Retour

Le concert « alternatif » de Benjamin Biolay

Il y avait une certaine communauté d'esprit dimanche soir entre les villes de Los Angeles et de Montréal. Dans la cité des anges, tout le gratin d'Hollywood était réuni pour la cérémonie de remise des Oscars. Chez nous, Benjamin Biolay nous présentait lors du festival Montréal en lumière la tournée de son plus récent disque, Palermo Hollywood.

Même l’entrée en matière du spectacle du Français au théâtre Maisonneuve avait un décorum digne d’une soirée de gala. Dans nos oreilles, on entendait C628 – un chant d’opéra farci d’une descente de cordes – pendant que les projecteurs retenaient notre attention en balayant les instruments installés sur scène qui attendaient leurs propriétaires. Il ne manquait que le tapis rouge, tiens.

Biolay lui-même avait l’allure d’un Américain sorti d’une autre époque avec son blouson sur lequel étaient brodées au dos les lettres « Paloma Hollywood ». Le genre de blouson que les jeunes étudiants américains portaient au high school et sur les campus universitaires durant les années 1950. L’entrée en matière a servi à l’interprétation de la pièce titre du dernier-né, ce qui a permis de constater à quel point le Français et ses musiciens étaient soudés au plan musical après des semaines de tournée en Europe.

Biolay s’est pourtant rapidement éloigné de son petit nouveau pour nous servir une interprétation bien sentie de 15 septembre, suivie par Volver, où l’artiste décline son parcours à différents âges (15, 20, 30 ans…) en soulignant que « la vie n’aime pas qu’on la regarde dans les yeux. » Très réussi.

Enchaînement avec Négatif, succès d’il y a une quinzaine d’années où Biolay, au piano, dicte le pas avant que les autres instruments se joignent à lui pour mener à un crescendo aussi chargé musicalement qu’émotivement. Le sentiment de plaisir était encore plus évident avec l’émouvante Ton héritage, une chanson à donner des frissons. Normal, quand une génération parle à une autre.

Quand Biolay et ses potes ont interprété Jardin d’hiver, on a touché la plénitude, d’autant plus que le leader a gratifié la finale d’une couche de notes de trompette à faire fondre une banquise. Engagement, instrumentation de premier plan, cohérence, qualité de l’offre : la proposition artistique était alléchante.

Biolay s’est même permis d’enchaîner Dans la Merco Benz, la rutilante chanson de l’album Trash Yéyé, à Roma, un funk avec des relents de groove disco. Tout ça, avant de rappliquer avec la très Rock n’Roll Pas d’ici. Tout ça passait comme une lettre à la poste. Le chanteur s’est même permis de changer de continent et de langue avec la juxtaposition de Tuyo, de l’Argentin Rodrigo Amarante, après l’interprétation de la magnifique Ballade française, dont la structure et les textures en feraient une candidate idéale pour être retenue dans un film comme La La Land.

Rien à redire non plus avec l’excellente Mon amour, ma chérie (Amadou et Mariam) ou l’incontournable Les cerfs-volants, qui nous ramenait aussi loin qu’à l’album Rose Kennedy, de 2001. C’est d’ailleurs durant cette interprétation chaleureuse que Biolay, bien en voix, a lancé : « Je n’ai pas envie de m’en aller ».

Pourquoi l’a-t-il donc fait moins de dix minutes plus tard, soit après un concert d’à peine 85 minutes et de 17 chansons, incluant le titre d’ouverture sur bande enregistrée?

De nos jours, on ne peut plus rien cacher et, comme d’habitude, j’avais pris la peine de voir ce que le Français avait présenté en Europe ces dernières semaines. Les concerts de 27, 28 ou 29 chansons affluaient, tant à Bruxelles qu’à Marseille et qu’à Mulhouse. Plus de 30 titres à Cannes!

Je me doutais bien que la première partie de Sébastien Lacombe (impeccable, par ailleurs) allait nous coûter quelques chansons. C’est normal et compréhensible. Mais pas au point d’assister à un concert de Biolay amputé d’une dizaine de titres par rapport à ce qu’il a offert en Europe.

Contrairement à Los Angeles où l’on a annoncé aux Oscars le mauvais lauréat pour le film par excellence de l’année, il n’y a pas eu maldonne à Montréal : nous avons bel et bien eu droit au concert de la tournée Palermo Hollywood de Benjamin Biolay. Mais en regard de ses spectacles européens, nous avons eu droit à sa version « alternative ».

Plus d'articles

Vidéo du jour


Les glucides mettent-ils notre santé en jeu?





Rabais de la semaine