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Le casse-tête du Carré Saint-Laurent : comment intégrer le dernier morceau?

EXCLUSIF – La solution n'est pas encore coulée dans le béton, mais les architectes du vaste projet immobilier du Carré Saint-Laurent pensent avoir enfin trouvé la voie à suivre pour réintégrer les façades des édifices à caractère patrimonial qui se trouvaient anciennement sur la Main.

Un texte de Marc-André Carignan, chroniqueur pour Le 15-18 et ICI Grand Montréal

Rappelons tout d’abord les faits. Le Carré Saint-Laurent, dont l’ouverture est prévue à l’été 2019, s’implantera sur un îlot urbain composé de neuf lots situés au nord du Monument-National. Une zone alimentaire de type « marché public » prendra place au rez-de-chaussée, alors que le Centre d’histoire de Montréal et 900 employés du gouvernement du Québec y déménageront aux étages supérieurs. Un hôtel pourrait également voir le jour dans une phase ultérieure.

Mais pour faire place à ce complexe immobilier, des bâtiments – dont plusieurs étaient en mauvais état – ont dû être démolis. Par contre, leurs façades en pierres taillées, datant majoritairement de la fin du XIXe siècle, ont été numérotées et entreposées avant l’arrivée du bulldozer. L’objectif : les réintégrer à travers la composition architecturale du futur édifice.

Le problème : plus de 40 % des pierres sont abîmées, voire en petits morceaux, résultat combiné du démontage, des lacunes d’entretien et de l’usure du temps, selon les dires du promoteur, la Société de développement Angus (SDA), et ses architectes du cabinet Provencher_Roy.

Que faire dans ces circonstances?

Chose certaine, l’idée de réaliser un façadisme simpliste, c’est-à-dire recoller de façon intégrale et désincarnée les façades historiques sur le nouveau complexe, n’est certainement pas l’option à privilégier. Les architectes ont d’ailleurs écarté l’idée dès le départ... avec raison!

Peut-on réellement parler de « sauvegarde » du patrimoine si on doit fabriquer, sur mesure, 40 % des pièces qui permettraient de recréer les façades dans leur entièreté? La stratégie ne permettrait que de rebâtir artificiellement le passé en créant une forme de pastiche, pour ne pas dire un décor de cinéma.

Les concepteurs ont donc rencontré à près d’une vingtaine de reprises les représentants du ministère de la Culture, deux fois le comité consultatif d’urbanisme de l’arrondissement Ville-Marie et même le maire Denis Coderre afin de proposer une dizaine de scénarios alternatifs.

Après avoir eu la chance de les examiner de mes propres yeux, le plus prometteur (qui semble d’ailleurs faire consensus auprès des intervenants impliqués) reste le plus récent, soit celui qui a été présenté mardi matin au ministère de la Culture.

Ce dernier propose la création d’une « fresque urbaine », qui intégrerait tous les morceaux des façades historiques qui s’y trouvaient à une certaine époque. Du moins, les morceaux toujours récupérables.

La matérialité de l’époque serait ainsi conservée, tout en rappelant la forme, les hauteurs et le style architectural des édifices d’origine. Des ajouts contemporains, comme de larges fenêtres, viendraient également s’ajouter au concept, sans pour autant dénaturer l’aspect historique.

Cette stratégie n’est pas sans rappeler des réalisations européennes d’architectes de renom, tel que Peter Zumthor, qui ont littéralement fusionné deux époques pour redonner vie à des bâtiments abandonnés, voire en décrépitude.

Reste à voir maintenant si Québec accordera sa bénédiction à cette audacieuse proposition, qui a au moins le mérite d'élever le débat au-delà d’une simple question esthétique. Elle nous invite à esquiver la solution facile, à repenser nos stratégies en matière de conservation du patrimoine.

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