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Le centre-ville de Montréal resserre ses règles pour limiter la location touristique

Désormais, seule une portion de logements situés le long de la rue Sainte-Catherine, entre les rues Saint-Mathieu et Amherst, pourront obtenir une attestation afin de devenir une résidence de tourisme. Avec ce nouveau règlement qui a été adopté mardi soir, l'arrondissement de Ville-Marie compte notamment réduire le nombre de locations de longue durée d'Airbnb sur son territoire.

Un texte de Romain Schué

Concrètement, l’administration de Valérie Plante souhaite limiter la mise en place de résidences de tourisme, au détriment de logements locatifs.

« Il fallait sonner l’alarme », clame Richard Ryan, conseiller dans Le Plateau-Mont-Royal et président de la Commission sur le développement économique et urbain et l’habitation, qui assure que les demandes en ce sens n’ont cessé d’augmenter ces derniers mois.

Si un propriétaire souhaite transformer son logement en hébergement touristique, qui lui permet de louer son unité tout au long de l’année pendant moins de 31 jours consécutifs, celui-ci doit au préalable obtenir l’autorisation de son arrondissement.

Début juin, Le Plateau-Mont-Royal avait déjà imposé un moratoire sur ce sujet. Trop de propriétaires tenteraient de modifier la vocation de leurs logements, et des locataires, qui se retrouvent évincés de leur habitation, en subissent les conséquences, déplore Richard Ryan.

« On a eu 17 demandes concernant 233 logements, explique-t-il. Ces propriétaires espèrent décupler leurs revenus [de cette façon]. Mais on ne peut pas dire que les familles sont les bienvenues à Montréal si, dans le même temps, on perd des logements pour ces familles. »

Une distance de 150 mètres entre deux résidences de tourisme

Pour tenter de remédier à cette situation, Ville-Marie a décidé de limiter cette autorisation à une portion de trois kilomètres, aux abords de la rue Sainte-Catherine, entre les rues Amherst, à l'est, et Saint-Mathieu, à l'ouest.

Une distance de 150 mètres entre deux résidences de tourisme sera par ailleurs imposée. Aucune autre attestation ne sera également délivrée dans un même immeuble.

La quarantaine d’autorisations déjà accordées dans l’ensemble de l'arrondissement sont quant à elles maintenues, précise l'administration.

Soirées festives dénoncées par des voisins

Avec ce nouveau texte, Ville-Marie espère notamment « réduire substantiellement les problèmes de bruit, d’odeur et de party », souligne Richard Ryan, en faisant notamment référence à de nombreux témoignages reçus de la part d’occupants de la Tour des Canadiens. D'autres immeubles sur le Plateau et au centre-ville font état d'histoires similaires, prévient-il.

En mai 2017, un reportage de Radio-Canada avait révélé le « cauchemar » de plusieurs résidents de cette Tour des Canadiens, collée au Centre Bell, révoltés par le tapage nocturne.

Depuis, rien n’a changé, soutient Réal Carbonneau, propriétaire d’une unité qui surplombe le centre-ville. Photos et vidéos à l’appui, ce dernier montre des fêtes à répétition, parfois les portes ouvertes. On y voit également du vomi dans les corridors communs ou encore le passage de policiers, avec un individu menotté au sol.

« Je suis tanné des partys à 4 h du matin et d’appeler la police, affirme-t-il. En février ou durant l’hiver, c’est presque vide. Mais avec l’été, ça devient de pire en pire. On ne se sent même plus en sécurité chez soi. »

Une voisine, un bébé dans les bras, confirme ces problèmes. Dénonçant des soirées festives subies à répétition, dans des unités proches, elle indique avoir été témoin, devant son palier, d’arrestations multiples.

« Nos indications nous disent qu'il y a beaucoup de locations commerciales à cet endroit, révèle Richard Ryan. Il y a des personnes qui achètent plusieurs appartements, puis qui les louent sur Airbnb. Des locateurs agissent de la même façon et ne vivent pas chez eux. »

Brian Beauchamp, propriétaire d'un condo dans la Tour des Canadiens, est heureux de voir l'arrondissement agir. « Maintenant, il reste à l'appliquer [le règlement]. C'est la grande question », dit-il.

Airbnb mécontente

Récemment, Airbnb a fait part de ses « vives préoccupations » à Valérie Plante, dans une lettre qu’a pu consulter Radio-Canada.

La firme américaine y écrit que « la plupart des logements entiers » disponibles sur leur plateforme « ne sont partagés qu’occasionnellement ».

  • Selon Airbnb, 14 300 logements entiers ont été loués à au moins une reprise entre le 1er mai 2017 et le 1er mai 2018, soit 1,5 % des logements totaux de Montréal;
  • 3180 logements ont été loués plus de 111 jours;
  • 63 % des logements d’Airbnb sont loués moins de 90 nuitées par an.

Dans une déclaration transmise à Radio-Canada, Airbnb affirme vouloir « travailler » avec Ville-Marie afin que « le droit des personnes ordinaires de partager leur logement » soit respecté. L’entreprise demande également à l’arrondissement d’attendre une mise à jour des lois provinciales, avant de voter en faveur « de règles additionnelles et restrictives », mentionne Alex Dagg, porte-parole de la firme.

Plus d'une cinquantaine de personnes, vêtues de t-shirts « J'aime Airbnb », ont assisté à la séance du conseil pour dénoncer la nouvelle réglementation.

Jacques Martimbault, un hôte Airbnb, qui voulait obtenir un permis sur la rue Ontario et qui assistait au conseil de mardi soir, croit que le nouveau règlement nuira au tourisme.

« Les gens ne veulent plus être confinés dans des hôtels, les gens viennent en famille, viennent entre amis, ils veulent avoir des services, avoir des services, avoir une cuisine, être imprégnés avec le quartier », explique-t-il.

Montréal ouverte à la location « à court terme »

Alors qu’Airbnb met de l’avant une restriction de « la location à court terme », l’administration évoque « une désinformation ».

Sur son compte Twitter, la mairesse Plante s’est dite « déçue de l’attitude de Airbnb qui semble déterminée à semer la confusion », dans un message envoyé la fin de semaine passée.

Dans les faits, Ville-Marie n’interdit « pas du tout » la mise en location pour les particuliers « qui voyagent 15 jours, puis trois week-ends dans l’année » et qui gardent, le reste du temps, leur logement, insiste Richard Ryan.

« Il faut faire la distinction entre le commercial, donc celui qui veut faire un business, et la location occasionnelle », détaille l’élu.

À ce jour, aucun nombre de jours précis n’est cependant défini dans la loi québécoise avant qu'un propriétaire ne soit obligé de se munir d’une attestation pour transformer son logement en résidence touristique. Seule la mention d’une offre de location sur « une base régulière » est mentionnée.

La Ville de Montréal vient de demander à Québec de mieux encadrer ce règlement, en y insérant une autorisation de louer, sans attestation, son propre logement durant 45 jours par an. Le ministère du Tourisme n'a pas encore réagi à cette proposition.

Le projet de loi 150 pourrait également permettre de mieux lutter contre les hébergements jugés illégaux. Ce texte, qui devrait être adopté d’ici vendredi selon le ministère du Tourisme, permettra aux inspecteurs de Revenu Québec, aux pouvoirs élargis, d’enquêter sur les logements mis en location.

Avec des informations de Sébastien Desrosiers

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