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Le chantier du SLR sera la « Baie-James à Montréal », dit Jacques Daoust

Avec ses 5,5 milliards de dollars en investissements, le projet de Système léger sur rail (SLR) qui va voir le jour d'ici quatre à cinq ans dans la grande région métropolitaine est l'équivalent de la « Baie-James à Montréal », affirme le ministre des Transports du Québec, Jacques Daoust.

En entrevue sur ICI RDI vendredi matin, le ministre ne cachait pas sa satisfaction devant la perspective que Montréal devienne « l'une des trois villes dans le monde » à bénéficier d'un transport collectif doté « d'un système informatisé complet, sans conducteur ».

« Vous partirez de Brossard aux trois minutes », s'émerveille Jacques Daoust qui affirme avoir fait l'essai, au Japon, de SLR si rapides et si fiables qu'ils s'arrêtent à la seconde près dans les gares.

Un partenariat entre Québec et la Caisse de dépôt et placement

La Caisse de dépôt et placement du Québec injectera 3 milliards des 5,5 milliards de dollars nécessaires au projet; les gouvernements provincial et fédéral devront investir le reste. Ce partenariat entre l'État et la Caisse est une proposition « gagnante-gagnante », selon Jacques Daoust.

« La Caisse nous dépose aujourd'hui un projet de financement rentable pour elle et attrayant pour nous », assure M. Daoust.

Rappelons qu'en janvier 2015, la Caisse avait conclu une entente avec le gouvernement du Québec pour l'élaboration d'un nouveau modèle d'affaires par lequel la Caisse peut désormais investir dans de grands projets d'infrastructure ici même, dans la province.

La Caisse investit depuis plus d'une quinzaine d'années dans les infrastructures au Canada, en Europe, aux États-Unis, ainsi qu'en Australie.

En vertu du montage financier instauré pour construire le SLR, le gouvernement du Québec pourrait empocher d'éventuels profits parce que, comme l'explique Jacques Daoust, « la Caisse ne sera pas l'unique propriétaire ».

À partir d'un certain niveau de profits pour un promoteur, a dit M. Daoust en substance, il n'est pas anormal que le gouvernement partage les profits additionnels.

Bombardier dans la mire de Jacques Daoust

Quant au choix des entreprises qui concevront le SLR, le ministre des Transports a dit souhaiter que Bombardier soit de la partie.

« Pour nous, ce serait tellement bon que quand la porte [du wagon] s'ouvre, ce soit écrit Bombardier », a affirmé Jacques Daoust.

Mais ce sont des mégaprojets, il faut travailler dans des économies globales avec les accords commerciaux que nous avons, a prévenu le ministre. N'empêche que tout en respectant les accords en question, Jacques Daoust estime qu'« on va toujours privilégier nos entreprises ».

Favorisons la concurrence, dit Michael Sabia

Cette intervention du ministre des Transports en faveur de Bombardier a toutefois déplu au PDG de la Caisse de dépôt Michael Sabia qui a répliqué : « nous allons favoriser la concurrence ».

Dans l'optique que ce projet doit être le meilleur, au meilleur prix, avec de faibles tarifs, et dans l'optique aussi que la Caisse est responsable à 100 % de l'appel d'offres, « nous allons favoriser la concurrence », a insisté M. Sabia.

Ce petit différend n'est pas sans rappeler les propos du premier ministre Philippe Couillard selon lesquels le gouvernement allait « respecter totalement l'indépendance de la Caisse » dans la participation de cette dernière aux projets d'infrastructure.

Une technologie du 21e siècle

Jacques Daoust estime que ce SLR représente « une bouffée d'air frais du 21e siècle » qui stimulera l'économie des zones qui en bénéficieront. « Le long de ces axes-là, il y a toujours des constructions qui se font », affirme-t-il, évoquant tant la construction résidentielle que commerciale.

À son avis, les municipalités touchées n'en tireront que des avantages, d'autant plus que la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) y est étroitement impliquée.

Quant au gouvernement canadien, il ne pourra qu'approuver, selon M. Daoust, puisque les récentes annonces d'investissement du fédéral dans les infrastructures accordaient une large place à l'électrification des transports.

L'opposition péquiste a des questions pour la Caisse

Le Parti québécois (PQ) se montre favorable au projet de transport collectif annoncé vendredi, tout en disant vouloir faire preuve de vigilance. Car, selon le PQ, bien des questions restent en suspens, comme celle relative aux impératifs de rendement de la Caisse.

« Comment la Caisse compte-t-elle rencontrer ses obligations de rendement envers les retraités tout en maintenant des tarifs compétitifs? », questionnent les députés péquistes Martine Ouellet et Nicolas Marceau.

Nicolas Marceau souligne que c'est la première fois que la Caisse se lance dans la construction et l'opération de services de transport en commun au Québec. « La Caisse indique déjà qu'une partie de la rentabilité du projet proviendra de sa spéculation sur d'autres projets immobiliers situés le long du parcours, dit le député péquiste dans Rousseau. La transparence est de mise afin que la population sache à quoi s'attendre. »

Jean-François Lisée aborde lui aussi la question des tarifs de ce futur SLR. « Il ne faut pas que ce soit un service seulement pour les gens de la classe moyenne supérieure, prévient le député péquiste dans Rosemont. Et ça, c'est une réponse qu'on aurait voulu avoir aujourd'hui. Quelle sera la fourchette de tarification? »

Des éloges et de l'espoir

Une bonne décision, un beau projet : ce sont les termes employés par Luc Ferrandez, maire de l'arrondissement du Plateau Mont-Royal et chef intérimaire de Projet Montréal, pour qualifier le SLR. 

Toutefois, M. Ferrandez craint que Montréal ne soit laissée pour compte vu qu'à son avis, le projet est surtout favorable à la banlieue. Le maire du Plateau-Mont-Royal craint que les quatre stations planifiées dans les quartiers centraux de Montréal ne sortent jamais de terre, vu qu'il n'y a pas d'échéancier précis pour leur construction.

« Wow! », s'est exclamé pour sa part Yves-Thomas Dorval, PDG du Conseil du patronat du Québec. Ce dernier qualifie le projet d'« ambitieux, mais de réaliste » et dit qu'il place « Montréal comme une véritable métropole mondiale ».

L'Agence métropolitaine de transport (AMT) et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain se réjouissent de l'annonce du SLR. Dans le cas de l'AMT, elle entend participer aux consultations qui se tiendront dans le cadre du projet. Quant à la Chambre de commerce, elle trouve prometteur que ce projet entièrement électrique réponde aux préoccupations environnementales.

Transport 2000 Québec et l'Agence métropolitaine de transport sont eux aussi enchantés. Pour l'aéroport Montréal-Trudeau, le projet a un impact certain. « Il dépasse toutes nos attentes », dit James Cherry, PDG d'Aéroports de Montréal.

Un projet qui va stimuler l'imagination

Ex-PDG de l'AMT, Florence Junca-Adenot est professeur en études urbaines et touristiques à l'UQAM et elle considère que le projet va « stimuler l'imagination », dans le sens où il faudra, par exemple, trouver des façons d'amener les passagers jusqu'au SLR. « On ne pourra pas mettre des stationnements partout », dit-elle, évoquant la possibilité qu'il faille créer de nouvelles lignes d'autobus. 

Pour ce qui est de l'échéancier que se sont fixé la Caisse et le gouvernement, Mme Junca-Adenot le juge serré, mais réaliste, à la condition que tout le monde mette la main à la pâte. De l'avis de l'ex-PDG de l'AMT, ce qui fait traîner les choses, souvent, « ce sont les chicanes ».

Des risques pour le bas de laine des Québécois

Mais l'Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic (AQRP) est loin d'être enthousiaste. Elle considère que le projet comporte des risques réels pour le bas de laine des Québécois et rappelle que l'expertise de la Caisse est liée aux investissements financiers et non à la maîtrise d'un projet de construction.

L'Association ne doute pas de la pertinence du projet, mais plutôt de sa rentabilité. « Les dernières années ont démontré que les risques importants associés à ces grands projets (train de l'Est, CHUM, Îlot Voyageur) sont extrêmement élevés. Qui va payer s'il y a dépassement ou un déficit opérationnel du projet présenté aujourd'hui? », demande Donald Tremblay, président de l'AQRP.

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