente en ligne en proposent.

Des boutiques comme Maya Square, qui a pignon sur rue en face d'un supermarché Adonis. Sa propriétaire, Mariem Mezlini, d'origine tunisienne, vit depuis sept ans au Québec. Elle a étudié en finance et en design de mode à Montréal, tout en se lançant dans la vente en ligne. Depuis trois ans, elle a déjà dessiné 24 modèles de burkini, qu'elle fait fabriquer en Tunisie.

Sur sa page Facebook et son compte Instagram, on peut la voir en photo,dans des poses élégantes au bord de l'eau, en burkini aux couleurs vives.

Fière ambassadrice d'un vêtement qui suscite aujourd'hui la controverse, Mariem Mezlini ne voit pas le burkini comme un symbole d'oppression de la femme. « C'est tout à fait le contraire, s'exclame-t-elle. Ça nous permet d'être libres! Il faut accepter qu'on n'a pas tous les mêmes normes et les mêmes goûts. »

Mariem Mezlini se baigne fréquemment en burkini au Québec et ne s'est jamais sentie observée. Mais elle s'inquiète que la controverse actuelle influe sur les regards. Elle craint aussi qu'une éventuelle interdiction de ce type de maillot de bain ne mette les femmes musulmanes à l'écart des piscines et des plages.

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