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Le CH aurait été meilleur s’il n’avait pas écouté ses recruteurs

Imaginez une entreprise dépensant des millions chaque année pour obtenir de l'information soi-disant privilégiée alors que, dans les faits, toute la matière recherchée est disponible gratuitement sur internet! Même si ça peut sembler difficile à croire, cette phrase illustre en partie la situation du sytème de recrutement du Canadien, depuis 10 ans.

Cette chronique est née d’une idée saugrenue : que se serait-il produit au cours des dix dernières années si, au lieu de faire confiance à ses recruteurs, le propriétaire du Canadien avait tout simplement suivi la liste d’espoirs établie par la centrale de recrutement de la LNH pour sélectionner ses choix de première ronde? Le classement final de la centrale, rappelons-le, est offert à toutes les équipes de la LNH et diffusé gratuitement aux partisans.

Depuis samedi soir, les partisans du Canadien sont soucieux de voir comment Marc Bergevin, Trevor Timmins et leur équipe de recruteurs utiliseront le troisième choix (au total) dont ils ont hérité en vue de la séance de repêchage de juin prochain. Brady Tkachuk? Andrei Svechnikov? Filip Zadina? Evan Bouchard? Allez savoir.

Les partisans ont de bonnes raisons de ne pas baigner dans l’optimisme absolu. Depuis le fameux repêchage de 2007 (Ryan McDonagh au 12e rang, Max Pacioretty au 22e, P.K. Subban au 43e et Yanick Weber au 73e), l’organisation n’affiche pas une moyenne au bâton reluisante au repêchage.

Dans notre classement couvrant la période de 2008 à 2015, le CH se classait au 29e rang de la ligue quant au nombre de matchs disputés par ses espoirs sélectionnés au repêchage amateur. Dans notre plus récent relevé, couvrant les années 2009 à 2016, les recruteurs montréalais se situaient au 26e rang.

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Dans la foulée du récent tirage au sort de la LNH, je vous propose d’analyser le rendement des chercheurs de talents du Tricolore sous l’angle particulier des choix de premier tour. Les joueurs sélectionnés en 2017 étant encore un peu trop jeunes, cette comparaison révélatrice entre les recruteurs du CH et ceux de la centrale de recrutement porte sur les années 2009 à 2016 (Le CH n’avait aucun choix de premier tour en 2008).

La simulation a été faite de la façon suivante :

- La centrale de recrutement publie chaque année quatre listes finales. Deux de ces listes répertorient les meilleurs patineurs nord-américains et européens. Deux autres listes semblables concernent spécifiquement les gardiens des deux continents. Cette chronique s’attarde particulièrement sur les patineurs.

- Pour chaque année de repêchage, les sélections réelles des équipes de la LNH (reflétant la réalité du marché) ont été suivies en biffant les noms apparaissant sur la liste de la centrale de recrutement de la LNH.

- Une fois arrivé au rang de sélection du Canadien, je me suis uniquement arrêté aux noms du meilleur espoir nord-américain et du meilleur espoir européen apparaissant encore sur les listes de patineurs de la centrale de recrutement qui n’avaient toujours pas été choisis par une équipe.

- La comparaison entre les deux groupes de recruteurs s’est faite à partir de ces seules options. À partir de là, on peut aisément déduire ce que la CH aurait gagné ou perdu en se fiant uniquement à l’expertise des recruteurs de la centrale de la LNH.

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Les résultats de cet exercice sont extrêmement intéressants. Aux plus fervents partisans du club, ils donneront probablement de très sérieux maux de tête. En même temps, ils illustrent une fois de plus combien le système de recrutement du CH s’est avéré dysfonctionnel au cours de la dernière décennie.

Tenez-vous bien : si les recruteurs de la centrale de recrutement de la LNH avaient mené les repêchages du CH depuis 2009, les premiers choix de l’organisation auraient disputé jusqu’à 602 matchs de plus et auraient marqué jusqu’à 456 points de plus que les joueurs réellement sélectionnés par l’organisation montréalaise.

Par ailleurs, en boni, le sempiternel problème d’absence de centre numéro un serait réglé depuis longtemps! Parce qu’en suivant aveuglément la liste de la centrale au repêchage de 2010, Montréal aurait sélectionné Evgeni Kuznetsov au lieu de miser sur le défenseur Jarred Tinordi. Sans compter qu’en 2012, c’est Filip Forsberg qui se serait amené à Montréal et non pas Alex Galchenyuk, qui figurait au quatrième rang de la liste nord-américaine de la centrale.

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Sans plus d’explications, voici ce que ça donne en détail. Après avoir lu cette liste, demandez-vous à qui vous préféreriez confier la prochaine sélection du premier tour du CH. La réponse coule de source.

2016 : Le Canadien dispose du neuvième choix au total. Quand Gary Bettman appelle Trevor Timmins au lutrin, les deux noms disponibles sur les listes de la centrale de recrutement sont ceux de Rasmus Asplund (un centre suédois, apparaissant au 4e rang du classement européen) et du défenseur Jakob Chychrun, du Sting de Sarnia, dont le nom figure au 4e rang de la liste nord-américaine.

Le CH opte pour Mikhail Sergachev, classé 10e par la centrale. Il s’agit d’une excellente sélection.

Jakob Chychrun : 118 matchs joués; 11 buts, 23 passes, 34 points.

Mikhail Sergachev : 83 matchs joués; 9 buts, 31 passes, 40 points.

2015 : Le CH sélectionne au 26e rang au total. Arrivée à cette étape du repêchage, la centrale de recrutement propose l’ailier gauche Jansen Harkins (classé 15e en Amérique du Nord) et le défenseur gaucher Gabriel Carlsson (classé 2e en Europe).

Montréal choisit le défenseur Noah Juulsen, que la centrale place au 22e rang nord-américain. Le jury délibère toujours.

Gabriel Carlsson : 16 matchs joués; 0 but, 3 passes, 3 points.

Noah Juulsen : 23 matchs joués; 1 but, 2 passes, 3 points.

2014 : Le Canadien possède encore le 26e choix. Quand l’heure de la décision arrive, les attaquants Nikita Scherbak (15e sur la liste nord-américaine) et Adrian Kempe (6e en Europe) sont les options apparaissant sur la liste de la centrale.

Le Canadien mise sur Scherbak. Kempe est choisi trois rangs plus tard par les Kings de Los Angeles.

Nikita Scherbak : 29 matchs joués; 5 buts, 2 passes, 7 points.

Adrian Kempe : 106 matchs joués; 18 buts, 25 passes, 43 points.

2013 : Montréal parle au 25e rang. Parmi les options restantes, la centrale propose l’ailier gauche Valentin Zykov (7e Nord-Américain) et le centre-ailier Jacob De La Rose (7e Européen). Le Canadien mise sur le centre format géant Michael McCarron (classé 35e en Amérique du Nord) et récupère De La Rose neuf sélections plus tard, au deuxième tour.

N’empêche, la centrale avait raison de préférer De La Rose.

Michael McCarron : 69 matchs disputés; 2 buts, 6 passes, 8 points.

Jacob De La Rose : 119 matchs de joués; 8 buts, 11 passes, 19 points.

2012 : Le Canadien se retrouve dans la même position que cette année, avec un retentissant troisième choix en poche. Après les sélections de Nail Yakupov (Edmonton) et du défenseur Ryan Murray (Columbus), Trevor Timmins sélectionne Alex Galchenyuk, dont le nom apparaît au 4e rang des patineurs nord-américains de la centrale.

Les options directes offertes par la centrale sont alors Mikhail Grigorenko (3e Nord-Américain) et l’ailier suédois Filip Forsberg (premier espoir européen).

Si c’était à refaire, le Canadien choisirait Forsberg sans se poser de questions.

Alex Galchenyuk : 418 matchs; 108 buts, 147 passes, 255 points.

Filip Forsberg : 331 matchs; 117 buts, 138 passes, 255 points.

2011 : Montréal a en poche la 17e sélection. Quand vient le moment de se prononcer, la centrale de recrutement de la LNH propose deux joueurs apparaissant au cinquième rang des listes nord-américaine et européenne : le défenseur Nathan Beaulieu et l’attaquant tchèque Dmitrij Jaskin.

Le CH prend Beaulieu et Jaskin est réclamé 24 rangs plus tard par les Blues de Saint Louis.

La carrière de Beaulieu est sur une trajectoire descendante tandis que Jaskin, devenu ensuite l’un des attaquants les plus dominants de la LHJMQ, semble incapable de réaliser son immense potentiel.

Nathan Beaulieu : 284 matchs; 8 buts, 61 passes, 69 points.

Dmitrij Jaskin : 266 matchs; 25 buts, 36 passes, 61 points.

2010 : Sans soute l’année qui fait le plus mal. Le CH détient le 22e choix, mais les options sont encore très alléchantes lorsque son droit de parole survient. La centrale de recrutement propose le défenseur nord-américain Mark Pysyk (7e sur sa liste) et le centre Evgeny Kuznetsov, dont le nom apparaît au quatrième rang de la liste européenne.

Il était là, le premier centre que cherche encore le CH. Les Capitals de Washington le choisissent quatre rangs plus tard.

Trevor Timmins et Pierre Gauthier préfèrent le défenseur à caractère défensif Jarred Tinordi, dont le nom apparaît au... 38e rang de la liste nord-américaine.

Jarred Tinordi : 53 matchs; 0 but, 6 passes; 6 points.

Evgeny Kuznetsov : 340; 80 buts; 185 passes, 265 points.

2009 : Le repêchage a lieu au Centre Bell et le CH détient la 18e sélection. La pression est forte pour que le CH mise sur l’attaquant québécois Louis Leblanc, dont le nom apparaît au 13e rang sur la liste nord-américaine de la centrale.

Quand le tour du Canadien arrive, par contre, des joueurs mieux classés par la centrale sont encore disponibles : l’ailier gauche Jordan Schroeder (5e Nord-Américain) et le centre suédois Jacob Josefson (3e espoir européen).

Montréal évite la crise et choisit Leblanc (Timmins a récemment affirmé que cette sélection n’était pas la sienne). Josefson est pris deux rangs plus tard par les Devils du New Jersey.

Louis Leblanc : 50 matchs; 5 buts, 5 passes, 10 points.

Jacob Josefson: 315 matchs; 20 buts, 44 passes, 64 points.

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