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Le Canadien montre les dents; des inquiétudes pour Andrew Shaw

C'était un de ces petits matchs du mois de mars duquel on attendait peu de flammèches. Le Canadien est éliminé, voilà deux équipes dépourvues de rivalité, d'histoire commune. Quand soudain, l'intensité a grimpé d'un cran.

Un texte d’Alexandre Gascon

Le Tricolore arrivait fatigué d’un voyage de deux semaines tandis que les Stars affutaient leurs lames de bâton depuis la veille à Montréal. Dallas lutte pour une place dans les séries.

Bon, il y avait bien le retour au Québec d’Alexander Radulov pour mettre de la vie dans les chaumières, mais à part quelques applaudissements avant le match et quelques sifflements de bon aloi pendant la rencontre, l’excitation des retrouvailles est une histoire morte au feuilleton.

« Parfois, ça prend juste un hit et ça devient le chaos », a avancé Jonathan Drouin. Bien visé.

Après deux périodes, le CH étonnait un peu tout le monde, en avance 3-2 face à une équipe qui lutte bec et ongles pour obtenir une des dernières places disponibles dans l’Ouest pour participer aux séries éliminatoires.

Il y a d’abord eu cette charge de Brett Ritchie sur Noah Juulsen dans le coin du territoire défensif du Canadien. Le défenseur venait de se débarrasser de la rondelle, il faisait dos au jeu quand Ritchie l’a envoyé valser tête première dans la bande.

Pas même puni sur le jeu - Charles Hudon a été le seul à écoper une punition pour avoir répliqué - Karl Alzner a voulu venger son jeune collègue. Une première bagarre.

Les esprits se sont échauffés et Nicolas Deslauriers a poursuivi son travail de sape en frappant chaque adversaire qui s’est trouvé sur son chemin. Il a renversé coup sur coup Jason Dickinson et percuté violemment Greg Pateryn en plein milieu de la patinoire avant de se faire justice lui-même avec un autre combat contre Dickinson, fraîchement remis sur pieds.

« Ce sont des games que j’aime. J’aime ça frapper. À Columbus, j’ai juste été crédité pour deux. Des fois, il y a des games où tu peux en donner plus, d’autres moins », a fait valoir le Québécois qui, avec ses 11 mises en échec mardi soir, domine toujours la ligue pour la moyenne par match, soit 4,4.

Tout le monde s’en donnait alors à cœur joie et Andrew Shaw a voulu participer. L’attaquant a pris son élan et a frappé Pateryn. Les deux têtes se sont entrechoquées. On a presque vu les lumières s’éteindre immédiatement dans ses yeux révulsés.

Pateryn, enragé de s’être fait sonner deux fois de suite, a frappé son ancien coéquipier qui gisait sur le sol.

Claude Julien lui a d’abord accordé le bénéfice du doute.

« Le joueur, sur le coup, je ne sais pas s’il pense qu’il se défend simplement. Ça paraît mal quand tu connais la situation de Shaw. Mais je ne suis pas certain qu’il a réalisé qu’il était dans une situation aussi délicate », s’est exclamé l’entraîneur-chef.

L’ennui, c’est qu’à l’autre bout de l’amphithéâtre dans le vestiaire des visiteurs, Greg Pateryn a démontré qu’il n’était pas un grand philosophe, pour dire le moins.« Il m’a chargé. Sa tête a frappé la mienne. Il y a une raison pour laquelle ce genre de joueur subit quatre ou cinq commotions cérébrales par année. Ce jeu-là est très éloquent », a-t-il lancé.

Mis au courant des propos du défenseur des Stars, le visage de Julien s’est voilé. Le ton a changé.

« Des commentaires de même, ça ne mérite pas de réponse, ça en dit beaucoup. »

« J’étais en criss mettons. Je lui ai dit dans la boîte et il avait l’air à marmonner un peu. Je ne pense pas qu’il voulait s’expliquer », a ajouté Deslauriers, bien plus loquace.

Le choc à la tête était sans contredit un accident, mais la réplique de Pateryn sur un homme effondré lui vaudra probablement une audience auprès du département de la sécurité des joueurs.

Un lourd passé

On entend souvent dire que les joueurs de hockey ont probablement subi bien plus de commotions cérébrales au cours de leur carrière que ce que le dossier médical révèle. En partie parce qu’elles étaient moins souvent diagnostiquées il y a dix ans, en partie parce qu’on soupçonne certains d’entre eux d’essayer de falsifier les résultats des tests en mentant sur leur état général.

Espérons que ce ne soit pas le cas de Shaw dont on sait qu’il en a encaissé deux l’an dernier.

La dernière survenue pendant les séries contre les Rangers l’a laissé sur le carreau jusqu’à la mi-juillet. Shaw avait reçu le feu vert une semaine avant le début du camp d’entraînement.

À voir comment il se traînait pour quitter la patinoire escorté par deux coéquipiers, il y avait de quoi s’inquiéter.

« C’est une grosse collision entre deux joueurs. C’est sûr qu’il ne se sent pas bien, les docteurs l’évaluent. C’est sûr qu’il est amoché présentement. On ne m’a rien donné comme réponse, qu’est-ce que c’est exactement. Honnêtement, c’était toute une collision, il a été sonné », a admis Claude Julien, sans vouloir spéculer davantage.

En rafale

Cette triste histoire assombrie une bonne prestation du Canadien. L’équipe s’était faite dominer la veille à Columbus, elle disputait un troisième match en quatre soirs, mais elle a plutôt bien répondu après une première période ordinaire.

Artturi Lehkonen et Brendan Gallagher ont marqué à 35 secondes d’intervalle sur l’avantage numérique pour donner une avance de 3-1 aux Montréalais, ce qui a semblé scier les jambes des Texans pendant près de 20 minutes. Au total, le CH a marqué 3 buts sur l’avantage numérique, une première depuis le 3 février contre les Ducks d’Anaheim.

Jonathan Drouin a connu un fort match au centre des deux bougies d’allumage de la formation, Gallagher et Paul Byron. Le Québécois a récolté deux passes, a remporté 64 % de ses mises au jeu et a même obtenu du temps en désavantage numérique et lorsque le Canadien se défendait à 6 contre 3 en fin de rencontre.« Dans le junior ça m’arrivait de jouer dans ces situations-là », a-t-il plaisanté.

« Quand tu lui donnes des responsabilités, il est capable », a expliqué Julien.

« Ça va bien ces temps-ci les mises au jeu, j’ai changé quelques petites choses, a repris Drouin, plus sérieux. J’avais de la confiance pour y aller contre Seguin. Ça fait deux, trois semaines que je me sens de plus en plus confortable. »

Ce trio enthousiasme aussi son entraîneur.

« Byron et Gallagher, ce sont des travaillants. Ce qui ressort de ça, c’est que Jonathan patine beaucoup mieux avec eux. Ce soir, Drouin a travaillé fort dans les deux sens de la patinoire. Tu espères pouvoir bâtir là-dessus. »

En début de soirée, le CH a annoncé que Shea Weber avait été opéré au pied. La période de convalescence prévue est de six mois. Le grand défenseur devrait rencontrer les médias prochainement.

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