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Le conservateur du Jardin botanique de Montréal inquiet pour l'avenir de l'institution

La Ville de Montréal procède à la réorganisation administrative de quatre institutions à vocation scientifique, soit le Jardin botanique, le Planétarium Rio Tinto Alcan, l'Insectarium et le Biodôme. Ce réaménagement fait craindre au conservateur du Jardin botanique, Michel Labrecque, que l'institution vieille de 86 ans perde son identité et sa vocation de recherche.

Conservateur du Jardin botanique depuis 20 ans, Michel Labrecque a décidé de faire part de ses inquiétudes sur les ondes de Radio-Canada Première, vendredi matin. « Qui va dicter l'avenir de ces institutions-là? s'est-il questionné. Au Jardin, qui le fera? Ça, c'est un peu flou ».

M. Labrecque se demande ce qu'il adviendra des quatre institutions qui n'auront plus, respectivement, de directeur. Il s'inquiète que la mission scientifique du Jardin botanique soit « diluée » dans ce qu'il appelle un « amalgame ».

Selon lui, l'administration municipale doit tenir un débat avant de procéder à ces changements « historiques ».

La réplique du maire Denis Coderre est venue en après-midi : « Il n'est pas question de faire de fusion. On peut parler d'harmonisation ».

Le maire de Montréal dit ne pas comprendre pourquoi ces préoccupations sont mises sur la place publique « comme un chien dans un jeu de quilles ». « Je ne sais pas de quoi on parle », a-t-il dit.

Les quatre institutions sont implantées en un même lieu appelé Espace pour la vie, dans l'est de Montréal, à côté du stade olympique.

« L'Espace pour la vie, que ce soit le Jardin botanique, le Planétarium, le Biodôme ou l'Insectarium, ça fait partie d'un tout », a ensuite affirmé Denis Coderre qui considère l'ensemble de l'affaire comme une non-nouvelle. « Est-ce un fait alternatif? Il n'est pas question de fusionner Espace pour la vie; c'est un joyau. »

« Une réorganisation » pour créer des « synergies »

Dans un communiqué publié vendredi, Espace pour la vie a dit vouloir faire « une mise au point », écrivant que le service « procède effectivement à une réorganisation du travail ».

« Aucune fusion du Jardin botanique, du Planétarium Rio Tinto Alcan, de l'Insectarium et du Biodôme n'est envisagée », disent les auteurs du communiqué.

Selon le directeur d'Espace pour la vie, Charles-Mathieu Brunelle, la réorganisation vise à « créer des synergies à l'interne » et à « travailler ensemble pour pousser les contenus encore plus loin ».

« Et aussi, ajoute-t-il, [pour] une saine gestion des fonds publics, ce qui est très important pour la Ville de Montréal ». Espace pour la vie a accueilli 2 millions de visiteurs en 2016, soit 23 % de plus qu'en 2011.

Inquiétude tant au syndicat qu'au sein des « Amis »

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente les cols bleus travaillant à Espace pour la vie, affirme que seuls les cadres et les employés risquent d'être touchés par ces changements pour le moment. Le SCFP dit toutefois suivre la situation de près.

Les Amis du Jardin botanique, une organisation qui regroupe 24 000 membres, s'est rangée derrière le conservateur Michel Labrecque pour s'opposer au regroupement des quatre institutions.

L'ex-maire de Montréal, Pierre Bourque, un ingénieur horticole de formation qui a dirigé le Jardin botanique, et l'astronaute Julie Payette sont eux aussi opposés à la restructuration des institutions.

Une lettre au maire Coderre...

En février dernier, Pierre Bourque a cosigné, avec Luc Brouillet (conservateur de l'herbier Marie-Victorin) et Gilles Vincent (ex-directeur du Jardin botanique de Montréal), une lettre adressée au maire Coderre, réclamant de le rencontrer pour discuter d'une « situation qui [leur] semble très préoccupante ».

Pareille demande avait été faite au maire Coderre trois mois plus tôt, mais ce dernier n'y avait pas répondu, écrivent encore les auteurs de la lettre.

Dans leur lettre de février, les trois scientifiques écrivent que les récentes orientations prises par la direction d'Espace pour la vie « risquent de voir anéantir toutes ces années d'effort et de passion conjuguées » au Jardin botanique de Montréal. Ils dénoncent la proposition de « fusion » des « différentes divisions propres et fondamentales à chacune des institutions (collections, éducation, recherche, etc.) ».

Un oasis digne de ce nom

Le Jardin botanique de Montréal se classe parmi les quatre plus grands jardins botaniques au monde avec le Jardin botanique de Kew, en Angleterre, le Jardin botanique de Berlin, en Allemagne et celui de New York, aux États-Unis.

Entre autres, le jardin compte 22 000 taxons, dont 920 espèces menacées; plus d'une vingtaine de jardins ainsi qu’un arboretum, le tout sur une superficie de 75 hectares. On y retrouve aussi l'Institut de recherche en biologie végétale et le Centre sur la biodiversité.

Avec les informations de Julie Marceau, Louis de Belleval et Sébastien Desrosiers

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